07 août 2008
De Joal à Fadiouth
Une journée à Joal-fadiouth en partant de Mbour. Pourquoi pas me suis je dis? Jamais fait autant essayer maintenant. Joal je me rappelle!
Dans mes préparatifs furtifs, je me suis arrêtée devant la bibliothèque du salon: pas de Joal sans poésie. Pour le voyage j’amènerai un...Rimbaud que je lirai me suis je dit sous les palmiers et cocotiers de Joal sous l’ombre fraîche des souvenirs de Senghor qui nous aura bassiné longtemps avec son village natal.
Autant vous arrêter toute suite rien ne s’est passé comme rêvé, débarquant tel un touriste ahuri, je n’ai trouvé à Joal une seule parcelle de poésie encore moins de l’ombre. Pas d’arbre trop de béton, une plage que les activités des pêcheurs ont pourri! Plus sale que Mbour on crève. La plage de Joal pue.
Avant elle presque rien à voir y a bien sur l’incontournable demeure de notre regretté premier président Léopold Sédar Senghor dont la statue petite taille à son reflet trône sur une véranda. Le conservateur me rabache telle une radio cassette l’historique de cette famille sérère hors du commun à travers les pièces qui auront gardé la reproduction des meubles d’antan et les portraits des ancêtres. Devant l’arbre généalogique de Basile Diogoye Senghor respect pour la virilité de l’ancêtre cinq femmes autant de gosses et de descendants, le sénégalais d’aujourd’hui se le permettra de moins en moins, le musulman surtout à qui on aura permis jusqu’à quatre femmes et autant d’enfants tout le temps que ses reins le soutiennent. j’ai écouté toujours le guide débiter sa connaissance parcellaire et parcoeurisée de la culture sérère et des usages du grenier à mil à une anthropologue .
La politesse la plus élémentaire nous apprendra que de Gorée à Joal
, il faut écouter les guides avec stupéfaction et un semblant de recueillement tout en se demandant d’où est ce qu"’ils tiennent leur connaissances statiques et pourquoi ils ne prennent pas le temps de respirer quand ils débitent tout ça? Par peur d’oublier comme les élèves de l’élémentaire pour leur leçon sur Alboury Ndiaye?
Il faut quitter Joal faire quelques kilomètres enjamber le pont et embrasser Fadiouth, c’est là où se retrouve l’enchanteresse poésie d’un Senghor qui aura cultivé tant de nostalgie.
Je me rappelle les voix païennes rythmant
le tantum Ergo
Et les processions et les palmes et les arcs
De triomphe . Le village au sol en coquillages est en deuil. A mon arrivée, le port est envahi de passants bien habillés et graves, ils viennent des quatre coins du pays. En quelques minutes le niveau du fleuve baisse; on voit au loin une pirogue s’arrêter en plein milieu. Une foule s’amasse en bordure du fleuve, dix hommes avec un «sérou deunk» s’avancent dans l’eau, un cercueil sorti de la pirogue leur est remis, ils l’enveloppent avec le pagne, le silence est total.
Les hommes portent le cercueil et marchent dans l’eau tout doucement, sur la berge les cris des pleureuses sérères fusent: c’était une femme guide touristique morte pendant une intervention chirurgicale à Dakar, son fiancé avec un cartable, salue tout le monde puis le cortège s’organise jusqu’à la maison des parents. Le long des penths, je longe les ruelles étroites tête baissée et me réfugie avec bonheur dans l’église Saint-François Xavier. J’offre quelques bougies en sacrifice au curé qui me bénit en signe de croix. Ma soubhana allah! Je suis musulmane même si à Fadiouth on ne fait pas la différence. En enjambant un second pont, il y a l’un des cimetières les plus plaisants du Sénégal, un exemple d’unité religieuse: là cohabitent musulmans et chretiens grandes croix blanches, tombes nues et discrètes d’une minorité de musulmans , vieilllards morts à la veille de leur centenaire et nourrisson d’un mois. Tous des non-éternel. Seul absent de Joal à Fadiouth, Léopold Sédar senghor. Vraiment?
Je me souviens il y a deux ans au fin fond de la Casamance, un guérisseur chef de village mi fou mi sage dans un demi sourire me dire: "Senghor tu crois vraiment qu’il est enterré à Dakar? Des fadaises! Les ancêtres l’ont attendu à la sortie de l’avion, séréres et diolas unis comme les soeurs qui ont fondé les deux ethnies. Senghor repose dans sa terre natale c’était convenu. Tout le reste n’est que polémique. Nous nous savons."
PHOTOS:
1) Le pont de Fadiouth, Copyright Lianoire, 2008
2) Statue de Léopold Sédar Senghor, Lianoire, 2008
3) Vue extérieure Eglise Saint-François Xavier de Fadiouth, Lianoire 2008
4) Cimetière de Fadiouth versant Chretien, Lianoire 2008
5) Une ruelle à Fadiouth, N Moiroux, 2008
05 août 2008
Vivre avec ce Sénégal là?
Vivre au Sénégal
faudrait faire avec? Vivre au sénégal mais pas au rythme du pays et des gens qui le dirigent? Vivre au sénégal sans les contraintes du quotidien: programmes télés bas de gamme qui vident les esprits de plus en plus, défilés sempiternels du vieux abonné au Télé Touki Touba, coupures incessantes d’électricité et d’eau, réseau saturé ou en dérangement de la Sonatel, routes infestés de nid de poules et de poto poto en bordure des fosses à ciel ouvert, gaz en pénurie, pénurie de riz, prix des produits de base inabordable, déchets accumulés à ciel ouvert et pollution.
Pardonnons à ceux qui choisissent "barça ba barsak" c’est leur niébé certes, mais franchement ça se comprend un tout petit peu, vivre dans l’infernal de l’enfer, vivre dans le calvaire des jours sans eau, sans électricité, vivre tels des fantômes ahuris, vivre en attendant de crever dans un accident de voiture sur l’axe Fatick -Dakar saturé de mauvais Jinn dit-on à moins que ça soit ces sérères volants qui terrorisent la population: sa bokhoumala!
Si je serrais la main du Vieux, je ne manquerais pas de lui demander ce qu’il pense de son slogan placardé deux ans auparavant sur le long des routes: Le Sénégal qui avance. Ah oui Ce Sénégal qui avance avec une perpétuelle pénurie. Ce sénégal qui avance quand toutes les institutions sont paralysées par les coupures. Ce
Sénégal qui avance tandis que la pandémie de la paresse se perpétue (je ne vous souhaite pas d’avoir maille avec l’administration sénégalaise actuelle c’est à baver de folie, on savait ce que c’était il y a dix ans, là c’est la totale!)
Au régne des cancres, des bofs, des lèche cul, des bouffons et autres salopards à cumul de mandats, quatre voitures, villas de rêves aux Almadies, abonnés à la frénésie d’achats de terrains et de spéculation foncière ainsi qu’à d’autres malversations financières; l’on se demande si nous les sénégalais continuerons encore longtemps à faire avec.
Vivre avec...
yala bakhna...
lou diot yeg...
Vivre sans les extraordinaires contraintes habituelles érigées en normes. Moi je construirais ma maison en brousse loin des pique assiettes et autres bouseux qui vivent de quémandes. J’installerai un solaire pour puiser mon énergie; je creuserai un puits pour ne pas dépendre de la ration de SDE ou du manque pression. Je n’acheterai surtout pas de télé ni de journaux (on ne rate rien sans) pour éviter la litanie des faits divers scandaleux qui n’émeuvent plus et les derniers mêmes frasques des transhumants, les dizaines de
détournements de fonds publics et les contorsions faites à notre constitution, etc.
Je pédalerai mon vélo ou sillonerai le pays à pattes pour éviter les énervantes et éternelles tractations des nuées d’apprentis et des paresseux chauffeurs qui nous prennent pour des moins que rien quand ils ne se décident pas de nous basculer de vie à trépas au prix de leur stupidité.
Mais qui aujourdh’ui au Sénégal est sur de pouvoir échapper à la vague des 4*4 et Hummer (ils roulent tous dedans quand des panneaux publicitaires placardés de part et d’autre de la route ne nous incitent pas à acheter un 4*4 avec l’élégant prix dessus: seulement quelques dizaines de millions à la portée de tous les sénégalais n’est ce pas?) qui font d’étonnantes entorses au code de la route?
Qui est sur d’échapper à la nouvelle mode conduite: doubler à droite pour se fracasser contre un camion surchargé qu’on avait pas vu et faire des tonneaux pour écraser les enfants qui jouaient par là au bord de la route.
Ha l’élégance et la précipitation des sénégalais nouveaux riches d’aujourd’hui!
Je pédalerai surtout mon vélo hors piste et éviterait ainsi trois fois sur mon parcours d’être arrêté par un motard sirène hurlante parce qu’il faut laisser passer le cortège du président, du ministre et de sa délégation, du sous préfet et même du planton présidentiel. A chacun son cortège filant à vive allure et saupoudrant de poussière les pauvres sénégalais qui passaient par là: laissez-nous passer en premier vous bouseux entassés dans les ndiaga ndiaye et autres carcasses, nous sommes les ministres et ministrables, les délégués et déléguables, les politiciens petits filous, bref nous sommes ceux d’en haut qui avons des choses à faire plus pressantes et importantes que vos viles préoccupations de piétons et minuscules consommateurs. Place!
À quoi se résume en fait les préoccupations d’un sénégalais empressé qui n’est pas politicien roulant dans un citroen ou un 4*4?
Chercher le cadavre de son frère qui a périclité sur la route de Fatick ou au croisement de Diamniado, parce qu’un camion qui doublait n’a pas vu le 7 places qui arrivait mais qui ne dit pas que c’est de la sorcellerie dit le sénégalais moyen qui s’en ira aprés obsèques, chercher la faute chez le voisin trop curieux donc trop envieux.
Autre préoccupation du sénégalais moyen: chercher encore son mari décédé aprés une petite opération d’appendicite et à qui on apprendra sur place que le chirurgien avait oublié par mégarde le pansement dans l’abdomen.
Le sénégalais moyen passe son temps à chercher de quoi remplir une marmite au moins une fois par journée: le petit déjeuner ce n’est plus possible quand le kg de pain coute 175 frcs, le lait déguelasse en poudre 1700 frcs et le paquet de sucre 700 frcs. Trop compliqué de se demander ce que cela fait pour un polygame à 4 épouses, 22 gosses et 2 tackos, plus le résidu de famille débarqué du village qui attend bouche ouverte qu’il nourisse toute cette populace.
Messieurs optimisez vos spermatozoides, mesdemoiselles et mesdames domptez les ovules avec les pilules contraceptives et non le planning familial comme nous le rabâchent ces campagnes d’information-prévention santé de la ministrable Safiétou Thiam et ses autres collègues avant elle. Il ne s’agit plus d’espacer des naissances comme il est dit trop pudiquement depuis dix ans, mais bien de ne plus faire de futurs coxeurs, badauds, talibés, voleurs, déshérités, enfants prétés, donnés ou abandonnés, futurs "stranded".
Refrenons nos pulsions à défaut de nos envies dont nous n’avons pas les moyens. Il faut dire la vérité là où ça fait mal way!
Le sénégalais moyen d’aujourd’hui enfin est ce constant mendiant; du Président de la République qui se voit obligé de racketter l’ASECNA quand elle va pas quémander sa pitence chez Sarko à la grand mère édentée qui
demande au toubab s’il a pas cent francs pour son deukhin du soir en passant par le petit enfant de rue (un qu’on aura encore fait sans réfléchir aux moyens de sa subistance) qui mendie 150 francs la journée pour son serigne mendiant lui-même au service de la religion.
Du haut de ma selle de vélo sur la piste, je me demanderai s’il est vraiment possible en fin de compte de survivre dans ce sénégal défiguré par une culture de l’excés dans la richesse comme dans la misère autant que par une culture de la mendicité à toutes les échelles.
Photos:
1. petits enfants peuls de Saly, Copyright lianoire
2. Puits, Copyright N Moiroux
