27 janvier 2009
une prostituée engagée, au panthéon des rois
Grisélidis Real a régné en tant que prostituée durant des années à Genève dans le milieu qu'elle appelait la soupape du calvinisme (A écouter l'émission Là bas si j'y suis qui lui a été consacrée sur France Inter en 2005) . Morte en mai 2005 à la suite d'une maladie, celle qui aura fait le tapin jusqu'à 66 ans va être reçu finalement conformément à un vœu provocateur, dans les allées des grands hommes... au cimetière des rois de Genève.
Après moult tergiversations et une fin de non recevoir de la municipalité, là voilà, Grisélidis Real prostituée, militante et écrivaine qui fera finalement et définitivement son entrée au mois de mars sur une décision en volte face des politiciens de gauche.
Grisélidis Real a croisé la prostitution avec la poésie et la philosophie
car pour la suissesse, la prostitution est avant tout "un art, un
humanisme, une science". En tant que courtisane moderne, Real choisira la défense de la sexualité libre et libérée. Elle hait les abolitionnistes et les féministes enragés. Elle ne s'est jamais posée en victime, elle aimait le foutre, jouir et faire jouir, elle était humaniste et faisait rire, ses clients étaient chouchoutés et leur état d'âme respecté et même notifié! Real tiendra son carnet de prostitution des années et une intense correspondance à sens unique avec Jean Luc Hennig, journaliste et auteur de Brèves histoires des fesses (1995). Grisélidis Real est restée longtemps une pourfendeuse de la morale hypocrite judéo-chretienne et des courants bien pensant d'une société conservatrice poussiéreuse, elle choqua même ses consoeurs prostituées qui l'accusèrent d'avoir dépassé le code de conduite du métier.
La reine du trottoir genevois aura publié entre autre Le noir est une couleur (Verticales, 2005) où elle révèle son inclinaison pour les hommes noirs dans un lyrisme imagé
:"Mes Noirs, mes Dieux noirs, je vous ai vus cette nuit
pour la première fois. Je rêve aujourd’hui à vos corps glorieux secoués
par les vagues du rock, à vos torses d’écume moirée dévorant la lumière
électrique ! Je rêve à vos visages de sombres soleils, à vos
magnifiques mains posées comme des palmes sur les épaules des femmes
blanches."
Je ne peux m'empêcher de la rapprocher un tout petit peu au Queen of crooks, May Duignan alias Chicago May. Sa vie redécouverte et retracée par l'écrivaine irlandaise Nuala O' Faolain morte en 2007, est aussi celle d'une femme prostituée bien qu'escroc avant tout dans les Etats-Unis du début du 20 ème siècle. Si la vie de Chicago May est un destin de criminelle d'exception en tant que femme irlandaise régnant dans un milieu masculin sans pitié au temps de l'Amérique des Gangs of New York, c'est la vie également d'une femme qui aura fait des passes afin de mieux réussir ses coups, par nécessité, en toute liberté parfois par goût. Peut-être que la ressemblance entre Real et May s'arrête là.
Le livre de Nuala O'Faolain sur Chicago May (Editions Sabine Wespieser, 2006) autant que les écrits de Grisélidis Real, poésies et carnet méritent leurs lecteurs. Un pur bonheur.
Notons qu'ironie du sort ou destin fatidique qui les rapprochent dans leur vie dissemblable pourtant, les trois femmes, prostituées ( Real et May) et écrivaines (Nuala O'Faolain, Chicago May et Grisélidis Real) mourront dans leur passion toutes trois.. de cancer.
PHOTOS:
1) Chicago May et son amoureux Charley Smith, journal Contemporary Newspaper, image reproduite dans L'histoire de Chicago May, Nuala O'Faolain
2) Grisélidis Real, Photo Steve Luncker
3) Les corps du Gang Dalton exposés au Kansas aprés la fusillade, 1892, source:http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://www.medarus.org/
25 janvier 2009
responsabilité des soignants et droit des malades: une promesse?
je ne suis pas très au fait du contenu des textes de loi qui existent sur la question de la responsabilité médicale, mais le sujet s'il n'a pas été débattu dans son acception philosophique et éthique doit être fait avant que le fond d'indemnisation des victimes ne soit mis en place. C'est lors de la rentrée des cours et tribunaux que notre président Abdoulaye Wade a fait L'annonce de la création d'un fond d'indémnisation des victimes de la pratique médicale au Sénégal. Hormis le fait que je me demande si notre controversé dictateur est conscient que ce fond devra être important (tant les erreurs médicales, les non assistance aux personnes malades, les entorses au secret médical sont légion), je m'interroge info ou effet d'annonce?
Dans tous les cas, il ne faudra pas aller trop vite en besogne même s'il faut saluer l'initiative... il est temps que cesse l'impunité sur la question des fautes médicales.
La responsabilité des soignants et des structures médicales dans le public et dans le privé doit être clairement posé.
les fautes doivent être définies, reconnues et réparées, les malades, au courant de leur droit.
Le contenu juridique des formations médicales renforcées et la spécialisation en droit de la santé encouragée
Il est nécessaire d'introduire la notion de faute dans le dictionnaire du médecin sénégalais et de faire reconnaître aux populations l'existence d'un aléa médical.
Il est même nécessaire d'organiser des assises sur la question de la responsabilité médicale, des moyens des personnels soignants et des droits du malade. Le réseau sénégalais droit, éthique et santé existe depuis des années et concentre des chercheurs spécialistes de ces questions dont ils débattent régulièrement.
Le consensus sur ces questions extrêmement importantes devront être obtenues pour que le fonds d'indemnisation des victimes serve réellement à quelque chose et pour prévenir des abus de part et d'autre.
Il est surtout à souhaiter que cette décision du chef de l'état ne soit pas encore une des nombreuses promesses lancées par un chef d'état en mal de popularité et critiqué par l'opinion pour justement ses promesses non tenues.
Man apart for things fall apart
Le retour de Chinua Achebe en fanfare dans son Nigeria natal n''est pas passé inaperçu dans la presse de langue anglaise. le retour du fils prodigue était attendu depuis neuf ans. l'occasion était elle trop belle? le premier festival international des civilisations igbo a été célébré cette semaine dans l'état d'Imo.
Prenant la parole lors de la 24 ème cérémonie de Ahajioku lecture, Achebe aura fait rêver ses partisans et grogner ses détracteurs nombreux à l'avoir poussé à un exil volontaire sous couvert de raison médicale. Devant un public de personnalités Igbo de tout bord et d'autres appartenances: dignitaires religieux, membres de l'assemblée, écrivains, membres du gouvernement fédéral, Chinua Achebe s'est prêté à un exrcice de style loin de lui déplaire, relire une partie de son ouvrage le plus traduit.
L'auteur de Thinks fall apart, l'un des ouvrages phare de la littérature africaine post coloniale, est revenu sur un de ses sujets de prédilection: l'unité ethnique chez les Igbo mais aussi la défense de la culture et de la langue du groupe.
Chinua Achebe on en gradera le souvenir est l'un de ses intellectuels nigerians pas rares, le géant démographique et pétrolier africain compte parmi ses éminents littéraires: Wole Soyinka et le regretté ken Saro-wiwa (qui fut pendu à Port-Harcourt en 1995) comme écrivains contestatires qui n'ont pas hésité à plonger jusqu'au cou dans les conflits qui ont secoué leur pays. Achebe qui a pris position lors de la guerre du Biafra à la fin des années 60 est un des combattants phares de ce Nigeria rêvé qui peine à se construire: un pays démocratique sans corruption, sans fanatisme religieux, culturellement uni malgré la disproportion des différences, des appartenances et des allégeances.
Achebe qui aura payé au prix de sa santé (l'écrivain est en chaise roulante aprés un accident de voiture en 1990) aprés avoir échappé à une tentative d'assassinat il y a plus d'une dizaine d'années, n'a jamais mâché ses mots.
Il est fascinant de lire Things fall apart (le monde s'effondre en français) pour saisir l'importance de l'héritage que nous avons perdu, nous africains. De même qu'il est peut-être dangereux de verser dans le mythe d'une afrique précoloniale paradisique vertueuse, traditionnelle et dans un particularisme ethnique dont ne se cache pas Achebe, ce qui ne l'empêche pas d'être un intellectuel engagé modéré.
La presse nigerianne était haletante depuis la percée d'Obama aux USA a tel point que l'obamamania semble être plus démesuré au Nigeria qu'au Kenya.
Avec le retour de Achebe même pour un bref moment, les nigerians ont compris une chose: des héros, intellectuels sans peur, ils n'en manquent point.
SOURCES:
1) Masque Igbo, Musée du quai Branly
2) Chinua Achebe, http://www.collegenews.org/Images/chinua2.jpg
15 janvier 2009
Lassants échos d'un Music-hall
Je me suis demandée, ce qu'ils applaudissaient à la fin de la pièce puis j'ai vite su, c'était visible, flagrant comme durant tout le spectacle, le public était là non pas pour Music-hall mais pour Elle: Fanny Ardent.
La pièce de Jean Luc Lagarce, à l'affiche et à grand renfort de publicité se joue au théâtre des Bouffes du nord sans plus. Elle se joue.
Je me suis demandée tout le long: qui n'est pas à la hauteur?
Certainement pas elle, celle qui est nommé La fille; c'est la star, Fanny Ardent, superbe dans sa tenue de diva en vert d'eau recouverte d'une petite veste de fourrure rose fushia.
Pas plus que les deux boys ringards et paumés comme le personnage de l'actrice: Francis Leplay et Eric Guérin.
C'est l'histoire d'une jeune fille qui flanquée de deux mecs, chante en playback chaque soir sur les planches tapissées de détritus de salles de spectacle sordides et minables, chaque soir juchée sur un tabouret, chaque soir, en fond de musique craché par un transistor, la ritournelle de Joséphine Baker de temps en temps, chaque soir, la même rengaine avec ses hommes-amants-danseurs à la fois.
Une histoire sans histoire, des personnages peu attachants, une Fanny Ardent enthousiaste, comédienne de luxe mais prise dans le filet de la mise en scène qui manque de créativité, d'audace, de vivacité, une histoire créée par Lagarce, pleine de digressions, de répétitions, de hachures...
Comme mon impression ne semble pas être unique, je me demande d'où vient cet encensement des médias sur cette pièce qui ne nous dira rien de plus que l'on sait déjà? C'est peut-être parce qu'au final le spectacle plus qu'il ne déçoit laisse ce petit goût d'inachevé que souligne pudiquement et à la fin mais avec pertinence l'article de Phillipe Chevilley dans les Echos.
Un mot pour résumer la mise en scène de Lambert Wilson dans Music-hall: DECEPTION.
Music-hall au théâtre des Bouffes du nord du 07 janvier 2009 au 14 février 2009
PHOTOS:
1) Joséphine Baker 1927, photo Stanislas Walery
2) Fanny Ardent dans "la fille", Music-hall 2009, source: http://www.theatre-contemporain.net/images/upload/jpg/3801110116.jpg
14 janvier 2009
Le cri de Gertrude
A voir et à revoir.
Cela commence par une scène de coït violent sur le corps du roi Antoine qui agonise.
Cela commence par le cri, celui d'une femme, d'une épouse, Gertrude qui copule avec Claudius le frère du roi Antoine.
Cela commence par un cri d'extase régicide.
A l'honneur au théâtre de l'Odéon, le texte du britannique Howard Barker magnifiquement mis en scène par l'italien Giorgio Barberio Corsetti est un poignard dans notre vie tranquille.
Une ode à la violence et au déchainement des sens, de l'humour mais noir, de l'inceste mais suggéré, du sexe à tous les plats. Aucune censure n'est permise chez Howard Barker.
On contemplera les dilemmes œdipiens d'un Hamlet qui veut assassiner l'amour comme sa mère Gertrude le fait renaître en tuant ou en ordonnant de le faire.
Pour entendre le cri de Gertrude il faut que d'un don surgisse la mort.
Les personnages de Barker sont saisissants de noirceur et de cynisme, plus de cynisme que de noirceur en réalité. Implacables ils ont surgi pour accomplir, faire accoucher le cri de Gertrude.
L'extase est dans le coït, dans la fidélité d'un majordome, dans l'invitation à l'adultère d'une belle-mère, dans La sensualité d'une Gertrude presque détachée du séisme, de l'effondrement de l'ordre social dont elle est actrice.
L'extase est aussi ailleurs: dans la quête des acteurs, dans les mouvements des personnages, dans une mise en scène ingénieuse faite de profondeur de cadre et de scénographies mobiles et dans un public floué.
On applaudit pantois, dérouté...choqué...dans l'extase.
Gertrude (le cri), au théâtre de l'Odéon du 08 janvier au 08 février 2009
PHOTOS:
Scènes du spectacle, copyright Alain Fonteray