le blog de lianoire

C'est un blog qui brasse plusieurs domaines qui m'intéressent, la littérature, l'anthropologie et l'actualité politique en Afrique et en France. Soyez les bienvenus!

06 juillet 2008

Dans la république bananière de Saint-Denis

Connaissez vous le marché Sandaga sis à Dakar?
A Saint-Denis nous en avons aussi un... qui marche à sa façon, la circulation insupportable sur l’artère bouchée du marché Sandaga en moins.IMG_4505
La vente à la sauvette puisque c’est d’elle qu'il s’agit dans ce rapprochement, est une pratique qui s’est bien implantée dans la ville communiste.
Le long de la rue piétonne, les vendeurs de jouets made in China jettent des étals à même le sol devant les boutiques et sous le regard plus ou moins tolérant des commerçants, tandis que de part et d'autre de la rue, parfois parmi la foule, à la criée on entend avec un accent de Jamel Debouze:
-Malborooo Malborooo! trois paquets dix euroos!
Les passantes rafolent des accessoires posés en désordre sur des cartons improvisés tables sur lesquelles s'entassent des sacs à main, châles, ceintures, lunettes de soleil. Il y'en a pour tous les faux: faux Gucci, faux Channel, faux Dior, faux DG, etc.
IMG_4510_copieDans des valises de voyages, mes compatriotes d'Afrique Centrale entreposent artistiquement de faux parfums de luxe présentés à une clientèle rompue au bas de gamme.
Là aussi il y'en a pour tous les goûts.
Le commerce c'est officiellement pour les commerçants légaux du mardi au dimanche à 14h.
Les officiels et les officieux ne s'embarrassent plus des arrêtés municipaux, le commerce, c'est presque 7/7 jours.
Les policiers font semblant de remettre de l'ordre
à tout ce désordre...sans grande conviction .
Saint- Denis, ils en sont convaincus fort de ses tiers mondistes est une digne représentation d'une minuscule république bananière... le bordel à tous les coins de rue partant de la république aux artères perpendiculaires. Les keufs,  pour les nommer, arpentent comme de vulgaires touristes en bleu les rues quand les vendeurs ne voulant pas se prendre en flagrant délit enveloppent gauchement avec une hâte  comique toute leur marchandise dans un châle, avant de prendre la poudre d'escampette.
Parfois c'est une voix parmi la foule qui avertit:"ils arrivent!"
Et c'est la débandade. Hélas c'est souvent une fausse alerte. Seuls les cartons laissés dans la foulée témoignent de leurs activités passées tellement récentes.
Les policiers passent incroyablement impassibles, ils ne poursuivent plus les fuyards. Ils ne semblent pas si inquiétants.
Au jeu du chat et de la souris, ils sont rompus. Ils ne veulent plus jouer à cache cache. Ce rôle est dévolu à une police de proximité pratiquant une autre méthode: course poursuite à cheval dans les artères de la rue.
IMG_4547

Ah oui! Dans notre chère ville on peut y admirer des flics élégamment culs posés à cheval caracolant fièrement dans les rues pour faire régner la sécurité... d'en haut!

PHOTOS:

1) Rue de la république, un jour ordinaire. Photo Lianoire

2) Rue de la République. Photo Lianoire

3) Policiers à cheval devant la mairie de Saint-denis, Photo N. Moiroux

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24 juin 2008

L'invasion chinoise en ville rouge

IMG_4506« Hé c'est quoi ça! Le monde où il va? Moi je suis cliente depuis longtemps à cause de dix centimes qui manque il veut pas me vendre la banane! »
La malienne tatouée sur le front qui parle ainsi porte un enfant sur le dos et rit éberluée devant le cambodgien qui lui rend sa monnaie insuffisante avec indifférence.
Et oui! Si Saint-Denis est multiculturel on n'est ni à Kayes ni à Bamako, le business c'est le business, le profit c'est le profit.
Mais ici point de choc de cultures. Tout le monde parait s'accommoder des différences de valeurs par rapport au respect de la vie privée, au bruit, à la beuverie effrénée de certains qui chantent à tue tête dans les rues,  au hennissement ou braiment d'un groupe d'antillais qui se saluent à côté d'haïtiens qui parlent tour à tour le créole, l'anglais et le français.
Si Paris a réussi à repousser or de ces murs, à la périphérie de la capitale toute cette diversité humaine et culturelle, cette politique des « étrangers aux banlieues » a montré ses limites.RUE_DE_LA_REPUBLIQUE_copie

A côté, les plans banlieue1 font aussi du foin, la dernière en date « Espoir Banlieues » présenté par la ministre d'état à la ville Fadela Amara ( l'ex présidente de Ni pute ni soumise) mis sur les rails par Fillon est condamné  à l'échec selon SOS Racisme et la plupart des élus présents au conseil interministériel des villes (CIV)  à Meaux à cause du manque de concertation , de la question du financement et de l'insuffisance du dispositif.

Les riverains de Saint-Denis et plus particulièrement les habitants du centre ville semblent loin des polémiques, les principales préoccupations des piétons qui longent les rues de Gabriel Péri, de la République ou le Boulevard Jules Guesde  semblent être accès sur les commerces.
La frénésie d'achat sur des produits peu chers "Made in China" est démesurée.
D’ailleurs en levant la tête sur les enseignes qui tombent tous les mois faisant place à d’autres,  les boutiques qui changent de propriétaires aussi souvent; je me suis aperçue que rien ne s’arrange dans la ville rouge. Pour se restaurer il y a kebab, kebab et KFC. Pour s’habiller ceux qui votent pour la malbouffe auront le choix entre les fringues et chaussures chinoises en série dont les boutiques asphyxient les autres commerces qui résistent tant bien que mal à l'invasion du mauvais goût. Pour combien de temps?
Au siècle de la Chine, peu de gens à Saint-Denis se révulsent de s’habiller fabrication chinoise. J’entends même de jeunes dionysiennes se précipiter hystériques sur une boutique criant « celle là c’est celle que je préfère! ».IMG_4526
Je me dis ahurie: comment avoir une préférence alors que les boutiques proposent systématiquement la même chose au même prix: les mêmes robes, les mêmes balerines, les mêmes produits fashion quand certaines ne disposent pas de vendeuses identiques (j’ai retrouvé au rez de chaussée  d'une de ses boutiques puis au premier étage, deux chinoises identiques avant de me rendre compte avec soulagement ,qu’à l'empire de la copie, dieu aussi fait son œuvre, c’était des vendeuses sœurs jumelles!).
A Saint-Denis, en matière de commerce et de goût ne pas chercher loin, la municipalité ne semble pas préoccupée par la défense des commerces locaux, les chinois avec leurs produits fabriqués en chaine sont plutôt bien accueillis et les clientes en raffolent. Les noms des enseignes ne se retrouvent nul part ailleurs:Mehaic cosmetic, Moradisc (label zouk), Janet ongles, Felina (prêt à porter), Libertine, etc.
Dommage au 70 rue Gabriel Péri, les amateurs de photo et de camera ne retrouveront plus la boutique Camara remplacée par...une boutique de cosmétiques à bas prix tenus par des indiens cette fois ci. Les amateurs seront priés d'aller voir ailleurs.

Une seule et excellente librairie: Folies d’encre sise rue Jean Jaurés, se débat non loin de la mélasse pour sa survie en proposant dans un désordre ludique et agréable des auteurs souvent tout ce qu’il y a de plus fréquentables et des éditions peu connues.IMG_4518 On y trouvera au premier étage des BD (Pascin de Joann Sfar mais aussi Rimbaud en Afrique dans sa correspondance tout cela illustré par un certain Hugo Pratt aux Editions Vertico Graphic) et bien d’autres trésors tels les petits livres des Editions Le chat qui tousse créées en 1996 qui publie de la poésie contemporaine .

1Consulter à ce propos l'infographie 35 ans de plan  banlieues du journal Le Monde: http://www.lemonde.fr/web/infog/0,47-0@2-3224,54-1010468@51-1058575,0.html

PHOTOS:
Lianoire Copyright

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10 juin 2008

la guerre du son dans la ville rouge

Si Saint-Denis est une ville cosmopolite elle l’est aussi dans le sonore. La ville de Didier paillard qui a été reconduit dans sa fonction de maire en 2008 alors qu'il l'occupe depuis 2004, est une ville où l'on s'arrache le monopole du bruit tel dans une rue de Pikine (banlieue de Dakar)
la cacophonie qui règne est un fait courant à tel point qu'armés d'une placidité sans faille, les habitants des immeubles ne portent jamais plainte. Ici même la police a l'habitude.sarkozypeurbanlieue3si6
Si des jeunes mettent de grosses piles dans leur radio pour nous faire parler des musiques au rythme monotone et vibrant
ou du reggae en roulant leur cannabis, les boutiques gérées par les indiens rivalisent dans la nuisance sonore en diffusant des musiques de film bolywwoodien , quelques jeunes arabes assis sur les bancs dégainent leur téléphone portable (grand merci aux compagnies de portable d’y avoir incorporé des MP3) et mettent le son au maximum pour nous faire écouter du Raï tandis que sur la rue piétonne des jeunes agrippés sadiquement à leur moto font des tours de rodéo avec un bruit de moteur insupportable de soir comme de nuit. On aurait envie de leur percer le pneu pour qu'ils s'étalent par terre mais personne ne bronche ou leur faire des leçons d'économie sur l'envolée des prix de carburant...mais gageons qu'ils en ont « rien à battre » comme le consacre l'expression populaire.

Par appareil électronique interposé c'est la guerre du son, je tremble à chaque fois de voir toutes les boutiques de portable remplis de monde toute la journée où les nouveaux modèles testés sont achetés illico dans un des départements de l’île de France où le taux de chômage est le plus élevé et où le pouvoir d’achat est un mot de trop dans les foyers.

Fait aussi habituel, le défilé des manifestants  sans papier  et des sensibles à la cause (amis, politiciens, famille et voisins…) ou des mal logés parfois un petit groupe de 20 tambourinant sur une derbouka pour dire «  non au cas par cas » ou « oui au relogement » selon le sujet de revendication, ils passent comme d’autres, à Saint-Denis, tout le monde a quelque chose à revendiquer.

Rares sont les gens qui pratiquent l’éloge du silence.


Dessin: http://img338.imageshack.us/img338/6800/sarkozypeurbanlieue3si6.jp

 

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06 juin 2008

« Montjoie Saint Denis ! »

C'est assurément l'une des villes les plus atypiques de l'ile de france.
Saint-Denis, ville farouchement communiste.
Le 9 3.
De ma fenêtre ce que je peux en voir!IMG_3614_copie
Ville cosmopolite, ville pétillante de vie, ville de la diversité et des contrastes; Saint-Denis est à la fois communiste, fief de royalistes, ville-défense des droits des sans-papiers, l'école de la légion d'honneur avec sa tradition élitiste finit de faire exploser cette ville aux multiples facettes .

Le centre ville de Saint-Denis est assez représentatif de ce qu'est la France d'aujourd'hui une mosaïque de cultures, de couleurs et de langues. On y croise  et y demeurent africains, antillais, chinois, indiens, citoyens des pays de l'est et français de "souche".
Bienvenu chez les dionysiens feraient autant ou plus tordre de rire qu'une virée chez les chtis. A Saint-Denis, le français de "souche" y perdrait son latin, du hindi au lingala en passant par le créole, on entend toutes les musiques de langues, tous les accents.IMG_3636

Des façons de faire, des postures, des rires, des façons de marchander qui nous font voyager sur place, tour à tour, nous est offert entre la Basilique abritant la nécropole royale (72 souverains français parmi lesquels Saint-Louis, reines et dignitaires y sont inhumés) et la rue de la république perpendiculaire à la rue Gabriel Peri: Marrakech et ses boutiques de mode remplies de robes au fil doré, quelque part en chine une boutique de vêtements cousus à la chaîne de très mauvais goût, Kinshasa et ses marchands à la sauvette, la Roumanie, son peuple diversifié, les jupes colorées des femmes roms qui dans la mendicité trouvent un commerce lucratif, les indiens tamouls ou hindis gérant des boutiques de cosmétiques (tissage, produits de beauté, etc) ou vendant des marrons grillés à l'entrée de la gare, les cambodgiens, indiens et chinois gérant des épiceries où on trouve toutes les saveurs de l'Afrique et des Antilles...un rêve d'odeurs et de gouts.

A  30 mètres de la porte de mon immeuble, le cambodgien me présente du bissap de la Casamance, des gombos du Cameroun, de l'huile de palme de la guinée, du néré du Mali, du riz brisé thaïlandais, des bananes plantain de la cöte d'ivoire, des nouilles chinoises, du Thiof sénégalais...
Mon dieu! s'il y a bien un aspect de la mondialisation que je ne déplorerai pas c'est le transfert des gouts, des spécialités culinaires, la disponibilité des produits alimentaires du monde entier dans une même boutique, le côtoiement de restaurants thaïlandais, indiens, éthiopiens, des spécialités savoyardes à la mal-bouffe étalée chez Mcdonald's.

S'entrecroisent à Saint-Denis, des réseaux d'économie informelle, de vendeurs de cannabis stationnant quotidiennement dans une ruelle sous le regard blasé des "policiers de proximité" qui au trot surveillentIMG_3619 placidement du haut de leurs magnifiques chevaux les bandes de filous, des fous de dieu acharnés par la compétition religieuse campent dans les rues et sélectionnent les passants choisis pour entendre la parole de dieu (évangélistes, baptistes, témoins de Jéhovah, kibanguistes, musulmans non prosélytes collectant des fonds pour une mosquée...)

Bienvenu au repère de tous les excès!

PHOTOS:
1)  Manifestion lors de la parade de Saint-Denis pour l'ouverture de la coupe du monde Rugby, septembre 2007, Photo N.Moiroux
2) Femmes créoles durant la parade  Septembre 2007, Photo N. Moiroux
3) Délégation Bretonne qui danse du Haka maori, septembre 2007, photo N.Moiroux 

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