15 janvier 2009
Lassants échos d'un Music-hall
Je me suis demandée, ce qu'ils applaudissaient à la fin de la pièce puis j'ai vite su, c'était visible, flagrant comme durant tout le spectacle, le public était là non pas pour Music-hall mais pour Elle: Fanny Ardent.
La pièce de Jean Luc Lagarce, à l'affiche et à grand renfort de publicité se joue au théâtre des Bouffes du nord sans plus. Elle se joue.
Je me suis demandée tout le long: qui n'est pas à la hauteur?
Certainement pas elle, celle qui est nommé La fille; c'est la star, Fanny Ardent, superbe dans sa tenue de diva en vert d'eau recouverte d'une petite veste de fourrure rose fushia.
Pas plus que les deux boys ringards et paumés comme le personnage de l'actrice: Francis Leplay et Eric Guérin.
C'est l'histoire d'une jeune fille qui flanquée de deux mecs, chante en playback chaque soir sur les planches tapissées de détritus de salles de spectacle sordides et minables, chaque soir juchée sur un tabouret, chaque soir, en fond de musique craché par un transistor, la ritournelle de Joséphine Baker de temps en temps, chaque soir, la même rengaine avec ses hommes-amants-danseurs à la fois.
Une histoire sans histoire, des personnages peu attachants, une Fanny Ardent enthousiaste, comédienne de luxe mais prise dans le filet de la mise en scène qui manque de créativité, d'audace, de vivacité, une histoire créée par Lagarce, pleine de digressions, de répétitions, de hachures...
Comme mon impression ne semble pas être unique, je me demande d'où vient cet encensement des médias sur cette pièce qui ne nous dira rien de plus que l'on sait déjà? C'est peut-être parce qu'au final le spectacle plus qu'il ne déçoit laisse ce petit goût d'inachevé que souligne pudiquement et à la fin mais avec pertinence l'article de Phillipe Chevilley dans les Echos.
Un mot pour résumer la mise en scène de Lambert Wilson dans Music-hall: DECEPTION.
Music-hall au théâtre des Bouffes du nord du 07 janvier 2009 au 14 février 2009
PHOTOS:
1) Joséphine Baker 1927, photo Stanislas Walery
2) Fanny Ardent dans "la fille", Music-hall 2009, source: http://www.theatre-contemporain.net/images/upload/jpg/3801110116.jpg
14 janvier 2009
Le cri de Gertrude
A voir et à revoir.
Cela commence par une scène de coït violent sur le corps du roi Antoine qui agonise.
Cela commence par le cri, celui d'une femme, d'une épouse, Gertrude qui copule avec Claudius le frère du roi Antoine.
Cela commence par un cri d'extase régicide.
A l'honneur au théâtre de l'Odéon, le texte du britannique Howard Barker magnifiquement mis en scène par l'italien Giorgio Barberio Corsetti est un poignard dans notre vie tranquille.
Une ode à la violence et au déchainement des sens, de l'humour mais noir, de l'inceste mais suggéré, du sexe à tous les plats. Aucune censure n'est permise chez Howard Barker.
On contemplera les dilemmes œdipiens d'un Hamlet qui veut assassiner l'amour comme sa mère Gertrude le fait renaître en tuant ou en ordonnant de le faire.
Pour entendre le cri de Gertrude il faut que d'un don surgisse la mort.
Les personnages de Barker sont saisissants de noirceur et de cynisme, plus de cynisme que de noirceur en réalité. Implacables ils ont surgi pour accomplir, faire accoucher le cri de Gertrude.
L'extase est dans le coït, dans la fidélité d'un majordome, dans l'invitation à l'adultère d'une belle-mère, dans La sensualité d'une Gertrude presque détachée du séisme, de l'effondrement de l'ordre social dont elle est actrice.
L'extase est aussi ailleurs: dans la quête des acteurs, dans les mouvements des personnages, dans une mise en scène ingénieuse faite de profondeur de cadre et de scénographies mobiles et dans un public floué.
On applaudit pantois, dérouté...choqué...dans l'extase.
Gertrude (le cri), au théâtre de l'Odéon du 08 janvier au 08 février 2009
PHOTOS:
Scènes du spectacle, copyright Alain Fonteray