le blog de lianoire

C'est un blog qui brasse plusieurs domaines qui m'intéressent, la littérature, l'anthropologie et l'actualité politique en Afrique et en France. Soyez les bienvenus!

30 octobre 2009

Besson/ Tandja même fibre patriotique ?

Je viens d’être témoin d’un regain de patriotisme aux allures morbides.

Tandja souffrirait-il du syndrome du cynisme patriotique (ne cherchez pas je viens d’inventer la pathologie diagnostquée sur un malade entêté).

Avant-hier nuit se tenait au CCOG de Niamey la soirée du patriotisme organisée par les artistes nigériens sous le patronage de Mamadou Tandja qui a dépêché ses ministres de la jeunesse, de la communication, des forces armées et d’autres personnalités fort curieuses du même type pour le représenter. Les nouveaux ministres nigériens qui adorent "faroter"(frimer) ont le même manque de classe et de tenue que les « lèche-nel » (nel en wolof signifie crane rasé) de ministres du président sénégalais.

A Niamey, le ton fut donné hier en début de soirée : une attaque en règle contre les pays de la sous région et surtout de la CEDEAO accusée de vouloir diviser les nigériens et de ne pas respecter la volonté du peuple nigérien qui dans sa confiance réaffirmée à Sieur Tandja aurait voté massivement oui au référendum et encore oui aux législatives d’où d’ailleurs les merci placardés de part et d’autre de la ville sur des affiches en fond blanc qui ne passent guère inaperçues. Des affiches brandies avant même la proclamation des résultats!
Bref la soirée du patriotisme qui s’est ouverte par la chanson de l’hymne national puis par le hurlement d’une chanteuse qui réaffirmait son amour au Niger n’a trompé personne.

Les manœuvres politiciennes se multiplient pour faire reculer la CEDEAO et la communauté internationale, inutile de préciser que tout a été filmé et passé sur la première chaine nationale.

Les artistes les plus contestataires en l’occurrence le rappeur Kamikaze et le guitariste touareg Abdou Salam sont passés parmi les derniers bien après le départ des autorités de l’état. Le premier n’a pas hésité à déclamer sa chanson phare qui apostrophe le pouvoir politique et le second a scandé tout simplement le nom de Hama Amadou, l’ex premier ministre emprisonné près d’un an et qui a viré dans l’opposition dès sa sortie de prison. Mon regret a été que les artistes nigériens aient finalement joué le jeu de leur président qui tente d’imposer le principe du fait accompli comme le souligne le journaliste Hima de l’hebdomadaire, La Roue de l’Histoire.

Tandja cherche des appuis et multiplie les menaces alternant une politique de dure à l’interne et des cajoleries foireuses à l’extérieur par le biais de son nouveau ministre Ali Badjo Gamatié chargé de ramener la communauté internationale à des bons sentiments vis-à-vis du Niger.

A Gamatié, ancien fonctionnaire international on souhaitera bonne chance, la réunion d’abuja se tient demain et la ministre des affaires étrangères et de la coopération Mme Aïchatou Mindaoudou aura fort à faire avec notamment le président nigerian Umaru Yar’Adua remonté contre la politique tandjaiste.

Cependant l’on sait bien qu’en Afrique, rien ne dure on oublie vite et les dictateurs finissent toujours par triompher de leur peuple, l’on ne s’étonnera pas que la CEDEAO recule notamment sous les menaces de fiscalité (le Niger promettant de taxer l’ensemble des produits de la CEDEAO) ou lorsque Tandja réussira à se mettre dans la poche les alliés des pays francophones en isolant le Libéria et le Nigeria.

Cette histoire me fait penser à Eric Besson, ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale qui veut imposer la chanson de la marseillaise aux jeunes français une fois par an et qui prévoit un débat en janvier sur l’identité nationale.

Mais qu’est ce qu’ils ont tous quand ils sont autant détestés de brandir la question du patriotisme et de l’identité, à manipuler dangereusement la fibre patriotique de citoyens auprès de qui ils sont si impopulaires ?

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13 octobre 2009

La teranga wolof défigurée ou pour une anthropologie critique de l’hospitalité à la sénégalaise

Le concept wolof teranga désigne l’hospitalité, l’honneur, la convivialité. Teranga selon le dictionnaire wolof de Léopold Diouf viendrait du mot « teral » qui signifie « honorer, entourer d’égards et combler de générosité et de bienfaits ». Ce concept qui traduit une philosophie sénégalaise fondée sur le bienfait, le bien recevoir, le don de soi pour le confort de l’autre, de l’étranger, est aujourd’hui fortement à revisiter dans le pays dit de la teranga.
Il faut en effet quitter les sentiers d’une anthropologie non critique de l’hospitalité sénégalaise du professeur Lamine Ndiaye de l’université Cheikh Anta diop (Lamine Ndiaye, Le commerce sociétal du bien-dit et du « bien-fait » culturels : la « teranga » sénégalaise comme mode de régulation sociale in revue RSAP, N°01, 2009, page 97) pour s’approcher avec une loupe des manières de faire de la téranga sénégalaise d’aujourd’hui. Qui peut prétendre aujourd’hui affirmer en toute bonne foi que le pays de la téranga à savoir, le Sénégal, les femmes de la téranga ou encore la téranga elle-même, est toujours ce qu’elle était dans son acception première et dans son sens tel que le mettait en avant Léopold Sédar Senghor, premier président de la république sénégalaise?
En parallèle avec l’évolution des mœurs, la conjoncture économique, la perte des valeurs, la défection de l’Etat et la défiguration des croyances ; la philosophie de la téranga a connu un bouleversement total et sans précédent dans l’histoire du pays. Aujourd’hui teral rime avec intérêt et tout bienfait doit être accompagné d’un bien supérieur en retour parfois séance tenante. Toutes les règles du don et contre don ont été dénaturées au profit de l’enrichissement personnel. En réalité, la téranga sénégalaise n’est plus qu’un mot creux complètement vidé de sa teneur, elle est l’alibi pour détourner des deniers publics, détrousser l’étranger crédule qui a décidé de faire son séjour chez l’habitant. La téranga est devenue une injonction sociale à collecter les biens d’autrui sous d’épaisses couches de fourberies, toutes formes de stratégies pécuniaires étant permises dès lors que l’on redistribue. Si vous n’avez pas la téranga, vous êtes la risée de la société, le marginal, l’avare de Molière, un suicidé social même si vous êtes pauvre, volez vous serez reconnu d’autant plus que vous distribuez largement les fruits de vos larcins pour répondre à l’injonction de la sacro-sainte téranga.
Dans une société où le paraître est la première religion reconnue, il faut savoir construire, pratiquer et faire durer la téranga. Lorsque vous êtes étranger et par malheur blanc par exemple à Saly, le village vacances sis sur la petite côte, vos voisins vont vous ouvrir les bras, vous embrasser, vous dorloter, cajoler, gaver, offrir leurs filles, nièces ou petites cousines à condition que vous payez de votre poche toutes les dépenses requises. Car la téranga est aujourd’hui à vendre. Il faut en payer le prix. Mais que le toubab n’espère pas s’en sortir comme ça, en dehors du fait qu’on s’empresse à Saly d’exécuter tous ses vœux au moindre clignement d’œil et qu’on lui fait de larges sourires parce que c’est un blanc et qu’il est forcément pleins aux as, il faut qu’il s’attende à ce qu’un lui demande de construire une nouvelle villa pour la famille d’accueil, à fournir des papiers à Modou chômeur chronique mais qui a été son guide touristique le long du séjour et votre proxénète, à fournir à Astou les papiers pour qu’elle vous rejoigne en France ou au trou du cul de la Roumanie (l’essentiel c’est qu’elle se taille et au plus vite) parce qu’elle s’est entichée grave de vous au bout de deux jours au point de ne plus boire, parce qu’elle vous a offert ses sourires mielleux, sa peau lessivée par le khessal (procédure de dépigmentation de la peau noire essentiellement par des corticoïdes), ses reins de déesse et ses cuisses poisseuses. Et ce n’est pas fini pour le touriste qui séjourne chez l’habitant à Saly. En réponse à la téranga de la famille, il faudra qu’avant de partir que le blanc laisse des souvenirs à ceux qui vous ont ouvert les bras. Y passeront votre portable, votre montre, vos t-shirts, votre appareil photo numérique, vos chaussures, votre dentier et si vous ne prenez pas garde vos caleçons rapiécés. On ne vous épargnera guère, ni vous, ni vos biens. Si Modou est hardi et Astou bari fiit ( possède un œur vaillant), on vous accompagnera sur internet virer votre argent sur le compte sénégalais d’Astou, vous faire acheter une maison à grand Mbour pour vos prochains vacances en attendant la famille s’occupera des papiers et de la gestion de la baraque bien sur. On oubliera de mettre votre nom sur le bail, toute la famille déménagera dans la nouvelle résidence pour veiller à vos biens et on ira prier chez le marabout pour qu’à votre retour en Europe à la prochaine canicule? vous crevez la bouche ouverte et que vous fassiez ainsi une croix sur le pays si béni de la téranga sénégalaise. couple_toubab_et_noir
Mais que les sénégalais à commencer par moi n’aille pas se tirer une balle dans la tête parce que l’envie pourrait nous en prendre. Ce tableau du nouvel esprit de la téranga sénégalaise n’est pas applicable partout dans le pays; Si nous faisions une cartographie hâtive de la téranga sénégalaise, nous verrons qu’il existe des poches de résistance. Oui vous ! Vous pouvez rabaisser l’arme pointée à votre tempe et vous le touriste vous pouvez revenir. Au fin fond des campagnes sénégalaises, là où les gens meurent limite de faim, on vous accueillera toujours avec le sourire et on vous offrira le dernier épi de mil disponible hé oui c’est le paradoxe de la téranga dans mon pays bien aimé, c’est que quand il en reste elle est aux mains de ceux qui ne possèdent plus que leur cœur et leur courage à offrir. La téranga authentique résiste plus dans les campagnes que dans les villes, elle se manifeste magnifiquement dans la Casamance au sud du Sénégal notamment dans le Fogny où réside une majorité de diolas, elle est authentique dans le nord du Sénégal en plein cagnard sous le soleil, peuls et toucouleurs offrent toujours une calebasse de lait de vache, un mouton et une pintade à l’étranger qui frappe à leur porte en signe de bienvenue. Les sarakholé du nord ne sont pas en reste ainsi que les sérères de Fatick et du Sine-Saloum, les socés de l’ile de Batente au fin fond du sine saloum pratiquent une téranga nulle en d’autre façon ils sont presque comme ceux de la ville, les régions de la petite cote sont dans le bas du placement bien entendu : Dakar, Mbour, Kayar, etc ce sont les premiers violeurs de notre sacro sainte téranga. Les habitants de Tambacounda à l’est du sénégal sont à prendre avec des pincettes mais ils ont l’hospitalité dans le cœur, les peuplades bassari ont ouvert les bras à Serigne béthio et se convertissent même au mouridisme eux qui vivaient à demi nu, un os enfoncé dans le nez et refusant d’inscrire leurs enfants à l’école jusque dans les années 2000.
Thiéy ! quel pays de paradoxe !

Image:
  senegal.nianing.free.fr/img/slogan.jpg

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12 octobre 2009

Les frasques d’une société en décadence ou quelques « sénégalaiseries »

         Dieu le pire, le dernier recueil de nouvelles, publié par Ibou Fall est sans doute le meilleur, le pire et le plus drôle que l’on puisse lire sur la société sénégalaise d’aujourd’hui.
Depuis le mois d’avril ce petit recueil fait des vagues comme avant lui les feux journaux d’Ibou Fall, j’ai nommé Track et Frasques qui ont nourri les lecteurs d’informations fracassantes sur la société sénégalaise pendant quelques petites années avant qu’Ibou Fall, journaliste, écrivain talentueux ne mette clé sous la porte.

Il m’avait été donné l’année dernière de lire avec délectation le manuscrit en gestation ; sous imprimé, le plaisir est toujours aussi vif et au rendez –vous de chaque tirade.

Des nouvelles au fil des pages qu’on a du plaisir à enfiler comme des petits pains même si il peut vous en rester à travers la gorge. Le recueil de nouvelles, Dieu le pire est tel un miroir tendu aux fesses hideuses de nos mœurs hypocrites. Ibou Fall ne prend ni fourchette, ni gants, ni bistouri pour renifler à plein nez l’odeur souvent fort nauséabonde de notre société en débauche ; il empoigne à pleines mains nos dictons sexistes  genre : « Liguéy’ou ndèye, le tribut aux mères vertueuses », notre fatalisme à toute épreuve, les mensonges et la veulerie érigés en tradition et notre sacrée sainte téranga pour en montrer les dessous. Autant dire que tout ce qui pue chez nous passera sous le microscope d’Ibou Fall et dans un style d’écriture riche, grasse et incisif mais on en rit à gorge déployée.dieu_est_grand_mais_nos_soucis_st_petits

Nattou yallah (les infortunes causées par dieu) ça n’arrive qu’à un bon croyant aussi Ibou s’évertuera à nous donner des exemples hilarants c’est celui par exemple du citoyen africain né dans un bled du sahel, paumé sans arbre sans ombre et sans eau qui aura bu et vu comme eau celle saumâtre du puits à 2km, dernier d’une famille ou il est le souffre-douleur d’une interminable liste de frères et sœurs « quand on se soumet à dieu on fait des enfants tant qu’on peut , pour que prolifère à l’envi la race de ses serviteurs les plus dociles. Votre père ce sénégalais irréprochable, à partir du vingt cinquième descendant, n’a plus compté…il ne sait même plus quel nom il a donné à qui, si vous êtes un garçon ou une fille, ni qui est votre mère. Ce serait peine perdue : il y a de quoi chercher longtemps parmi les quatre sokhna (femmes) qu’il a épousées dans les normes, les vingt et poussières diongomas auxquelles il a plus ou moins mis une corde autour du cou(« mèye la boum ») qu’ils appellent ça ! et qu’il a perdu de vue, ne sachant plus vraiment s’il les a répudiées ou pas. Et puis arrive le troisième contingent, celui des takoos, les ménopausées devenues frigides qu’on ne visite qu’un après midi par mois en souvenir des émois déjà lointains de leur jeunesse débridée » et puis ce n’est que la préface de votre vie, le petit citoyen n’a pas le temps de baigner dans l’enfance qu’il est projeté dans la civilisation grâce au ndiaga ndiaye et confié à un maître coranique qui sera chargé de lui inculquer à coups de taloches « les principes immuables des bonnes manières en société wolof »  sous fond d’ « attouchements nocturnes de vos condisciples prépubaires » et ce n’est toujours pas fini, le petit citoyen après dix ans chez le maître coranique apprend que sa famille a été décimée par qui le choléra, l’autre le paludisme, sa mère une énième et fatale fausse couche « mâtinée d’erreur médicale » bien sûr, notre petit citoyen donc partira à Dakar pour vendre du café dans la rue, « éternel gagne-petit » il culbutera perpétuellement « de la mauvaise fesse » et mettra « au monde que des ratés et laiderons » mais tout cela « n’arrive qu’à un authentique croyant » rappelle perfidement Ibou Fall, inutile de vous dire que notre petit citoyen finira entre les mains d’une infirmière qui va saloper son traitement contre une fièvre et qu’il finit dans un cimetière musulman «  sous un tas de terre argileuse, précisément là où le soleil tape plus fort que partout ailleurs sans un seul arbuste à cent mètres à la ronde et où personne n’a envie de venir se prosterner une fois par mois, non loin des petites villas en marbre qui servent de dernières demeures aux disparus de bonne famille…ça n’arrive vraiment qu’à un croyant… »

Ibou Fall est tout sauf un moraliste ou donneur de leçon, il se contente de décrire les faits et gestes des sénégalais, des constats assenés comme un gourdin sur nos nuques, sans complaisance et avec humour. merci_pour_tout_papaAucun sujet n’est tabou sous sa plume : politique et politiciens, la religion sous ses manifestations actuelles, nos cérémonies tapageuses, les parents, les musiciens et le wolof…

Ainsi en dehors de la catégorie des transhumants politique, Ibou Fall attire l’attention sur les transhumants religieux : « même dans la religion la foi n’est pas indécrottable. Quand vous vous rendez compte que l’impact des prières de votre marabout et surtout ses entrées dans les coulisses du pouvoir, ne répondent pas à vos attentes et ne donnent pas le coup de pouce décisif à votre carrière, eh bien vous prenez natte, chapelet, et babouches sous l’aisselle, et allez prier ailleurs, derrière un soufi qui a au moins le portable du directeur de cabinet politique du président de la république. A quoi ça sert, un érudit de l’islam dont les coups de fil ne vous sortent d’aucune impasse, ne vous garantissent aucune impunité, n’exaucent aucun de vos vœux. Un marabout qui ne sait pas se faire obéir des hommes, vous croyez qu’il a le moindre pouvoir sur dieu ? »

 


Ibou Fall, Dieu le pire, il serait capable de décréter la fin des temps, Forte Impression, 2009
Illustrations tirées du livre

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07 octobre 2009

Quand les marabouts remplacent l’état


 Quelques poignées de girouettes qui se prénomment marabouts enrobés dans des boubous amidonnés à bloc, gagnent du terrain depuis que l’Etat sénégalais est aux abonnés absents dans la culture, l’éducation, la santé et la formation des jeunes.

Aujourd’hui que le Sénégal fabrique des illettrés, des chômeurs, des frustrés et des prêts au départ parmi les jeunes, certains « marabouts » ont réussi à récupérer ces jeunes, leur formater l’esprit, leur travailler la conscience jusqu’à ce que 9 ans après l’alternance, nous ayons la formation de milices religieuses, chiens de garde de Serigne Béthio et autres gourous reconvertis en marabouts depuis leur dernier détournement de fonds spectaculaires.

Ces jeunes obéissent aux doigts et à l’œil tels des robots à ceux qui prétendent être leur « guide spirituel ».

Ces marabouts de la débauche, de la polygamie non réglementée et qui rackettent la société sénégalaise font travailler les jeunes dans leurs champs agricoles pour leur faire gagner le paradis prétendent-ils, à d’autres heures ces jeunes sont mandatés pour casser la gueule à des politiciens ou détruire des radios.

L’absence totale de l’Etat, le vide politique des partis sénégalais, la perte de repères et de valeurs morales, la montée de la pauvreté, la démission des parents alliés au désoeuvrement des jeunes et à la clochardisation de la société font que ces gourous réussissent de la place là où il y’avait du vide. Aujourd’hui non content de se substituer aux parents, ils remplacent l’état et même dieu quand on y prend garde.

Cela donne des jeunes footballeurs qui entonnent des chants religieux avant de taper sur le ballon.

Etant donné par ailleurs que ces gourous nommés « serigne » se font la guerre pour occuper l’espace rendu vaquant par un état voyou qui cautionne toutes les injustices, il est à craindre bientôt qu’au Sénégal on assiste à des scènes apocalyptiques similaires aux émeutes de Maiduguri de Juillet dernier dans le nord du Nigeria qui aura fait plus de 600 morts.
De prétendus talibans avaient pris d’assaut la ville sous l’ordre de leur gourou afin d’instaurer des lois islamiques plus rigoureuses que celles qui ont déjà cours dans le Nord Nigeria qui a instauré la charia depuis les années 2000.

Il n’y a pas plus terrifiant, douloureux et stupide qu’une guerre de confréries ou une guerre de religion et c’est la seule guerre capable de déclencher des fureurs innommables.

Lorsqu’on tâte le pouls du Sénégal d’aujourd’hui ce conflit inter confrérique est palpable. Je n’ai pas la vocation d’un prophète de l’apocalypse, il en pilule dans le monde mais veillons au grain…

 

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05 octobre 2009

Terres à vendre en Afrique

Il me tardait de réagir sur le phénomène extrêmement inquiétant de l’achat des terres africaines, par des multinationales ou privées de la Corée du sud, de l’Arabie Saoudite et de la Chine. C’est surtout la Chine de Hu Jin Tao qui retient mon attention et ces chinois qui débarquent à Madagascar, au Liberia mais également au Cameroun où l’état leur a vendu des milliers d’hectare de terrain, des milliers d’hectare de terrain où étaient installés des villageois qui ont été sommés de déguerpir. Les villages ont été ensuite détruits, les chinois se sont installés et ont semé des hectares de riz cultivé par une poignée de villageois  chassés à qui on paie 1000 frcs la journée pour produire un riz destiné…au marché chinois. Le reste de la récolte constituant les mauvais grains de riz sont vendus sur le marché camerounais ou donné aux braves cultivateurs.

Je suis depuis une semaine au Sénégal et depuis quelques jours, ce qui défraie la chronique à Diamniadio, ville située à quelques encablure de la ville de Thiés, c’est l’état sénégalais qui a vendu des centaines d’hectare à des chinois qui sont venus pour faire déguerpir des propiétairs terriens, détruire un terrain de football qui se trouve sur les hectares octroyés afin de metrre en place  un projet immobilier. La mairie de Rufisque dont dépend la commune de Diamniadio clame son innocence, le maire ne serait pas au courant !
Le cauchemar a réellement débuté et cela promet d’être long et douloureux jusqu’à ce que ce mouvement s’inverse par la prise en compte des enjeux nouveaux que soulève l’achat des terres africaines par les chinois et autres entrepreneurs.
Tant que les chinois se contentaient de drainer les eaux territoriales au large de Cotonou, du Liberia ou déversaient les gadgets sur le Boulevard du centenaire, c’était scandaleux mais tolérable puisqu’en fin de compte les chinois sur le Boulevard centenaire, ils y sont encore. Mais que reste t-il à celui qui vend sa terre ?
Cela vous rappelle t-il quelque chose vous africains, la dernière fois où nos terres ont été confisquées par le biais de traités puis occupés par un bataillon d’administrateurs, qui l’exploitaient pour en tirer des produits (arachide, huile cacao, etc) qui se vendaient en métropole puis vinrent les travaux forcés et un siècle de traumatisme. Cela vous rappelle t-il pas un passé pas si lointain que ça, une douleur encore vivace que chaque ancien colonisé garde en héritage, une stigmate pire qu’un fer rouge sur la peau d’un nègre esclave.
Cela ne vous rappelle t-il pas la colonisation européenne ? la nouvelle se nommera chinoise, coréenne ou arabe. Elle est en marche, terrifiante, silencieuse, méconnue, incroyable.
Paul Biya et Abdoulaye Wade entre autres de nos chefs collaborateurs de l’avant colonie vendent les terres, nos terres à des chinois que leur pays incite à conquérir d’autres espaces parce qu’en Chine, il n’y pas de place, pas de terre, parce que l’enjeu planétaire au XXIème siècle c’est la nourriture, l’agro-industrie, les biocarburants. L’Afrique est le continent le plus prisé dans cette course au sol. selon un journal ivoirien les pays commes les émirats arbe unis, la corée du sud, le japon , la chine et l'arabie saoudite dispose aujourd'hui de 7.6 millions d'hectare hors territoire national soit 5.6 fois la surface agricole de la Belgique.

Nous avons de vastes espaces non occupés, nous ne cultivons pas ce que nous mangeons, nous préférons importer et surtout nous avons un cumul de dirigeants les plus cancres et les plus intéressés  de toute la planète ? On ne pouvait pas mieux rêver quand ce sont des multinationales qui s’appellent Daewo et qui prétendent aider nos cultivateurs à doubler leur rendement.

aujourd'hui le Soudan a cédé 900 000 hectares de terrain agricole à des partenaires étrangers, le Madagascar 1.3 millions d'hectare à la Corée du sud

L’afrique est un continent où la croissance démographique est la plus rapide du monde, 2,4% en 2001 (Tabutin & Schoumaker, 2004) que fera la génération naissante quand elle sera rendra compte que les terres qui devaient leur revenir à été vendu à des spéculateurs il y 50 ans par leurs ainés  et qu’ils sont nés dépourvus de tout ? Ce phénomène de délocalisation agricole parce qu'il faut bien lui donner un nom provoquera un mouvement de grossissement de bidonvilles africaines et des masses de paysans furieux dépourvus de leur moyen de subsistance principal: la terre.

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02 octobre 2009

Malaise social au pays de la téranga

Une autre enjambée de la méditerranée cette fois-ci pour déposer 3 sacs chez moi au Sénégal. Quelques jours pour dialoguer et me ressourcer chez les miens. Je n’aime plus le Sénégal non pas depuis que je l’ai quitté mais depuis que j’y reviens chaque année comme une vague en remous, la même vague qui échoue sur la plage, entêtée et embêtée, lascive.
Je n’aime plus le Sénégal parce que mon pays est de moins en moins aimable et comme je n’aime pas
la France non plus c’est un peu embêtant de ne pas savoir où poser mes bagages.
Je n’aime plus le Sénégal au même titre que tous ces sénégalais qui sautent dans les pirogues et autres embarcations de fortune pour des destinations incertaines toujours en quête d’un ailleurs meilleur.
Je n’aime plus le Sénégal comme ces fils du pays qui ne rêvent que de quitter les bras étouffants mais désarticulés du terroir de la téranga. Je n’aime plus le Sénégal comme ces jeunes qui rythment leur souffle au désir de l’étranger.
Le Sénégal est le seul pays du monde sans doute où à quasi unanimité tout le monde rêve de foutre le camp sauf bien entendu la portion minoritaire qui s’attribue 80% des richesses du pays.

Sinon la jeune génération d’aujourd’hui prend la poudre d’escampette, les touristes affluent beaucoup moins sur nos plages si prisées avant, les pépés et mémés retraités européens qui avaient construit château de retraite devant les plages de Saly, affichent tous la même pancarte : à vendre.

Allez voir !renaissance

Du côté du désespoir, j’ai vu des jeunes footballeurs hier descendre une rue du quartier Castor pour aller disputer un match qui scandaient des chants religieux les yeux fermés au milieu du goudron comme une horde de fanatiques sauvages. Des chants religieux pour aller jouer un match.

J’ai vu le 25 septembre 2009, la radio walfadjiri saccagée par une horde de jeunes qui prétendent être envoyés par leur marabout.

J’ai vu encore hier brûler l’immeuble Tamaru où siège l’ANOCI (Agence Nationale de l’Organisation du Conseil Islamique) dirigé par le très détesté fils du président de la République, et l’ensemble du gouvernement, la police, la gendarmerie, l’armée française affluer devant l’immeuble pour sauver le fils prodigue, chef à lui seul de quatre ministères. J’ai vu les journalistes de Walf assister impuissants au saccage de la pensée libre si haïe par nos actuels dictateurs.

J’ai vu Dakar, avant capitale de l’Afrique de l’ouest, joyau des indépendances, fierté des artistes et écrivains, et d’une poignée d’africains qui croient encore à tort que le joyau est toujours aussi brillant, j’ai vu donc Dakar dans l’eau de pluie, envahi par le débordement des fosses septiques, les ordures qui l’acculent, les routes du centre ville jalonnées de nids de poule. Méconnaissable. Dakar est devenu un dépotoir sous régional, une ville clochardisée explosant par ailleurs sous les migrations venant des campagnes et des pays frontaliers instables ; Guinée, Côte d’ivoire, Nigeria, Sierra leone.
J’ai vu la ville plongée dans le noir une dizaine d’heures par jour et le reste du pays avec. Tout va bien dans le Sénégal qui se porte mal. La marmite bout à une température extrêmement surélevée, il est à redouter qu’elle n’explose plus vite qu’on ne l’aurait cru.

« Bientôt nous serons pareils que les niaks, ça sera le règne de l’anarchie » dit un citoyen excédé devant le spectacle du saccage de la radio Walf. L’ethnocentrisme sénégalais qui frise presque le racisme n’est bien sur jamais en veilleuse. Les niaks pour désigner ceux de l’Afrique de l’Ouest ou centrale non musulmans : béninois, burkinabés, etc.
Mais mon pauvre compatriote prends tes sandales cours, cours, cours jusqu’à Ouagadougou puis prend l’un des bus climatisé de la capitale avec téléviseur à l’intérieur s’il vous plait (un confort qui n’existe pas encore du Sénégal, nous sommes encore au Dem Dik pourris, aux cadavres ambulants que constituent nos 7 places, Ndiaga Ndiaye et autres éléments à moteur rafistolés.) pour descendre à Cotonou, tu verras cher compatriote sénégalais que des niaks, tu auras beaucoup à apprendre : la discipline chez les burkinabés, la propreté chez les béninois de la capitale pas un papier sur les artères de la capitale et surtout une joie de vivre qui fuit les sénégalais du XXIème siècle qui se disent tous maraboutés.

Je veux bien y croire.

Pour vous résumer chers amoureux du Sénégal, nostalgiques, lecteurs du blog, visiteurs accidentels de ces pages, l’ambiance au Sénégal est chaotique, le malaise social est dans chaque souffle.

J’y reviendrai.

Image:
Monument de la renaissance sous les inondations,www.blogs-afrique.info/senegal-politique/inde

 

 

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