le blog de lianoire

C'est un blog qui brasse plusieurs domaines qui m'intéressent, la littérature, l'anthropologie et l'actualité politique en Afrique et en France. Soyez les bienvenus!

06 novembre 2008

Yes we can also

L'Amérique est une somme des possibles.
En tout cas la gloire de Barack Obama nous réaffirme aujourd'hui sur la scène du global, que tout est possible aussi bien en politique qu'en histoire. S'il est question d'une volonté individuelle tout au début, plus une volonté sociale subordonnée à une volonté politique, est-il déraisonnable de souhaiter ou de faire appel à celle-ci à l'échelle du continent africain?
Car qui plus que nous africains, a besoin d'espérer, de changement radical, d'avancer et de jouer un rôle important dans les échanges mondiaux qu'ils soient d'ordre politique, économique, culturel ou scientifique?Qui plus que les africains, a besoin aujourd'hui de soulever sa face de terre et de se relever?
Qui a plus que les africains, besoin de dépasser le antagonismes du passé, les clivages sociaux d'aujourd'hui, les rancœurs d'hier?
Qui plus qu'un africain a besoin de changement au Libéria, au Sénégal, en Lybie, au Soudan, au Congo Kinshasa?
Il est vrai que pour cela, il requiert de l'audace or celle-ci n'a jamais été l'arme des faibles et des lâches.
Sommes-nous alors, nous jeunesse citoyenne, africains du continent et de la diaspora faibles et lâches?
Mais assurément.
La question de l'audace implique sa finalité pratique: que nous soyons aptes à élaborer une autocritique de nous-mêmes, de nos schèmes de pensée, de notre histoire et de notre relation aux autres, au monde.
Nous avons tant de choses à transcender pour aller de l'avant, tant de lacunes à reconnaître, tant d'injustices à pardonner et donc tant à faire avec nous-mêmes.
Et ceci devrait se traduire par des actions politiques fortes au niveau de chaque citoyen, de chaque individu, de chaque population d'Afrique.
L'enjeu lui est énorme.
La première chose qui nous fera aller de l'avant est celle-ci: la perpétuation des rapports néo-coloniaux ne constituent pas l'unique entrave à notre développement réel. Cette perspective manichéenne qui se retrouve dans d'autres schèmes de pensée que nous avons intégrés devra être résolument abandonnée.
Car il ne satisfait plus personne, même pas nous.

N'est ce pas?

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05 novembre 2008

Et si on refaisait Vichy?

La réunion ministérielle qui s'est tenue mardi à Vichy sous la direction de M Brice Hortefeux n'a pas manqué de susciter les polémiques depuis deux jours en dehors des manifestations de protestation (violemment réprimées et retardées) de ce qui est présenté comme une dérive européenne des lois sur les migrations.OPcoloniale
Cette troisième réunion du type a choisi un lieu hautement symbolique controversé et resté dans les annales de l'histoire pour être rattaché à une certaine France de 1940, la France des collabos, la France alliée du nationalisme allemand, la France complice des rafles des juifs, francs- maçons et résistants.
On connait la symbolique que revêt Vichy et le choix de ce lieu est à inscrire dans son sens politique.
Vichy qui a acquiescé au nationalisme allemand serait-il prêt à renaître face à cette poussée du nationalisme français dont l'extrême est la création d'un ministère à son effigie?
Cette réunion censée créer une "boîte à outils" pour penser, définir et mettre en acte "l'intégration" au niveau de chaque pays des 27 est une aberration.
"L'intégration" elle-même échoue à être pensée comme une politique devant aller dans les deux sens.
Au delà du sens de Vichy et de son lien avec les nouvelles lois sur les migrations, on ne peut manquer de rappeler, souligner tirer la sonnette d'alarme sur:

-le recul du droit et de la justice sociale dans le pays de notre ravissante Rama Yade au pouvoir fantoche

-la naissance d'un nationalisme ambiant, étatisé et institutionnalisé

-l'imposition et la sacralisation de l'hymne nationale ( à ce propos pour rire suivre la proposition sur ce blog tenu par des étudiants en Droit de l'Homme de l'Essonne) comme réponse aux siffles tunisiens qui exacerbe un chauvinisme qui ne dit pas son nom

affiche_de_prop_1941-l'amalgame entre sans-papiers, demandeurs d'asile et généralement "étrangers" catégorie difficile à définir et qui autorise des dérapages

-le consensus européen autour de la question de l'immigration et des politiques migratoires aujourd'hui

Inquiétant.

PHOTOS:
1) dessin, http://www.opcoloniale.fr/files/OPcoloniale.jpg

2) affiche de propagande en 1941

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04 novembre 2008

Adulterare

Noël approche et pour casser la tyrannie des cadeaux inutiles et conventionnels, si j'étais l'un de vous en couple, j'offrirais Adultères d'Aldo Naouri le pédiatre pschychanalyste. Et si je n'étais pas en couple, je me l'offrirais quand même.  Et ce n'est pas faire oeuvre de mauvais goût!
J'offrirai Adultères non pas pour casser mon couple, le titre pouvant prêter à confusion, ni pour me préparer à l'acte de tromper, de duper l'autre, mon autre mais pour lire et m'instruire avec plaisir de ce précis précieux sur la vie de couples.
tilaiCar adultères ne parle pas seulement de la 6ème injonction des dix commandements: " Tu ne convoiteras pas le bien d'autrui" mais offre un témoignage inestimable sous le regard bienveillant du Dr Naouri que l'on connait pour sa contribution précieuse à l'ouvrage De l'inceste co publié avec Françoise Héritier; sur l'amour, le couple, le mariage, l'individualisme, la libération sexuelle, le transfert, l'apport de la psychanalyse à la société.
Le Dr Naouri nous apprend ainsi que l'on aura beau courir derrière l'"idéal", crier notre insatisfaction au bout de 20 ans de mariage, tromper l'autre parce que le désir n'y était plus ou pour d'autres raisons, s'en débarasser parce qu'on est convaincu qu'on peut avoir mieux, faire une croix sur le voeu sacré: pour le meilleur et pour le pire; aucune réponse définitive  ne pourra être trouvée à notre acharnement à vouloir chercher cette petite chose que nous croyons qu'il manque à l'autre, chez un plus autre.
De l'appel à l'adultère à retour à la règle, chapitre après chapitre, le bon vieux pédiatre nous emporte dans les méandres de notre inconscient pour nous obliger à nous intérroger sur ce pourquoi d'un autre que l'on a prés de soi, sur ce qui au final gâche des miliers de couples à l'heure où le divorce se porte si bien. Naouri témoigne ainsi d'une culture littéraire et cinématographique qui étonneront que ceux qui ne l'ont jamais écouté: de Tilaï d'Idrissa Ouedraogo ( 1990) à l'oeuvre de Stanley Kubrick (Eyes Wide Shut), Naouri ne lâche pas son fil et recentre à chaque fois le curseur sur le jeu de l'amour tout en dénonçant l'individualisme montant de la société occidentale aussi bien qu'ailleurs autant que sur notre acharnement à vouloir transcender notre solitude ontologique.adulteres
On trouvera d'intéressantes hypothèses sur le mariage arrangé (l'exemple de Tilaï et la société japonaise antérieure) qui aurait plus de chance de perdurer que les mariages par inclination...

A découvrir.

PHOTOS:
1) Tilaï, scène de film, Idrissa Ouedraogo, 1900

2) Aldo Naouri, Adultères, couv, Edile Jacob, 2006, 400 pages, 22,90 euros

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03 novembre 2008

L'exigence d'un prix

Cela m'a vraiment scandalisée. Cette vague d'écrivains qui se croient forcément primables. Avec la rentrée littéraire c'est toujours la folie et les déchirures de toute part, les jalousies et les coups bas, on le savait, on s'en amusait puis finalement ça a lassé. the_attack_khadraMais que certains écrivains croyant à une destinée par les prix attendent et même exigent que la récompense leur soit donnée, relève de la gageure. Comme si écrire, être un bon romancier devait être assujetti à un Goncourt, un Renaudot ou un prix Médicis. Comme s'il fallait écrire pour ça.
L'autre soir à l'émission de Picouly du vendredi 31 octobre sur france 5 où étaient conviés Régis Jauffret (Lacrimosa, Gallimard, 2008), Jean louis Founier (où on va, papa?, Stock, 2008, qui vient de recevoir le prix Femina à l'heure où j'écris), un interview de Yasmina Khadra de son vrai nom Mohamed Moulessehoul ( Ce que le jour doit à la nuit, Juillard, 2008) laissait transpercer sa colère de ne pas encore avoir reçu de prix littéraire.
On sait que l'auteur qui porte le pseudonyme d'une femme, est un écrivain à succés et a une réputation qui n'est plus à faire ou presque. Avec des  romans traduits en 33 langues dans 36 pays, Yasmina Khadra ou Mohamed Moulessehoul, est un tisseur d'histoires dont les sujets inspirent.
Mais de là à exiger un prix, il y a un monde! Comme si à chaque publication littéraire, à chaque acte d'écriture destiné au public devait être assujetti un prix. Comme si la reconnaissance ultime et unique viendrait par ce biais.
La scène des prix littéraires est entenchée depuis des années en France de coups bas, de controverses et d'éclats face à des accusations de complaisance et de corruption (affaire Madelaine Chapsal pour le Femina) ce qui ne vient arranger. La littérature, la vraie devrait être au dessus des coups mesquins que portent entre eux les hommes désireux de briller.
Alors Khadra engagé pour l'art ou pour le prestige?

PHOTOS:
Yasmina khadra, L'attentat, couverture de livre

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01 novembre 2008

De l'indécence

mendiant_060108_p_kinCrise. Crise. Ça crispe la crise. Ça fait grincer les dents en Europe, ça glace. La crise. Ça fâche.
En Afrique que dit-on de la crise? Pas encore touché disent les économistes. Mais ça ne saurait tarder disent d’autres. L’Afrique est sur la bonne voie affirment ceux de la Banque Africaine de Développement ( BAD), elle augmente sa croissance en 2009. Chapeau! Ah les chiffres! Mais si de crise en Afrique, on regarde de loin, on s’inquiète ou peu, on médiatise ou pas, les africains eux-mêmes paraissent s’en foutre. C’est peut-être que la crise nous on la connaît depuis belle lurette. La crise c’est pour les portefeuilles qui pèsent lourds pas pour les badolos, la crise c’est pour les détenteurs de capitaux, pour ceux qui peuvent parler de pouvoir d’achat.

Qu’est ce qu’un paysan sénégalais de Diouroup ou un Songhay du fleuve Niger connaissent de la crise actuelle telle qu’elle se définit, se décrit, se répercute aujourd’hui dans les banques, dans la presse et dans les portefeuilles des gens des pays riches. La crise ils sont nés avec! Ils la vivent tous les jours.
La crise c’est le manque de moyens de subsistance, c’est la crise alimentaire, c’est la raréfaction de l’eau, c’est l’avancée du désert, c’est le chômage, c’est le faiblement rendement des terres, la mort du troupeau. Mais la crise c’est surtout et en tout temps l’inégale répartition des richesses dans le monde. Wall_Street_PanicEt de cela c’est comme si on venait de le découvrir en haute sphère, pour qu’un M Sarkozy nous dise qu’il faut redistribuer les cartes, repenser l’économie mondiale, contrôler les financiers dans les banques, repenser le capitalisme. Pour que d’autres plus érudits nous renvoient à K.Marx. Pour que d’autres encore pointent le salaire faramineux de certains PDG français (310 fois le SMIC soit 380 000€ selon le mensuel Capital publié le 30 octobre 2008).

Je me demande si tout n’est pas une question de décence finalement. Ecrire l’histoire de la crise c’est écrire l’histoire d’un phénomène pas qu’économique mais social qu’on nommerait le phénomène de l’indécence.
Certains européens surnantis pleurent que le contenu de leur portefeuille s'amenuise quand longtemps l’encouragement pour un train de vie anormal et indécent a fait l’objet des campagnes publicitaires et que dans les super marchés on invite à consommer plus encore plus. Aujourd’hui ce sont les classes moyennes des pays les plus riches qui vont trinquer.
karl_marxPour le paysan du Bengladesh ou le plombier américain, la donne ne change pas. Pauvre tu es, pauvre tu resteras tant que les riches ne se comporteront guère avec plus décence dans la consommation, dans la dépense, dans le style de vie, dans l’utilisation des ressources de la terre, dans la manière de manger et dans la gestion des capitaux bien entendu!

Et si l’indécence était le mot en mal dans la crise?

PHOTOS:

1) un mendiant à Pékin, Photo Trey Menefee, Novembre 2006

2) panique à Wall street, Schell & Logan. Engraving: Harper's Weekly; May 24, 1884.

3) Karl Heinrich Marx, http://germanhistorydocs.ghi-dc.org/print_document.cfm?document_id=2272

Posté par lianoire à 22:33 - Haro! - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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