06 juillet 2008
Dans la république bananière de Saint-Denis
Connaissez
vous le marché Sandaga sis à Dakar?
A
Saint-Denis nous en avons aussi un... qui marche à sa façon,
la circulation insupportable sur l’artère bouchée du
marché Sandaga en moins.
La
vente à la sauvette puisque c’est d’elle qu'il s’agit dans
ce rapprochement, est une pratique qui s’est bien implantée
dans la ville communiste.
Le
long de la rue piétonne, les vendeurs de jouets made in China
jettent des étals à même le sol devant les
boutiques et sous le regard plus ou moins tolérant des
commerçants, tandis que de part et d'autre de la rue, parfois
parmi la foule, à la criée on entend avec un accent de
Jamel Debouze:
-Malborooo
Malborooo! trois paquets dix euroos!
Les
passantes rafolent des accessoires posés en désordre
sur des cartons improvisés tables sur lesquelles s'entassent des
sacs à main, châles, ceintures, lunettes de soleil. Il
y'en a pour tous les faux: faux Gucci, faux Channel, faux Dior, faux
DG, etc.
Dans
des valises de voyages, mes compatriotes d'Afrique Centrale
entreposent artistiquement de faux parfums de luxe présentés
à une clientèle rompue au bas de gamme.
Là aussi il y'en a pour tous les goûts.
Le
commerce c'est officiellement pour les commerçants légaux
du mardi au dimanche à 14h.
Les
officiels et les officieux ne s'embarrassent plus des arrêtés
municipaux, le commerce, c'est presque 7/7 jours.
Les
policiers font semblant de remettre de l'ordre à tout ce désordre...sans grande
conviction .
Saint- Denis, ils en
sont convaincus fort de ses tiers mondistes est une digne
représentation d'une minuscule république bananière... le
bordel à tous les coins de rue partant de la république
aux artères perpendiculaires. Les keufs, pour les nommer,
arpentent comme de vulgaires touristes en bleu les rues quand les
vendeurs ne voulant pas se prendre en flagrant délit
enveloppent gauchement avec une hâte comique toute leur
marchandise dans un châle, avant de prendre la poudre
d'escampette.
Parfois
c'est une voix parmi la foule qui avertit:"ils
arrivent!"
Et c'est la débandade. Hélas c'est souvent une fausse alerte. Seuls les cartons laissés
dans la foulée témoignent de leurs activités
passées tellement récentes.
Les
policiers passent incroyablement impassibles, ils ne poursuivent plus les fuyards. Ils ne semblent pas si inquiétants.
Au jeu
du chat et de la souris, ils sont rompus. Ils ne veulent plus jouer à
cache cache. Ce rôle est dévolu à une police de
proximité pratiquant une autre méthode: course
poursuite à cheval dans les artères de la rue.
Ah oui! Dans notre chère ville on peut y admirer des flics élégamment culs posés à cheval caracolant fièrement dans les rues pour faire régner la sécurité... d'en haut!
PHOTOS:
1) Rue de la république, un jour ordinaire. Photo Lianoire
2) Rue de la République. Photo Lianoire
3) Policiers à cheval devant la mairie de Saint-denis, Photo N. Moiroux
24 juin 2008
L'invasion chinoise en ville rouge
« Hé
c'est quoi ça! Le monde où il va? Moi je suis cliente
depuis longtemps à cause de dix centimes qui manque il veut
pas me vendre la banane! »
La
malienne tatouée sur le front qui parle ainsi porte un enfant
sur le dos et rit éberluée devant le cambodgien qui lui
rend sa monnaie insuffisante avec indifférence.
Et oui! Si Saint-Denis est multiculturel on n'est ni à Kayes ni
à Bamako, le business c'est le business, le profit c'est le
profit.
Mais
ici point de choc de cultures. Tout le monde parait s'accommoder
des différences de valeurs par rapport au respect de la vie
privée, au bruit, à la beuverie effrénée de
certains qui chantent à tue tête dans les rues, au hennissement ou braiment d'un groupe d'antillais qui
se saluent à côté d'haïtiens qui parlent tour à tour le créole, l'anglais et le français.
Si
Paris a réussi à repousser or de ces murs, à la
périphérie de la capitale toute cette diversité
humaine et culturelle, cette politique des « étrangers
aux banlieues » a montré ses limites.
A côté, les plans banlieue1 font aussi du foin, la dernière en date « Espoir Banlieues » présenté par la ministre d'état à la ville Fadela Amara ( l'ex présidente de Ni pute ni soumise) mis sur les rails par Fillon est condamné à l'échec selon SOS Racisme et la plupart des élus présents au conseil interministériel des villes (CIV) à Meaux à cause du manque de concertation , de la question du financement et de l'insuffisance du dispositif.
Les
riverains de Saint-Denis et plus particulièrement les
habitants du centre ville semblent loin des polémiques, les
principales préoccupations des piétons qui longent les
rues de Gabriel Péri, de la République ou le Boulevard
Jules Guesde semblent être accès sur les commerces.
La
frénésie d'achat sur des produits peu chers "Made
in China" est démesurée.
D’ailleurs
en levant la tête sur les enseignes qui tombent tous les mois
faisant place à d’autres, les boutiques qui changent de
propriétaires aussi souvent; je me suis aperçue que
rien ne s’arrange dans la ville rouge. Pour se restaurer il y a
kebab, kebab et KFC. Pour s’habiller ceux qui votent pour la
malbouffe auront le choix entre les fringues et chaussures chinoises
en série dont les boutiques asphyxient les autres commerces
qui résistent tant bien que mal à l'invasion du mauvais goût. Pour combien de temps?
Au
siècle de la Chine, peu de gens à Saint-Denis se
révulsent de s’habiller fabrication chinoise. J’entends
même de jeunes dionysiennes se précipiter hystériques
sur une boutique criant « celle là c’est celle
que je préfère! ».
Je me
dis ahurie: comment avoir une préférence alors que les
boutiques proposent systématiquement la même chose au
même prix: les mêmes robes, les mêmes balerines,
les mêmes produits fashion quand certaines ne disposent pas de vendeuses identiques (j’ai retrouvé au rez de chaussée d'une de ses boutiques puis au premier étage, deux chinoises identiques avant de me
rendre compte avec soulagement ,qu’à l'empire de la copie, dieu aussi
fait son œuvre, c’était des vendeuses sœurs jumelles!).
A
Saint-Denis, en matière de commerce et de goût ne pas
chercher loin, la municipalité ne semble pas préoccupée
par la défense des commerces locaux, les chinois avec leurs
produits fabriqués en chaine sont plutôt bien accueillis et
les clientes en raffolent. Les noms des enseignes ne se retrouvent nul
part ailleurs:Mehaic cosmetic, Moradisc (label zouk), Janet ongles,
Felina (prêt à porter), Libertine, etc.
Dommage
au 70 rue Gabriel Péri, les amateurs de photo et de camera ne
retrouveront plus la boutique Camara remplacée par...une
boutique de cosmétiques à bas prix tenus par des indiens cette fois ci. Les amateurs seront
priés d'aller voir ailleurs.
Une
seule et excellente librairie: Folies d’encre sise rue Jean Jaurés,
se débat non loin de la mélasse pour sa survie en
proposant dans un désordre ludique et agréable
des auteurs souvent tout ce qu’il y a de plus fréquentables
et des éditions peu connues.
On y trouvera au premier étage
des BD (Pascin de Joann Sfar mais aussi Rimbaud en Afrique dans sa
correspondance tout cela illustré par un certain Hugo Pratt
aux Editions Vertico Graphic) et bien d’autres trésors tels
les petits livres des Editions Le chat qui tousse créées
en 1996 qui publie de la poésie contemporaine .
1Consulter à ce propos l'infographie 35 ans de plan banlieues du journal Le Monde: http://www.lemonde.fr/web/infog/0,47-0@2-3224,54-1010468@51-1058575,0.html
PHOTOS:
Lianoire Copyright
10 juin 2008
la guerre du son dans la ville rouge
Si Saint-Denis est une ville cosmopolite
elle l’est aussi dans le sonore. La ville de Didier paillard qui a été reconduit
dans sa fonction de maire en 2008 alors qu'il l'occupe depuis 2004, est une
ville où l'on s'arrache le monopole du bruit tel dans une rue de Pikine
(banlieue de Dakar)
la cacophonie qui règne est un fait courant à tel point qu'armés d'une placidité
sans faille, les habitants des immeubles ne portent jamais plainte. Ici même la
police a l'habitude.
Si des jeunes mettent de grosses piles dans leur radio pour nous faire parler
des musiques au rythme monotone et vibrant ou du reggae en roulant leur cannabis, les boutiques gérées par les indiens rivalisent dans la nuisance sonore en diffusant des musiques de film bolywwoodien ,
quelques jeunes arabes assis sur les bancs dégainent leur téléphone portable
(grand merci aux compagnies de portable d’y avoir incorporé des MP3) et mettent
le son au maximum pour nous faire écouter du Raï tandis que sur la rue piétonne
des jeunes agrippés sadiquement à leur moto font des tours de rodéo avec un
bruit de moteur insupportable de soir comme de nuit. On aurait envie de leur
percer le pneu pour qu'ils s'étalent par terre mais personne ne bronche ou leur
faire des leçons d'économie sur l'envolée des prix de carburant...mais gageons
qu'ils en ont « rien à battre » comme le consacre l'expression
populaire.
Par appareil électronique interposé
c'est la guerre du son, je tremble à chaque fois de voir toutes les boutiques
de portable remplis de monde toute la journée où les nouveaux modèles testés
sont achetés illico dans un des départements de l’île de France où le taux de
chômage est le plus élevé et où le pouvoir d’achat est un mot de trop dans les
foyers.
Fait aussi habituel, le défilé des
manifestants sans papier et des sensibles à la cause (amis,
politiciens, famille et voisins…) ou des mal logés parfois un petit groupe de
20 tambourinant sur une derbouka pour dire « non au cas par cas »
ou « oui au relogement » selon le sujet de revendication, ils passent
comme d’autres, à Saint-Denis, tout le monde a quelque chose à revendiquer.
Rares sont les gens qui pratiquent l’éloge du silence.
Dessin: http://img338.imageshack.us/img338/6800/sarkozypeurbanlieue3si6.jp
06 juin 2008
« Montjoie Saint Denis ! »
C'est assurément l'une des villes les plus atypiques de l'ile de france.
Saint-Denis, ville farouchement communiste.
Le 9 3.
De ma fenêtre ce que je peux en voir!
Ville cosmopolite, ville pétillante de vie, ville de la diversité et des contrastes; Saint-Denis est à la fois communiste, fief de royalistes, ville-défense des droits des sans-papiers, l'école de la légion d'honneur avec sa tradition élitiste finit de faire exploser cette ville aux multiples facettes .
Le centre ville de Saint-Denis est assez représentatif de ce qu'est la France d'aujourd'hui une mosaïque de cultures, de couleurs et de langues. On y croise et y demeurent africains, antillais, chinois, indiens, citoyens des pays de l'est et français de "souche".
Bienvenu chez les dionysiens feraient autant ou plus tordre de rire qu'une virée chez les chtis. A Saint-Denis, le français de "souche" y perdrait son latin, du hindi au lingala en passant par le créole, on entend toutes les musiques de langues, tous les accents.
Des façons de faire, des postures, des rires, des façons de marchander qui nous font voyager sur place, tour à tour, nous est offert entre la Basilique abritant la nécropole royale (72 souverains français parmi lesquels Saint-Louis, reines et dignitaires y sont inhumés) et la rue de la république perpendiculaire à la rue Gabriel Peri: Marrakech et ses boutiques de mode remplies de robes au fil doré, quelque part en chine une boutique de vêtements cousus à la chaîne de très mauvais goût, Kinshasa et ses marchands à la sauvette, la Roumanie, son peuple diversifié, les jupes colorées des femmes roms qui dans la mendicité trouvent un commerce lucratif, les indiens tamouls ou hindis gérant des boutiques de cosmétiques (tissage, produits de beauté, etc) ou vendant des marrons grillés à l'entrée de la gare, les cambodgiens, indiens et chinois gérant des épiceries où on trouve toutes les saveurs de l'Afrique et des Antilles...un rêve d'odeurs et de gouts.
A 30 mètres de la porte de mon immeuble, le cambodgien me présente du
bissap de la Casamance, des gombos du Cameroun, de l'huile de palme de
la guinée, du néré du Mali, du riz brisé thaïlandais, des bananes
plantain de la cöte d'ivoire, des nouilles chinoises, du Thiof
sénégalais...
Mon dieu! s'il y a bien un aspect de la mondialisation que je ne
déplorerai pas c'est le transfert des gouts, des spécialités
culinaires, la disponibilité des produits alimentaires du monde entier
dans une même boutique, le côtoiement de restaurants thaïlandais,
indiens, éthiopiens, des spécialités savoyardes à la mal-bouffe étalée
chez Mcdonald's.
S'entrecroisent à Saint-Denis, des réseaux d'économie informelle, de vendeurs de cannabis stationnant quotidiennement dans une ruelle sous le regard blasé des "policiers de proximité" qui au trot surveillent
placidement du haut de leurs magnifiques chevaux les bandes de filous, des fous de dieu acharnés par la compétition religieuse campent dans les rues et sélectionnent les passants choisis pour entendre la parole de dieu (évangélistes, baptistes, témoins de Jéhovah, kibanguistes, musulmans non prosélytes collectant des fonds pour une mosquée...)
Bienvenu au repère de tous les excès!
PHOTOS:
1) Manifestion lors de la parade de Saint-Denis pour l'ouverture de la coupe du monde Rugby, septembre 2007, Photo N.Moiroux
2) Femmes créoles durant la parade Septembre 2007, Photo N. Moiroux
3) Délégation Bretonne qui danse du Haka maori, septembre 2007, photo N.Moiroux