le blog de lianoire

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13 octobre 2009

La teranga wolof défigurée ou pour une anthropologie critique de l’hospitalité à la sénégalaise

Le concept wolof teranga désigne l’hospitalité, l’honneur, la convivialité. Teranga selon le dictionnaire wolof de Léopold Diouf viendrait du mot « teral » qui signifie « honorer, entourer d’égards et combler de générosité et de bienfaits ». Ce concept qui traduit une philosophie sénégalaise fondée sur le bienfait, le bien recevoir, le don de soi pour le confort de l’autre, de l’étranger, est aujourd’hui fortement à revisiter dans le pays dit de la teranga.
Il faut en effet quitter les sentiers d’une anthropologie non critique de l’hospitalité sénégalaise du professeur Lamine Ndiaye de l’université Cheikh Anta diop (Lamine Ndiaye, Le commerce sociétal du bien-dit et du « bien-fait » culturels : la « teranga » sénégalaise comme mode de régulation sociale in revue RSAP, N°01, 2009, page 97) pour s’approcher avec une loupe des manières de faire de la téranga sénégalaise d’aujourd’hui. Qui peut prétendre aujourd’hui affirmer en toute bonne foi que le pays de la téranga à savoir, le Sénégal, les femmes de la téranga ou encore la téranga elle-même, est toujours ce qu’elle était dans son acception première et dans son sens tel que le mettait en avant Léopold Sédar Senghor, premier président de la république sénégalaise?
En parallèle avec l’évolution des mœurs, la conjoncture économique, la perte des valeurs, la défection de l’Etat et la défiguration des croyances ; la philosophie de la téranga a connu un bouleversement total et sans précédent dans l’histoire du pays. Aujourd’hui teral rime avec intérêt et tout bienfait doit être accompagné d’un bien supérieur en retour parfois séance tenante. Toutes les règles du don et contre don ont été dénaturées au profit de l’enrichissement personnel. En réalité, la téranga sénégalaise n’est plus qu’un mot creux complètement vidé de sa teneur, elle est l’alibi pour détourner des deniers publics, détrousser l’étranger crédule qui a décidé de faire son séjour chez l’habitant. La téranga est devenue une injonction sociale à collecter les biens d’autrui sous d’épaisses couches de fourberies, toutes formes de stratégies pécuniaires étant permises dès lors que l’on redistribue. Si vous n’avez pas la téranga, vous êtes la risée de la société, le marginal, l’avare de Molière, un suicidé social même si vous êtes pauvre, volez vous serez reconnu d’autant plus que vous distribuez largement les fruits de vos larcins pour répondre à l’injonction de la sacro-sainte téranga.
Dans une société où le paraître est la première religion reconnue, il faut savoir construire, pratiquer et faire durer la téranga. Lorsque vous êtes étranger et par malheur blanc par exemple à Saly, le village vacances sis sur la petite côte, vos voisins vont vous ouvrir les bras, vous embrasser, vous dorloter, cajoler, gaver, offrir leurs filles, nièces ou petites cousines à condition que vous payez de votre poche toutes les dépenses requises. Car la téranga est aujourd’hui à vendre. Il faut en payer le prix. Mais que le toubab n’espère pas s’en sortir comme ça, en dehors du fait qu’on s’empresse à Saly d’exécuter tous ses vœux au moindre clignement d’œil et qu’on lui fait de larges sourires parce que c’est un blanc et qu’il est forcément pleins aux as, il faut qu’il s’attende à ce qu’un lui demande de construire une nouvelle villa pour la famille d’accueil, à fournir des papiers à Modou chômeur chronique mais qui a été son guide touristique le long du séjour et votre proxénète, à fournir à Astou les papiers pour qu’elle vous rejoigne en France ou au trou du cul de la Roumanie (l’essentiel c’est qu’elle se taille et au plus vite) parce qu’elle s’est entichée grave de vous au bout de deux jours au point de ne plus boire, parce qu’elle vous a offert ses sourires mielleux, sa peau lessivée par le khessal (procédure de dépigmentation de la peau noire essentiellement par des corticoïdes), ses reins de déesse et ses cuisses poisseuses. Et ce n’est pas fini pour le touriste qui séjourne chez l’habitant à Saly. En réponse à la téranga de la famille, il faudra qu’avant de partir que le blanc laisse des souvenirs à ceux qui vous ont ouvert les bras. Y passeront votre portable, votre montre, vos t-shirts, votre appareil photo numérique, vos chaussures, votre dentier et si vous ne prenez pas garde vos caleçons rapiécés. On ne vous épargnera guère, ni vous, ni vos biens. Si Modou est hardi et Astou bari fiit ( possède un œur vaillant), on vous accompagnera sur internet virer votre argent sur le compte sénégalais d’Astou, vous faire acheter une maison à grand Mbour pour vos prochains vacances en attendant la famille s’occupera des papiers et de la gestion de la baraque bien sur. On oubliera de mettre votre nom sur le bail, toute la famille déménagera dans la nouvelle résidence pour veiller à vos biens et on ira prier chez le marabout pour qu’à votre retour en Europe à la prochaine canicule? vous crevez la bouche ouverte et que vous fassiez ainsi une croix sur le pays si béni de la téranga sénégalaise. couple_toubab_et_noir
Mais que les sénégalais à commencer par moi n’aille pas se tirer une balle dans la tête parce que l’envie pourrait nous en prendre. Ce tableau du nouvel esprit de la téranga sénégalaise n’est pas applicable partout dans le pays; Si nous faisions une cartographie hâtive de la téranga sénégalaise, nous verrons qu’il existe des poches de résistance. Oui vous ! Vous pouvez rabaisser l’arme pointée à votre tempe et vous le touriste vous pouvez revenir. Au fin fond des campagnes sénégalaises, là où les gens meurent limite de faim, on vous accueillera toujours avec le sourire et on vous offrira le dernier épi de mil disponible hé oui c’est le paradoxe de la téranga dans mon pays bien aimé, c’est que quand il en reste elle est aux mains de ceux qui ne possèdent plus que leur cœur et leur courage à offrir. La téranga authentique résiste plus dans les campagnes que dans les villes, elle se manifeste magnifiquement dans la Casamance au sud du Sénégal notamment dans le Fogny où réside une majorité de diolas, elle est authentique dans le nord du Sénégal en plein cagnard sous le soleil, peuls et toucouleurs offrent toujours une calebasse de lait de vache, un mouton et une pintade à l’étranger qui frappe à leur porte en signe de bienvenue. Les sarakholé du nord ne sont pas en reste ainsi que les sérères de Fatick et du Sine-Saloum, les socés de l’ile de Batente au fin fond du sine saloum pratiquent une téranga nulle en d’autre façon ils sont presque comme ceux de la ville, les régions de la petite cote sont dans le bas du placement bien entendu : Dakar, Mbour, Kayar, etc ce sont les premiers violeurs de notre sacro sainte téranga. Les habitants de Tambacounda à l’est du sénégal sont à prendre avec des pincettes mais ils ont l’hospitalité dans le cœur, les peuplades bassari ont ouvert les bras à Serigne béthio et se convertissent même au mouridisme eux qui vivaient à demi nu, un os enfoncé dans le nez et refusant d’inscrire leurs enfants à l’école jusque dans les années 2000.
Thiéy ! quel pays de paradoxe !

Image:
  senegal.nianing.free.fr/img/slogan.jpg

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Commentaires

reprise de texte

je me suis permis de reprendre ce texte sur mon bmog en mettant l'origine et un lien vers celui ci. Si cela vous dérangait, je le retirerais.

cordialement
naomed

Posté par naomed, 23 octobre 2009 à 01:30

il suffit d'une exception.

Constat trés critique voir corrosif pour ce qui concerne la fameuse "Téranga" Sénégalaise actuelle et malheureusement débordant de vérité.

J'aimerais simplement noté en tant que toubab qui vient d'effectuer un petit séjour à Mbourg ayant rencontré les quasi-inévitables et inommbrables Modou ou Astou (avec lesquels je serai d'ailleurs plus concilliant leur trouvant des circonstantces atténuantes pour pouvoir se dépêtrer dans un tel marasme économique) que le toubab n'est pas non plus obligé d'être assez naif pour se faire manger à toutes les sauces.

Et surtout et heureusement il suffit d'une rencontre peut être dû au hasard s'il existe ou par rapport à ces aspirations pour se rendre compte que la teranga existe toujours bel et bien même à Mbourg et si elle est sans doute beaucoup plus rare elle en est d'autant plus précieuse.
Pour ma part j'en garde un souvenir exceptionnel et impérissable.
Il suffit d'une exception peut être malheureusement pour confirmer la règle.
Mais il y a des poches de résistances à Mbourg aussi et ce n'est pas l'auteur de ce texte qui pourras pas me contredire(lol).

Posté par Marco, 25 octobre 2009 à 16:08

veridique

bouleversant de vérités, je me suis permise de publier le lien sur mon facebook
j'espère que t'es bien rentrée au niger
gros bisous

dija

Posté par khadija, 27 octobre 2009 à 11:59

d'accord avec Marco mais...

Je suis bien rentrée au Niger merci.
je suis bien d'accord avec Marco pour dire fort heureusement qu'il y a des poches de résistance et qu'on peut parler de résidus de teranga dans notre société. je suis également d'accord avec toi sur le fait que les toubabs ne sont pas obligés d'être des moutons de panurge, je ne prendrai d'ailleurs pas leur défense.
j'ai du mal à être condescendant par contre face à ces miliers d'astou et Modou. Lorsque le cycliste belge Venderbroucke est décédé à Saly la veille de mon départ au sénégal, le chauffeur qui conduisait les deux prostituées avec lesquelles le belge a passé ces derniers instants, raccompagnait deux femmes paniquées qui venait de commetre un larçin sur un mort et qui n'avait trouvé qu'une idée pour s'en sortir courir chez un marabout à 3 heures du matin afin qu'il muselle du haut de son savoir la police (ceci n'est pas apparu dans la presse bien sur mais mes sources sont extrêmement précises et vérifiables).
inutile de dire que c'était peine perdue pour les deux femmes. mais ceci illustre très fort la décadence dans laquelle les sénégalais sont plongés et le manque d'analyse de ces pauvres filles qui végètent en prison pour 300 euros et deux portables!
bref...

Posté par lianoire, 28 octobre 2009 à 16:14

Pour Naomed je n'ai pas répondu ce qui voulait dire que je suis consentante à la seule condition que vous citez bien entendu vos sources.
Merci

Posté par lianoire, 28 octobre 2009 à 16:16

en tant que nigérien, je me disais la première fois que je lisais le blog de lianoire qu'il était acerbe sur le Niger mais je suis convaincu qu'il est aussi capable de l'être vis à vis de son pays, encore plus que pour le Niger qu'il ne maîtrise pas encore tout à fait.
la teranga sénégalaise est vantée même à Niamey et les sénégalais le mettent en avant comme un flambeau, la voir critiquée révèle les soubassements du mode de penser et de faire wolof bien différent de chez nous mais pas radicalement.

Posté par hassan souley, 30 octobre 2009 à 11:25

précision

Je suis un peu gêné quand tu parles de condescendance, je cite:
"j'ai du mal à être condescendant par contre face à ces miliers d'astou et Modou."
Pour ma part il n'est nullement question d'être condescendant avec qui que ce soit.
J'ai parlé d'être concilliant et je peux comprendre que tu le soit moins effectivement.

Posté par Marco, 06 novembre 2009 à 18:59

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