le blog de lianoire

C'est un blog qui brasse plusieurs domaines qui m'intéressent, la littérature, l'anthropologie et l'actualité politique en Afrique et en France. Soyez les bienvenus!

30 décembre 2008

des remparts contre la dérive

C'est fort heureusement parce que la poésie est vivante et qu'elle a su toujours rythmer nos pas et apaiser nos souffrances que l'article paru dans nettali de Hamidou Dia , poète parmi les siens est à lire et relire.
L'écrivain le dit bien, il ne songe point à hurler avec les loups mais c'est parce que poésie rime avec engagement chez l'auteur de les remparts de la mémoire que de sa plume, il veut tirer la sonnette d'alarme sur un sénégal décadent, une situation politique et sociale dont les qualificatifs manquent pour la décrire telle qu'elle est.
Dia ne se veut pas conseiller du prince, ni citoyen complaisant mais celui qui met les mots sur la myriade de malaises post alternance. IMGP3100Si la liste des révoltes sociales traduisent le mal être des populations qui voient les richesses du pays profiter uniquement à une classe politique dont le "cannibalisme tenace" ne peut supporter la critique d'un Jean Christophe Ruffin à qui on donne tort parce que depuis longtemps la vérité agace dans le pays de Cheikh Anta Diop, Hamidou Dia invite le Prince à réfléchir sur ces cris d'alerte.
Le poète s'inquiète de la rupture du dialogue social, de l'"affaissement éthique et du renoncement intellectuel sans précédent" qui a cours.
Hamidou Dia est un homme de courage parce qu'il en faut pour ne pas céder à la tendance majoritaire (vous m'excuserez de l'expression):lécher le cul terreux de nos fausses élites.
L'optimisme et la sagesse de Hamidou Dia est une leçon d'espoir or l'espoir est un feu qui s'éteint peu à peu des coeurs des sénégalais comme séteint plusieurs fois par jour la lumière dans leur foyer obscuri par un pays malade de sa gestion.
A tous j'invite à lire les paroles du poète sénégalais.

PHOTOS:

sculpture de Rabarama, Paris devant le Panthéon, Photo Lianoire, novembre 2008

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16 décembre 2008

Nuruddin farah, une trilogie nommée quête

Ce ne devait pas être au début un choix conscient, lire la trilogie de  Nuruddin Farah à l'envers. Secrets (1998), Dons (1992), puis Territoires (1986).
Décrypter le langage de Farah c'est avoir entamé au préalable avec l'anthropologie un dialogue profond. Mythes fondateurs, symbolisme du rêve, importance des signes, le partenariat intergénérationnel sont des éléments qui assurent une permanence et une survie à l'Afrique dans l'oeuvre de l'écrivain somalien en exil.
potlatchDans Secrets, l'on nous demande de décrypter des signes, de déchiffrer le sens des mots, d'entrer dans le mystère, le mysticisme et le non-dit. L'on suit ainsi Kalaman, le héros dont le nom signifie impasse, fruit d'un viol collectif tels certains pays africains après la conférence de Berlin, il n'aura de cesse d'aller en quête de l'origine.
Secrets aurait pu être appelé ainsi Origines au pluriel, tant chacun part dans une quête de soi continuelle qui définit dans une recherche du plaisir, dans le viol des interdits liés au sexe, dans le crime.
L'acte d'écrire est hautement politique chez Nurruddin Farah à qui une trentaine d'années d'exil permet de s'ancrer difficilement quelque part et qui nous invite à une mobilité du regard.
Mogadiscio est n'importe quel pays d'Afrique en guerre ou en paix (ce qui n'est que l'état d'une avant guerre) en crise d'identité. Dans le second de la trilogie, le titre en résume tout et n'en dit pas plus, le reste est au fil des pages.
Les ressorts du don sont revus, critiqués. L'acte de donner implique plusieurs significations, la philosophie du don n'est pas la même que l'on soit en politique ou inscrit dans un acte religieux, pas plus que le don de son coprs d'une femme à un homme ne revêt le même sens que d'autres dons. Les nombreuses facettes du don ont été étudiés par les anthropologues ( le potlatch par Robert.H.Lowie, le don de Marcel Mauss, la nouvelle philanthropie bourgeoise de la Chine post tsunami par Bernard Hours ( travaux en cours avec Monique Selim), etc). Certains penseurs africains dont Sembene Ousmane nous a invité des années plutôt à réfléchir sur le cynisme du don alimentaire, la charité internationale faite à nous africains qui tendons la gamelle vide. Guelwar est un monument cinématographique  qui éclaire et polémique sur l'ambiguïté du don et sur la propension des élites politiques africaines  à tendre la main pour recevoir...en notre nom.
Farah, dans son roman qui nous promène dans un Mogadiscio malade de ses pénuries, tire une ficelle de chaque forme que peut revêtir le don.
Duniya son héroïne lutte contre cette charité qui maintient les hiérarchies sociales, économiques mais aussi genrées.
Entreprise philanthropique, don chrétien, sacrifice musulman, don ostentatoire (qui amoindrit l'effet bénéfique et généreux du don selon le texte coranique), les dons ont une dimension symbolico-religieux.
Dons
est en quelque sorte un réquisitoire contre cette nouvelle culture du recevoir, de la main tendue, que les africains ont hérité de l'époque coloniale et renforcé dans le postcolonialisme.
Pourquoi, nous faudrait-il recevoir, aurions-nous d'emblée droit à ce que les occidentaux produisent? Pourquoi? Parce que nous serions les seuls à souffrir, à avoir et à revendiquer une histoire unique, inique, douloureuse qui nous attribuerait une place spéciale, nous africains?
Pourquoi l'Europe devrait systématiquement nous tendre la main?secrets
Contre cela, Farah s'insurge: dans leurs haillons, les somaliens en pleine guerre drapés de leur dignité ne demandaient rien, un rite social définit la règle du don qui autorise rarement à recommencer, le don traditionnel collectif, nécessite un contre don. Aujourd'hui, les dirigeants africains mendient sans cesse pour payer leur rythme de vie (voitures blindées, caviar, nombreuses femmes parées de bijoux, villas en Europe, dizaine de compte en banque, etc) et les politiques publiques qui ne se suffisent jamais d'un premier financement. La plupart des africains eux remarquent Duniya, vivent au dessus de leurs moyens, avec entêtement ajouterais je. A Mogadiscio, chez les filles peinturlurées de Dakar, à Johannesbourg, chez les immigrés maliens de Montreuil venus en vacances à Bamako ou chez nos compatriotes congolais aux vêtements bariolés.
C'est sans doute parce que nous lorgnons fiévreusement et avec schizophrénie le progrès à l'occidental, le modernisme à l'occidental que la facture est énorme de Lagos à Casablanca en passant par la jet set sénégalaise qui envahit les rues de Dakar le samedi soir. Pourtant on nous apprend que nous devons des milliards alors que les zimbabwéens ont faim, que de la famine au Niger son président Tandja n'est pas au courant et que les petits congolais mangent dans les poubelles.

nuraddin_mainFarah est un écrivain mondialisé qui engage la critique sociale par l'allégorie, le conte, le mythe. C'est ce qui rend son message si pénétrable dans Dons et moins dans Secrets. L'enfant trouvé dans Dons par Nassiba et remis à Duniya n'est-il pas ce territoire (l'Ogaden) que la Somalie et l'Éthiopie se disputent et qui mort révèle le dénuement et la vacuité des préoccupations de conquête et de pouvoir sur le sens de la vie, cette vie qui ne tient au même titre que la survie de l'enfant trouvé... qu'à un fil.

ET que nous dit Territoires? Cela je vous le conterai une autre fois



PHOTOS:

1) Cérémonie de Potlatch, photographie prise en 1895, près de Chilkat, en Alaska, Museum of History and Industry/Corbis.
2) Photo couverture Secrets, Editions le Serpent à plumes, 1999
3) Nuruddin Farah en séance de dédicaces à l'université du Minnesota, www.hiiraan.com/op2/2006/feb/listener%E2%80%9...

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14 décembre 2008

La condition noire

                                      Jeter les jalons d'une histoire sociale des noirs de France, c'est ce que l'historien Pap Ndiaye de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) s'est donné comme tâche. L'ex normalien qui dont on verra au passage qu'il aura joui d'un privilège de fratrie, avec une préface inédite de sa sœur l'écrivaine Marie Ndiaye, se propose de retracer l'histoire des noirs de France.
peut on parler des noirs de France? le souci constant de l'auteur sera de ne pas tomber dans la généralisation abusive d'une description d'un groupe qui serait uniforme, posture qui n'a pas manqué chez d'autres de drainer des présupposés essentialistes.
Esquisser une histoire des noirs a impliqué une démarche complexe tant l'objet d'étude brasse des thèmes lourds de sens et d'histoire en eux-mêmes: l'esclavage, la colonisation, l'immigration, la question de la race, le racisme, les discriminations, les pratiques culturelles, etc.LA_NOIRE_DE
La problématique est claire: il s'agit de joindre la question raciale à la question sociale. L'auteur pour ce fait n'hésite pas à inviter dans sa réflexion ce dont il sait le mieux parler, l'expérience américaine de l'histoire des minorités noires et de ses politiques sociales. C'est un champ contre champ plus qu'un regard  oblique que le maître de conférence jette vers le cas américain. L'approche comparative autorise des rapprochements mais l'histoire américaine sert surtout à ne pas tomber dans certains pièges d'une politique des minorités notamment avec l'affirmative action qui aura dans les années 70, dépeuplé les ghettos américains en faisant partir les classes moyennes, dépérir les structures éducatives et sociales, fuir les capitaux qui permettaient l'investissement dans les quartiers défavorisés, investissements qui profitaient aux pauvres.
Du point de vue méthodologique, Pap Ndiaye revisite une certaine partie de l'historiographie américaine qui traite du racisme et s'appuie sur un sondage du Sofres ainsi que des enquêtes qualitatives. l'on apprend ce n'est pas une grande nouvelle que le noir est une construction sociale comme être noir résulté d'une expérience sociale.
papL'auteur reviendra sur des polémiques (le discours du président N. Sarkozy à Dakar) qui questionnent un refondement du racisme qui dans sa dimension politique donne à imposer sur l'espace public un débat sur l'identité nationale , cette notion à injonction assimilatrice dont M B.Hortefeux est un fervent défenseur.
Cette question identitaire justement qui ne cesse de faire débat à tel point que je me demande si l'on ne pourrait pas parler d'un jeu identitaire de la part des populations "d'origine immigrée". L'émission Répliques d'Alain Finkelkraut sur France culture, présentée exceptionnellement par Florient Delorme de ce samedi 13/12/08 en faisait débat.
D'une part, plus l'identité française  est suspectée et interrogée chez les noirs, arabes ou d'autres groupes, plus ces groupes la soulignent comme le note Ndiaye. D'autre part, l'exemple de l'école française à travers l'ouvrage et le film Entre les murs de F.Bégaudeau qui montre une scène où l'adolescente française d'origine maghrébine dit sa non fierté d'être française et nie sa nationalité française en plein cours de français. C'est comme si, plus on venait à assigner à ces groupes cette identité, plus ils voudraient s'en détacher mettant ainsi en échec le modèle républicain du couple assimilation-intégration.
Deux concepts qui font usage de politique et dont l'auteur omet de parler, ce qui constitue le point faible d'une analyse qui se veut une étude d'une histoire des noirs de France.
En tout cas, l'on retiendra qu'on ne peut pas en faire l'impasse: l'histoire de la condition noire ne peut faire l'économie d'une histoire et d'une sociologie de la domination raciale et d'une sociologie de la discrimination.

Pap Ndiaye n'hésite pas à dire haut ce qu'un monde pense bas: les lois de migration en France tendent et ont pour but de stigmatiser et canaliser l'immigration de l'Afrique noire en priorité.afdc
L'on serait par contre moins d'accord sur l'affirmation de l'historien qui tendrait à dater le racisme culturel d'une trentaine d'années et à le rajeunir (page 207), créant même une frontière entre racisme culturel et racisme scientifique. Or plusieurs événements historiques ont démontré le contraire, l'exemple de l'essai Tuskegee dans les années 30 sur les noirs américains atteints de syphilis est plus que parlant sur l'articulation des deux formes de racisme.

La condition noire.Essai sur une minorité française, Pap Ndiaye, Calmann-lévy, 435 pages, 2008, 21,50 euros

PHOTOS:
1) une scène de La Noire de, Sembene Ousmane, source: africiné
2)Pap Ndiaye, Photo L'express
3)Aimé Césaire, source: www.afro-style.com

Posté par lianoire à 19:20 - culture littéraire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 décembre 2008

Exiger des visas aux migrants subsahariens

A part une police déléguée qui instaure des centres de rétention au nord de l'Afrique (Mauritanie, Maroc et Lybie), une répression des migrations internes africaines qui ont des siècles d'existence, il faudrait instaurer des visas pour les voyageurs subsahariens en direction du Maghreb.
Tels sont les propos tenus pas par n'importe qui. Jean-Luc peduzzi ancien PJ en corse et dans les banlieues et responsable des stup, travaille par ailleurs sur la question des trafics au Mali et en Mauritanie. Nommé par le ministère de l'intérieur français pour se charger de la sécurité extérieure de l'UE, l'homme qui a déjà publié aux Presses de la cité Etranger, L'argent de la terreur dans lequel, il revient sur le financement des groupes terroristes, semble bien être un modèle européen et sarkozyien de la question immigrée.
Au sein d'une institution qui se veut bien pensante comme l'Ifri (institut français des recherches internationales) , s'est tenu aujourd'hui une conférence sur les "questions sécuritaires au marge de l'espace méditerranéen" et qui s'est focalisée sur la zone sahélo-saharienne comprenant le Niger, l'Algérie, la Mauritanie et la Libye.
Si Peduzzi est un homme d'action qui compte l'argent sale, dénombre les kilos de cocaïne qui transitent en Afrique subasaharienne et en Afrique du nord, résonne en logistique et se targue d'avoir doté Nouatchott du plus moderne bâtiment d'investigation dans la question des trafics illicites, l'on se demande jusqu'où l'UE ira pour canaliser les déplacements des populations africaines dont l'essentiel des mouvements (l'on ne le dira jamais assez) reste cantonné dans le continent. Ainsi ne faudra t-il pas seulement enfermer les migrants pour leur couper la route, ni armer les maghrébins pour qu'ils fassent la police à la place des européens, il faut également repenser les accords bilatéraux entre pays africains sur la question de la mobilité.

Car la psychose européenne, c'est sa sécurité et sa sécurité, c'est la réduction des migrants originaires de l'Afrique noire (même s'ils sont une minorité ) dans le zone UE. Préoccupation qu'a compris Peduzzi qui y travaille par ailleurs.

Posté par lianoire à 00:39 - Immigration - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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