14 août 2009
Ce monument de la re-co- naissance
A Ouidah (Bénin) où je suis passée il y a 3 semaines comme à Dakar,
un certain Dr Gbodossou connu du milieu dakarois et minimalement de son pays le
Bénin et un certain Abdoulaye Wade lui
plus particulièrement connu pour d’autres raisons, sont devenus des maitres à
penser d’une architecture qui illustrerait la "renaissance africaine" ou le
retour de sa diaspora.
Certaines de nos « élites » sont tellement en
perte de repère eux-mêmes, manquent tant de carrure qu’ils paniquent à mon avis
de ne pas laisser de trace derrière eux, ils sont impopulaires comme d’ailleurs le mouvement de renaissance
africaine qu’ils prétendent incarner.
Les
maitres à penser de ce mouvement se divisent en deux générations celle de Cheikh Anta Diop et de Kwame Nkurumah au Ghana et une seconde incarnée par les
discours panafricanistes de Thabo Mbeki et à moindre degré d’un taré politique comme Kadhafi.
Les deux n’ont pas les mêmes conceptions fort heureusement. Pour l’ancien
président sud africain, la renaissance africaine : vise à construire un« nouveau monde africain » fait de « démocratie, de
paix et stabilité, de développement durable et de vie meilleure pour le peuple,
d’absence de racisme et de sexisme, d’égalité entre nations et d’un système de
gouvernance internationale qui soit juste et démocratique».
Nous savons tous ce que la première génération de penseurs a
représenté pour les élites africaines, héritiers du mouvement de décolonisation
et de la jeunesse africaine. Mais si nous nous penchons sur la seconde
génération de penseurs du mouvement, nous apercevons du vide de l’idéologie, de
son impopularité et de la répulsion parfois systématique que représente les
leaders l’incarnant comme Muhamar Kadhafi qui vient dire à Wade au Sénégal que
nous devons chasser l’occident colonialiste et les racistes alors qu’il sert à
ce même occident de chien de garde afin de contrecarrer l’immigration illégale
en chassant et humiliant les frères africains qui passent par la Lybie pour
rejoindre l’ile de Lampedusa ou une bande de terre espagnole.Quant à l’idéologie de la renaissance africaine telle
qu’elle est prônée en Afrique du sud, elle est calquée sur un projet politique
et économique plus crédible même si des insuffisances sont à noter sur
l’implication des sud africains dans la diplomatie africaine et un projet
global d’unité africaine. le NEPAD qui est l'incarnation d'un projet de "renaissance" est un cuisant échec que nos dirigeants ont fait très tôt d'oublier malheureusement.
Il y a un fort décalage entre certaines élites et
l’idéologie de « renaissance africaine », pire elles ne sied pas à
leur image, elle est aussi vide de sens et utilitariste que leur politique. Ce concept sert de fond de commerce
au Sénégal. Alors qu’un Abdoulaye Wade du Sénégal veuille se sucrer en
construisant un monument « de la renaissance africaine », s’attribuant
35% des bénéfices qui sera engendré par le tourisme en voulant créer derrière
une fondation (géré par son fils, encore lui décidémment, il finira par lui confier tout le sénégal)chargée de recueillir des fonds alors que ce monument va voir le
jour comme notre ancienne ministre Aïssata Tall Sall ( sur RFI le 13 aout 2009)
nous le souligne grâce à "l'argent du contribuable sénégalais", n’est en quelque
sorte pas choquant. C’est laisser faire encore Wade qui serait une insulte à
l’Afrique, aux noirs et à l’idéal véritable de « renaissance africaine »
tel qu’il était incarné par la première génération de penseurs et par Thabo
Mbeki.
Wade prend t-il les sénégalais pour ses sujets et le
pays comme un vaste domaine sur lequel toute sa famille est appelée à
prospecter et à s’enrichir? Personne n’est dupe, le pourcentage réclamé
autour de ce monument ne servira pas à ce qui est dit. En plus tout le monde
s’en fout de ses case des touts petits, qu’il en fasse un bilan et puis on
verra !
Si le président veut être un entrepreneur travaillant à son propre compte qu’il démissionne, l’état et ses terres ne sont pas ses biens mais ceux du peuple. C’est une aberration que de réclamer des royalties sur un monument national et une aberration qui relève de la pathologie que cette réclamation provienne d’un président de la république.
En dehors de cela quelle lecture faire du nouveau
monument représenté par un couple avec son enfant?
En quoi celui-ci
incarne l’idéal de « renaissance africaine » ? le modèle
occidental de la famille nucléaire, serait donc pour Wade l’image la plus
marquante de cette « renaissance » ?
Limité notre président. A l’Asile !
Image:
http://www.nettali.net/Karim-herite-du-Monument-de-la.html
28 mai 2009
La machine de la gratuité s'enlise?
Je viens d'apprendre avec surprise que le débat a été ouvert au niveau de l'assemblée sur la gratuité discriminante en cours dans les musées suite à la loi de Sarkozy qui m'a fait réagir ici.
Les musées concernés par cette loi, font face depuis des semaines à la
grogne des enfants de l"Humanité inférieure" parquée il y a 130 ans
dans le jardin d'Acclimatation de Vincennes.
Dans l'hémicycle le débat a été ouvert et je me réjouis que le Quai Branly et le musée de l'immigration aient promis de reconsidérer la condition d'appartenance à l'UE pour avoir accès aux collections. Les jeunes de 18-26 ans résidant en Europe mais originaires d'ailleurs pourraient avoir bientôt accès aux musées nationaux gratuitement sous présentation de leur carte de séjour.
Par contre ma stupeur est grande devant la décision de SOS Racisme qui a déposé plainte contre le Louvre pour "délit de discrimination" devant le tribunal de grande Instance de Paris.
Si la discrimination est bien réelle, n'émane t-elle pas d'une autre instance, le ministère de la culture?
Alors la plainte est-elle bien dirigée?
Un recours a été déposé également par l'Association devant le conseil d'Etat pour annuler la loi du 4 avril.
Dans tous les cas, le signal est fort.
Les pouvoirs étatiques devraient réfléchir avant de pondre de telle mesure absurde. Il est révoltant et cynique que des jeunes touristes aient le privilège parce qu'européens de ne rien payer au quai Branly tandis les étrangers non communautaires en sont exclus comme le souligne la député Vert Martine Billard . Qu'est ce qui justifie en effet que les jeunes ressortissants maliens depuis 10 ans, malgaches, libanais ou vietnamiens paient pour un patrimoine culturel auxquels leurs ancêtres forcés à s'exposer toute la moitié du XXème siècle pour le rayonnement de la France, ont largement contribué? La préférence nationale puis la préférence européenne et puis quoi encore?
Honteux...
Image:
http://ethnolyceum.wordpress.com/2008/04/22/zoos-humains-au-temps-des-colonies/
12 mai 2009
Gratuité pour qui?
Un passage en coup de vent à Paris pour voir que la mesure Sarkoziste de la gratuité des musées nationaux au moins de 25 ans et enseignants, passée en Avril 2009 est plutôt bien prise, tellement bien prise que c'est choquant.
j'ai été interpellé en effet par cette gratuité instaure une inéquité et une révoltante discrimination entre eux et nous.
Eux ,ce sont ceux dont les œuvres s'empilent et remplissent depuis 3 ans le musée du Quai Branly et nous, ce sont les Européens, dont les œuvres ne peuvent faire l'objet d'une cohabitation avec la catégorie des "arts premiers".
Gratuité donc au Quai Branly pour les jeunes de l'Union européenne et pas de gratuité pour le chilien, l'Ethiopien, le colombien ou le djiboutien étudiants de longue date résidant en France et ce pour des oeuvres rappelons le qui ont été volé pour ce qui concerne l'Afrique pendant la mission Dakar-Djibouti entreprise par Marcel Griaule dans les années 30. Ces vols au nom de l'ethnographie coloniale ont été dévoilés par Michel Leiris dans Afrique Fantôme que je vous invite à lire.
Pour dire l'Europe de sarkozy comme la France de Sarkozy se construit patiemment dans le mépris de l'autre et le cynisme de décisions culturels arbitraires sans fondement même économique.
j'espère que des voix se léveront pour dénoncer cette aberration qui pour l'instant est passée inaperçue.
01 novembre 2008
De l'indécence
Crise. Crise. Ça crispe la crise. Ça fait grincer les dents en Europe, ça glace. La crise. Ça fâche.
En Afrique que dit-on de la crise? Pas encore touché disent les économistes. Mais ça ne saurait tarder disent d’autres. L’Afrique est sur la bonne voie affirment ceux de la Banque Africaine de Développement ( BAD), elle augmente sa croissance en 2009. Chapeau! Ah les chiffres! Mais si de crise en Afrique, on regarde de loin, on s’inquiète ou peu, on médiatise ou pas, les africains eux-mêmes paraissent s’en foutre. C’est peut-être que la crise nous on la connaît depuis belle lurette. La crise c’est pour les portefeuilles qui pèsent lourds pas pour les badolos, la crise c’est pour les détenteurs de capitaux, pour ceux qui peuvent parler de pouvoir d’achat.
Qu’est ce qu’un paysan sénégalais de Diouroup ou un Songhay du fleuve Niger connaissent de la crise actuelle telle qu’elle se définit, se décrit, se répercute aujourd’hui dans les banques, dans la presse et dans les portefeuilles des gens des pays riches. La crise ils sont nés avec! Ils la vivent tous les jours.
La crise c’est le manque de moyens de subsistance, c’est la crise alimentaire, c’est la raréfaction de l’eau, c’est l’avancée du désert, c’est le chômage, c’est le faiblement rendement des terres, la mort du troupeau. Mais la crise c’est surtout et en tout temps l’inégale répartition des richesses dans le monde.
Et de cela c’est comme si on venait de le découvrir en haute sphère, pour qu’un M Sarkozy nous dise qu’il faut redistribuer les cartes, repenser l’économie mondiale, contrôler les financiers dans les banques, repenser le capitalisme. Pour que d’autres plus érudits nous renvoient à K.Marx. Pour que d’autres encore pointent le salaire faramineux de certains PDG français (310 fois le SMIC soit 380 000€ selon le mensuel Capital publié le 30 octobre 2008).
Je me demande si tout n’est pas une question de décence finalement. Ecrire l’histoire de la crise c’est écrire l’histoire d’un phénomène pas qu’économique mais social qu’on nommerait le phénomène de l’indécence.
Certains européens surnantis pleurent que le contenu de leur portefeuille s'amenuise quand longtemps l’encouragement pour un train de vie anormal et indécent a fait l’objet des campagnes publicitaires et que dans les super marchés on invite à consommer plus encore plus. Aujourd’hui ce sont les classes moyennes des pays les plus riches qui vont trinquer.
Pour le paysan du Bengladesh ou le plombier américain, la donne ne change pas. Pauvre tu es, pauvre tu resteras tant que les riches ne se comporteront guère avec plus décence dans la consommation, dans la dépense, dans le style de vie, dans l’utilisation des ressources de la terre, dans la manière de manger et dans la gestion des capitaux bien entendu!
Et si l’indécence était le mot en mal dans la crise?
PHOTOS:
1) un mendiant à Pékin, Photo Trey Menefee, Novembre 2006
2) panique à Wall street, Schell & Logan. Engraving: Harper's Weekly; May 24, 1884.
3) Karl Heinrich Marx, http://germanhistorydocs.ghi-dc.org/print_document.cfm?document_id=2272
30 septembre 2008
Seyal! (soit soumise!)
Je suis toujours souriante devant l’hypocrisie de nos hommes sénégalais mais à peine qu’on sourit qu’on se dirait bien que ce serait pas si mal de leur tordre le cou également. Non content de s’attribuer autant de facilités dans le pays, ils passent leur temps à conseiller pince sans rire aux femmes, de se soumettre à leur mari. Aux femmes obéïssance, patience, serviabilité (voire capacité à verser dans la servilité ce qui est souvent d’usage), écoute et pardon. Aux hommes...rien ou peu ou pas grand chose.
Le mari est une cravache, un dieu, un maitre, un "tonton" aujourd’hui un "papa" selon l’appelation à la mode "mon papa yaw" c’est le pass pour accéder au paradis dit-on.
Obéir à son mari facilite non seulement l’entrée au paradis à ce mâle représentant Dieu sur terre dont nous ne sommes qu’une vulgaire ombre dérivant de leur côte mais également permet d’avoir des enfants modèles de réussite dans la société.
"Ligueyou ndey agnoup dom" traduit dans la langue de Molière: la peine de la mère fait la réssite de son enfant.
Ah oui? Ah bon?
Aux mères vertueuses la patrie et les mâles qui couinent reconnaissants! Quelle somme de bienfaits fait un enfant qui réussit? Qu’est ce que la réussite et comment vit et de quoi vit un homme qui a réussi? Le modèle de la réussite n’est ce pas pour le sénégalais l’homme au verbe facile: le politicien avec 4*4, le multi millionnaire dont on ne questionne guère l’origine des fonds, le ministre qui à peine nommé construit une maison pour sa pauvre mère, une autre pour sa femme, investit dans un hotel au pied de l’eau et rapatrie ses enfants dans les écoles privées de Londres. A moins que le modèle de l’homme qui réussit soit une espèce de Karim Wade, un extraterestre parachuté dans le parti du père qui fait du coude au badolo et qui veut accéder au trône sans suer. Car un homme qui réussit dans le sénégal d’aujourd’hui ne se juge par ses actes ou ses principes: il bastonnerait sa femme tous les deux jours, conduirait à 100 à l’heure à grand dakar en écrasant les petits des peuls, jetterait des piècettes à la volée au talibé au lieu de faire un sacrifice non ostentatoire, cracherait sur ses babouches, dirait des vulgarités comme le feu Farba Senghor, tout le monde fermerait les yeux parce que c’est un homme qui réussit c’est à dire qui a de l’argent qu’il distribue aux petits gens afin qu’ils ferment leur gueule. L’art d’un homme qui réussit dans le pays de la téranga, c’est l’art de corrompre par l’argent et personne ne trouve à redire. Alors certains maris sénégalais sont vraiment des cochons insupportables mais qui leur dirait: que leur mère ne leur a même pas appris à préparer une omelette ni à laver leur caleçon pour se débrouiller tout seul quand l’épouse épuisée est en train de perdre les eaux à l’hosto pour lui faire un dixième morveux. Un mari sénégalais qui réussit ou même celui qui n’a que quatre sous dans la poche, rentre le soir, dit bonsoir au bout des lèvres, s’allonge sur la canapé qu’il a commencé à pourrir de ses fesses fatiguées (mais ba tay c’est lui qui l’a payé), allume la télé fonce le volume, racle la gorge et demande à Penda de lui servir de l’eau, puis il attand le diner, puis le déssert, puis le thé, puis que le lit soit préparé, puis il dort en disant à Penda de calmer ses gosses car il a eu une rude journée que personne ne peut vérifier bien sur.
Qui demande ce que la journée de Penda a été dans le quotidien sénégalais d’aujourd’hui?