12 août 2011
Les princes mangent tout le miel
Vu au Sénégal
Le mouvement du 23 juillet, gesticulation politique et sa contre manifestation m’ont trouvée en train de fuir Dakar et ses soubresauts.D’un côté un parti politique au sommet de l’Etat qui fait la pluie et le beau temps dans le pays, payant une armée de figurants pour se mesurer à ceux qui lui tiennent tête. De l’autre, des formations politiques d’opposition décidées à ne pas en découdre avec ceux qu’on appelle « les boulimiques fonciers » qui arrachent des hectares de terre de Kébémer à Kaolack aux paysans qui n’ont plus de quoi se vêtir. Les « y'en a marre » se multiplient face aux coupures d’électricité qui durent désormais vingt quatre heures au mois de carême quand la statue dite de la renaissance brille de tous ses feux au milieu d’un Dakar plongé dans les ténèbres. Quel paradoxe !
Le combat quotidien des gorgorlu s’est mué en combat de folie après la lutte entre Tyson et Balla Gaye II, les jeunes furieux sont allés détruire les biens de l’ex fameux lutteur, Tyson et en ont profité pour orchestrer des viols collectifs signalés également lors du premier M23.
Ce pays a changé disent les vieux sidérés. Ce pays est devenu fou disent ceux qui ne savent plus comment décrypter un malaise généralisé. Les jeunes n’arrachent t-ils pas ainsi par la force, sur le corps des femmes ce que la société ne leur garantit guère : travail, salaire, fondation d’une famille, logement, dignité ?
Pendant ce temps le premier ministre sénégalais baptise son cheval dans une bombance jamais égalée ! Du jamais vu. Connu avant pour sa réserve, Souleymane Ndéné Ndiaye apparaît de plus en plus gagné par la folie du pouvoir et les extravagances de son parti ce qui lui vaut de se faire détester par la moitié des sénégalais. Sopi sapinafi (le changement ne plait plus).
Mbour, basse saison, la ville est endormie délaissée par ses toubabs qui coulent sous la crise et les rastamen qui les harcèlent jusqu’au lit, délaissant les chaires fraiches qui s’offrent aux plus offrants près des plages de Saly. Plusieurs maisons d’expatriés sont à vendre, le Sénégal ne fait plus rêver. Les rasta men qui ignorent leur propre histoire et promettaient des muscles et de la chaleur mâle sont désœuvrés. Les temps sont durs même pour les gigolos.
Le Sine-Saloum, les sérères de Palmarin perdus dans leur brousse contemplent les frêles semis de mil qui attendent une pluie qui vient tard cette année, sécheresse comme en France. Les paysans du monde ont la même préoccupation : la survie de leur récolte et de leur bétail. Les hôteliers des campements augmentent paradoxalement le prix de leur chambre la nuitée alors que les touristes délaissent nos terres pour des destinations plus alléchantes et des pays qui offrent tranquillité, beauté et rapport qualité prix défiant toute concurrence. Qui vole au Sénégal ces touristes ? Le Maroc, la Tunisie, les pays de l’est de l’Afrique : au moins, les chambres y sont propres, le personnel moins amateur et plus honnête. Tandis que les opérateurs touristiques au Sénégal pratiquent des prix qui ahurissent les étrangers venus d’Europe tout en proposant des chambres où la tuyauterie des toilettes fuit, des pirogues sans mesure de sécurité, des draps à la propreté douteuse et des coins où les hôtels détonnent avec l’insalubrité des villages environnants. La Tunisie et le Maroc malgré le printemps arabe continue d’attirer du monde. Au moins les compagnies d’avions n’y coulent pas tous les 5 ans. A qui profite le tourisme au Sénégal ?
Le village de Djiffer disparaît sous une montagne d’ordures, on n’aperçoit même plus les habitants, les opérateurs touristiques sont les seuls à profiter de la manne pour pas longtemps si ça continue. Cupides jusqu’à la racine des cheveux, ils préfèrent pratiquer des prix exorbitants, recevoir dix touristes l’année et crever de faim le reste du temps. On compte ceux qui veulent visiter un lieu qui pourrit comme une décharge. On aurait mal à croire que ces lieux jusqu’à la pointe de Sangomar ont inspiré l’un des plus grands poètes nègres, Léopold .S. Senghor.
Sa maison surnommée poétiquement les dents de la mer et sise près de la corniche dakaroise a été raflée par le président de la république. On m’y a signalé des personnes venant uriner dans la cour de la bâtisse abandonnée. Wade y aurait un projet de musée, le gardien m’autorise à entrer puis me voyant au téléphone se méfie et change d’avis, il faut une autorisation de la présidence. Je lui signale qu’il ya eu deux jours auparavant, des hommes sont venus pisser dans la maison à l’architecture soudano sahélienne, il nie la chose puis appelle un autre homme pout lui demander qui était de garde ce jour là. Il s’énerve devant la certitude du témoin oculaire qui m’accompagne. Nous nous éloignons.
Djiffer toujours, un homme va me chercher un piroguier, on négocie 40000 F cfa pour rejoindre en pirogue motorisée, la ville de Foundiougne à 40 km. Il fait chaud, la personne qui est allée cherché le piroguier lui exige 5000 francs pour seulement être allé le chercher.
C’est comme les coxer, ils ne servent à rien et gagnent leur bouffe à la faveur de la paresse des chauffeurs en exigeant le prix de leur sac dans le coffre des bagages aux voyageurs harassés et même des sous pour une bonne place de devant dans les 7 places en épave qui circulent à l’intérieur du pays.
A eux aussi quelqu’un tapi derrière, encore un faux intermédiaire exigera quelques sous pour lui avoir glissé une suggestion. C’est de la redistribution. C’est comme ça.
Certaines villes du Sénégal se dépeuplent, Foundiougne et Kaolack en font parti. Dépourvus d’universités et d’emplois, les jeunes vont ailleurs tandis que ces villes tombent dans la vieillesse et l’oubli. Elles sont belles pourtant, de magnifiques bâtisses coloniales, les transporteurs, les marchés et certaines populations désœuvrées semblent plonger dans une léthargie nonchalante. Le temps s'étire sans fin comme les éternels détritus qui s'amassent en montagne à l'entrée de Kaolack, cela fait plus de vingt ans que ça dure.
A la mission catholique derrière l’hôtel de paris, les religieux ont l’air de séminaristes affairés, ils préparent des réunions et des plannings, les chambres sont tapissées de moustique et de poussière. Lorsqu’on sort de la ville direction la Casamance, on voit que l’hivernage hésite à s’installer cette année. Le goudron est en mauvais état délaissé par les voyageurs qui lui préfèrent le bateau Aline Sitoe Diatta , dix ans après la catastrophe du diola, les sénégalais et quelques étrangers ont fait leur deuil, ils affluent au port, les places sont raflées 15 jours à l’avance. Ainsi va la vie.
Les routiers et les voyageurs boudent la route gambienne, alors cet illuminé de Président yayah Diamé se dépêche de faire des efforts après l’énième conflit, une route va sortir de terre bientôt. L’ancienne était en lambeaux depuis plus de 5 ans et les gambiens continuent à vivre de subsides et de la manne sénégalaise. Ils sont plus flair play cette fois ci, ils exigent moins de bakchich et ne brutalisent plus personne. Il y a même deux vieux bacs au lieu d’un pour faire la rotation mais 5 fois moins de clients sénégalais. Ce pays est une anomalie dit quelqu’un. Un autre voyageur à l’arrière du 7 places chuchote pour ne pas que sa conversation soit comprise par le toubab à mes côtés : « les blancs sont vraiment malfaisants regardez comment ils ont transformé notre pays ».
Passé Sénoba, un autre visage du Sénégal s’impose, celle d’une zone en guerre. Des checkpoint, des chars de combat, et des militaires à l’air sombre sillonnent la route jusqu’à Bignona. Les voyageurs descendent pour se faire contrôler par des hommes en tenue qui sont en alerte. Les attaques se sont multipliées, la Casamance est divisée du reste du pays, elle n’est pas oubliée mais la situation de chaos se perpétue depuis les années 2000. Le régime a choisi de payer en billets de banque le prix de la paix, les rebelles se sont armées jusqu’au dent. Il n’y a toujours pas de paix. La dernière attaque de grande envergure s’est déroulée à Tendouck, ils ont tout pris aux voyageurs, les hommes étaient armés comme des militaires ce qui a floué les voyagistes.Quelques villages de Bignona ont été rasés lorsque les rebelles sont venus défier les militaires quelques mois plus tard, des fosses communes auraient reçues plusieurs corps sans vie. La Gambie est à nouveau pointée du doigt, les bandits qui n’ont plus de revendication politique s’y réfugient, s’y arment. La Guinée n’est plus qu’une menace lointaine comparée à la complicité de la Gambie disent certains. Les parachutistes militaires sénégalais, exigent une intervention armée en Gambie. Ce sont les on dit.
Le président privilégie d’autres solutions mais les choses tardent, les villages, les champs et les vergers se vident, les fruits pourrissent sous vos pieds, les rizières sont tristes. Si la succession de Wade n’est pas bien préparée et que l’air de la bombance se perpétue, il est à craindre que le Sénégal explose comme un canon à poudre et ce ne sont pas vers les émeutes de Dakar qu’il faut regarder.
Il fait pourtant bon aller en Casamance, cette région est bénie des Dieux. En quittant Ziguinchor qui se languit comme une jumelle de Saint-Louis près du fleuve, Oussouye se découvre à quelque quarantaine de kilomètres. Les fromagers y sont encore plus majestueux, il pleut contrairement au nord, les frères Bassène tiennent toujours leur campement, une case à étage à Edioungou. La ville est toujours aussi propre et les rolliers d’Abyssinie, les tisserins et d’autres oiseaux bleus de la famille des pies sautent sur les fils électriques ou les verts champs. Quant aux zébus cornus ils ne veulent pas quitter le goudron refait à neuf, ils s’y sentent bien malgré les klaxons d’impatience du chauffeur qui appuie nerveusement sur son frein. Sur plus de trois kilomètres, des zébus, des chèvres, des moutons ont tous choisi de se reposer sur la route, chiant, bêlant, mâchant de l’herbe en toute quiétude. Brièvement, un écureuil traverse la route et saute dans les broussailles.
A Elinkine, des pêcheurs ghanéens dit ghana ghana par la population locale, ont investi la côte avec leurs pirogues. Cela fait presque dix ans, ils ont construit leur église et défilent même le 04 avril, fête de l’indépendance du Sénégal.
Leur véritable activité, pêcher en haute mer, des requins pour sectionner leurs nageoires et leur queue. Non loin des bateaux chinois et japonais attendent des parties très demandées en Asie. Elles serviront à fabriquer des produits de médecine traditionnelle et certains aphrodisiaques. Cette forme de pêche est interdite en Europe et réglementée par le Sénégal. Les pêcheurs locaux y perdent puisqu’une main d’œuvre étrangère ratisse leur mer et bouleverse un écosystème fragile. Les diolas comme les saint-louisiens ont des croyances qui leur interdisent de consommer de la viande de requins sauf pour faire quelques produits séchés peu demandés. Les requins blessés meurent dans l’eau et certains pourrissent faute d’être revendus. Les garde côtes qui surveillent tous les bateaux qui passent et vérifient nos cartes d’identité et les mesures de sécurité à chaque passage de pirogues ne sont pas dupes. Le Sénégal est complice d’un trafic de nageoires de requins interdit sous cette forme par les instances internationales.
Carabane, un des plus vieux villages sénégalais a su tenir tête à tour de rôle aux portugais, qui la surnommèrent « l’île aux moustiques » puis aux français, empoisonnés ou chassés. Si ce ne sont pas les habitants de l’île, ce sont les maladies qui ont décimé les colons les plus aguerris. On y mourrait jeune à l’époque, dans le cimetière chrétien à côté du fameux Capitaine Aristide Protet, empoisonné par les diolas, et enterré debout selon la légende locale, des vieilles tombes en pierre s’écroulent sous le poids de l’âge. Des enfants morts à 15 mois, des dames portugaises à 22 ans, un colon français à 22 ans, des habitants de l’île dorment ici depuis plus d’un siècle et demi. Non loin sur la plage, un grand chantier avance. Bientôt Carabane qui ne parle plus qu’espagnol (les touristes français ont été remplacés par les espagnols dans le sud de la Casamance, les guides et les pancartes s’expriment en espagnol) verra aura une embarcadère toute neuve qui déversera les voyageurs du Aline Sitoe Diatta sur ses rives.
Depuis la tragédie, les habitants de l’ile voient le bateau de loin glisser silencieusement sur le fleuve, lui tournant le dos comme honteux d’un passé de négligence.
Il fait beau vivre au Sénégal mais il fait encore meilleur de préserver une paix sociale de plus en plus fragilisée.
Photos:
1) Tombe du Capitaine Protet, Carabane, juillet 2011, Copyright Lianoire
2) Une jeune femme accroupie en territoire gambien, juillet 2011,Copyright Lianoire
3) Des zébus sur la route, Oussouye-Elinkine, Juillet 2011, photo N.M
4) Les dents de la mer, maison de l'ancien président Léopold Sedar Senghor, Dakar, Juillet 2011, Copyright Lianoire
5) Chantier de l'embarcadère, Carabane, juillet 2011, Copyright Lianoire
12 juillet 2011
la nouvelle arme contre le terrorisme
Le New York Times vient de lâcher encore une bombe: la CIA aurait fabriqué une campagne de vaccination contre l'hépatite B pour cueillir de l'ADN de la famille de Ben Laden afin de s'assurer qu'ils sont bien présents dans la ville pakistanaise d'Abbottabad. L'opération se serait faite avec la complicité d'un médecin pakistanais, le Dr Shakil Afridi.
La méthode vaccinale a été utilisée dans le passé par des gens sans scrupule ou des laboratoires pharmaceutiques à des fins peu louables: le cas du trovan au Nigeria en 1995, l'étude Tustegee sur les noirs de l'Alabama, les médecins nazis sur les juifs, comme moyen de lutte contre le terrorisme,jamais à ma connaissance.
La doxa sécuritaire aura réussi au 21 ème siècle à se déjouer de toutes les règles internationales au nom de la lutte contre le terrorisme.
Une ruse qui peut coûter cher aux agences sanitaires qui luttent depuis quelques années devant des refus de vaccuination et des dénis de cette méthode au Nigeria, au Niger et dans d'autres pays dont les populations sont à majorité musulmane, jusqu'en France.
Cette procédure stupide de la CIA aura pour conséquence de nourrir encore longtemps les thèories les plus folles sur le complot.
Aujourd'hui en France on note le retour de la rougeole chez certaines populations alors que cette maladie avait disparu, de grandes épidémies de rougeole traversent le Niger et le Nigeria et se sont empirées avec le retour des migrants de Lybie dans le sol nigérien.
Au Nigeria du nord, hausas et fulanis pensent que dans les vaccins qui leur sont administrés il y a un principe qui les stérilise. Résultat, on boycotte le vaccin Polio.
Se mélange alors la phobie de la perte de la sexualité, une défiance de la médecine occidentale et le peu de confiance accordé aux laboratoires pharmaceutiques.
Avec cette nouvelle affaire de vaccination fictive de la CIA pour localiser un terroriste et l'éliminer, les lobbis anti vaccins et les théoriciens de la conspiration ont de beau jour devant eux.
Merci la CIA, merci Bush, merci Pfizer!
13 juin 2011
Mais pourquoi diable crient-ils donc ?
Je ne suis pas béninoise mais il m’arrive de vivre avec eux ou de voyager dans leurs compagnies de bus qui diffusent quelques films locaux.
J’ai été interpellé il y a trois semaines lors d’un dîner par une française travaillant dans une ONG française avec des béninois au Bénin qui me demandait pourquoi donc ceux-ci criaient fort au lieu de discuter calmement. Cette remarque, j’avais eu à le faire en regardant par effraction quelques uns de leur débat politique et en écoutant à la radio, leurs politiciens argumenter sur les enjeux de l’élection présidentielle béninoise de mars 2011. J’avais eu à le faire notamment, en observant plus attentivement des téléfilms où les acteurs criaient sans raison dans certaines scènes, ensuite observer des béninois interagir dans la rue offre une autre opportunité de relever la même pratique discursive qui consiste à élever le ton si fort dans la discussion qu’on noie les paroles de son interlocuteur.D’un point de vue d’anthropologie visuelle, j’ai remarqué que cette tactique permettait de réduire en silence l’adversaire.
C’est vers une autre culture, celle des bantous que j’ai obtenu la réponse. Une compatriote de la très controversée « écrivaine » camerounaise, Calyxte Beyala, une camerounaise donc plus light m’a dit que cette même méthode de discussion était utilisée au Cameroun. Parler en criant sur son interlocuteur donne la nette impression que vous avez des arguments plus fort (auditivement parlant) et qu’on détient de ce fait un capital (occulte) que l’interlocuteur perçu comme un adversaire pour ne pas dire un ennemi (dans les débats politiques, scientifiques ou pour obtenir quelque chose qui vous est du) est tenu de faire gaffe. Parler haut et fort est une stratégie on l’aura compris qui a pour but de faire gagner celui qui est pauvre en argument par la force des cordes vocales.
Une anecdote de mon interlocutrice camerounaise : sa première année au campus universitaire de Yaoundé elle l’a passée à faire des allers retours entre la réception de la résidence universitaire et la maison de ses parents, pour réclamer une chambre universitaire qui lui avait été attribuée par le comité de gestion de la résidence. Au bout d’une demie année, fatiguée, elle est au courant qu’un étudiant va quitter sa chambre, elle s’arrange pour récupérer les clés du partant, s’installe avec ses affaires et attend de pied ferme le gestionnaire de la résidence. Surpris de trouver la chambre occupée, il ordonne à la camerounaise de quitter sans tarder les lieux. Celle-ci petite de taille a alors commencé à réclamer son droit puis à crier pour dénoncer certaines pratiques illicites au sein de la résidence dont elle serait au courant avec preuves tangibles (qu’elle n’avait absolument pas), menacé d’aller en justice avec des cris puis elle a suivile gestionnaire à son bureau, tapé sur la table, monté dessus en réclamant le responsable puis a fini par obtenir la chambre, ceci en un jour !
Cette interprétation m’a satisfaite pour le cas béninois ce qui n’explique pas pourquoi cette attitude est devenue une sorte de doxa qui se reproduit dans leur téléfilm. L’observation nous donne la aussi une piste, la méthode du cri pour faire accepter sa position est entrée dans les pratiques et donc dans les façons de dire et d’interagir avec les autres.
Alors on crie tant qu’on peut et toujours plus fort. Un autre fait intéressant noté par la camerounaise c’est que ceux qui gesticulent encore plus, sont les personnes de petite taille. Or, au Bénin, des chemises made in local assument ce qui est incorporé comme un héritage physique. Il y est inscrit : « Petits par la taille mais grands par l’esprit. Fiers d’être béninois ! »
On s’assume avec ça!
PHOTO:
Danse pendant fête vodou, Ouidah janvier 2010, Pholo Lianoire
12 juin 2011
quoi manger?
Si consommer africain est souvent nuisible pour la santé, consommer chinois destructeur pour la nature puisque qu'on jette et recommence; il semblerait que l'alternative soit de consommer européen même si c'est de moins en moins sur. Le prétendu concombre espagnol a fait trembler l'Europe pour vingt morts.
Alors que je survolais l'Afrique centrale dans Kenya Airways, j'ai inspecté avec suspicion l'entrée composée de concombres présentée par le service à bord en toute innocence, avant de me résoudre à ne pas y toucher.
On ne sait jamais après tout le nigerian à côté de moi se saoulait bien au vin chilien!
lorsque je peste en frottant dix brins d’allumette de fabrication béninoise marque giono pour en allumer une, ou que je recrache le LABAN fabriqué par la société nigérienne dirigée par une élégante dame qui se complait à diluer le yaourt avec de l'eau ou que je me demande quelle alternative dois je adopter pour consommer un jus de fruit local au Burkina Faso lorsque je sais que le producteur du jus de fruits DAFANI a mis clé sous la porte parce que quelqu'un serait parti avec la caisse, je ne m'offusque plus de voir les centres commerciaux européens qui fleurissent les capitales africaines devenir la fierté de nos concitoyens à Nairobi, Dakar ou Cotonou. Gage de qualité dit-on!
Le consommateur aisé africain regarde également de plus en plus ce qui est dans son assiette et le riche africain a souvent comme modèle l’Europe d'où le succès des poulets surgelés et des ships colorés sur les étals de supermarché ne vendant que des produits européens.
S'il n'est pas encore certain que l'économie alimentaire locale soit menacée (après tout dans la plupart des pays d'Afrique, nous mangeons fruits, légumes, feuilles cultivés local) par ces types de grands espaces de l'alimentation européenne, il est à craindre que dans le futur nous mangeons tous pareil en nous approvisionnant au même endroit pour le plus grand bonheur de l'agriculteur européen ou sud américain.
L'autre fois à Cotonou, j'ai regardé un petit poulet congelé estampillé Brésil avec la plus grande méfiance et personne n'a compris à Nairobi que je sois ahurie lorsque pour nous faire visiter les kényans ont préféré nous emmener dans un centre commercial!
25 février 2011
ces femmes aux moeurs légères de la littérature pré et postcoloniale
Dans plusieurs récits des explorateurs qui ont parcouru les contrées africaines, on croise la réflexion selon laquelle, certaines femmes africaines sont libertines et mènent une vie sexuelle dissolue avec la bienveillance de leur communauté. Elles sont souvent les mêmes: peules, maures ou touaregs. Du Burkina Faso au Niger en passant par le Mali, elles sont décrites sous des traits souvent peu reluisants pour les chretiens abstinents que sont l'explorateur Mungo Park parcourant l'est du Sénégal et le Mali ou le géographe allemand et féru de botanique Heinrich Barth au Niger à Agadez qui mène une mission au nom de l'Angleterre.
Mungo Park qui laisse découvrir à la fin de ses mémoires un esprit missionnaire, est convaincu que les nègres qui sont un peuple bienvaillant et curieux contrairement aux arabes, méritent de voir leur esprit illuminer par la chretienneté, mais des moeurs de certaines femmes notamment les mauresses du Ludamar à l'ouest du Mali, il est quelque peu réservé. Le 25 mars 1796, il est effarouché lorsqu'un groupe d'entre elles entrent dans sa tente et lui demandent de lui montrer son appareil génital afin qu'elles puissent vérifier si les nazaréens suivaient les lois qui ordonnent la circoncision.
Quant aux femmes touareg de la tribu Kel Owi à Agadez, Heinrich Barth les considèrent comme des marchandises. L'explorateur qui se fait appeler Abd El Kerim, est scandalisé de voir quelques jeunes femmes à seins nus décrites comme des vénus Callypge s'offrir à lui dans la maison du Chef Announ dès que le Sultan d'Agadez a le dos tourné. A Tintelloust au sud d'agadez, il trouve que le nom Anisslimen qui fait référence à l'homme saint ne sied par à cette tribu touareg, il note: "les femmes se montrent fort disposées à entrer, sans aucune honte, en rapport avec les voyageurs, et les hommes s'offraient avec insistance pour leur servir d'entremetteurs". Il est vrai que la sainteté judéo-chretienne (Marie était vierge) s'accorde mal avec le commerce du sexe! A l'époque de l'Angleterre victorienne, la chasteté est un idéal et une garantie pour les femmes et la sexologie se hisse selon l'historienne Elisabeth Abott, contre "le dard porteur de mort".
Pendant la période coloniale, les femmes peules sont connues pour avoir été dans plusieurscolonies de l'Afrique de l'ouest, les favorites des administrateurs français. Au Burkina Faso, on les appelait les maîtresses peules de ces messieurs, les mousso, sorte de femme fatale qui vaut que certains colons français n'hésitent pas à se ruiner. Amadou Hampaté Bâ en fait une brève description dans la vraie histoire de l'étrange destin de Wangrin. Elles sont les génitrices d'une floppée de merveilleux batards métisses envoyés dans les orphelinats coloniaux et dont les archives du Niger gardent de brillants témoignages à travers le registre des affaires sociaux.
Livres:
Heinrich Barth, 2005, voyages et découvertes dans l'Afrique septentrionale et centrale dans les années 1849 à 1855, Tome 1,Editions Elibron classics, page 255, 1ère édition 1860
Elisabeth Abott, 2003, Histoire de la chasteté et du célibat, Editions Fides, 615 pages
Amadou Hampaté Bâ, 2007, L'étrange destin de Wangrin, Editions 10/18
Photo:
1) Plaque devant la maison du chef Announ, lieu de résidence de Heinrich Barth, Niger février 2010, photo Lianoire
2) Agadez, aperçu des terrasses de la ville, Niger février 2010, photo Lianoire
15 février 2011
Les chevaliers de l'apocalyspe sénégalais
Moustapha Niass le 11 février 2011, Cheikh Tidiane Gadio, quatre jours après sur le même canal RFI.
L'un est un des plus vieux militants du parti socialiste sénégalais plusieurs fois ministre notamment sous la présidence de Abdoulaye Wade, l'autre était connu pour être un proche du vieux, plusieurs fois Ministre des affaires étrangères et des sénégalais de l'extérieur.
Ils ont eu la même idée, les mêmes aspirations: prévenir Abdoulaye Wade et son rejeton de l'implacable machine de démocratisation qui est en marche dans toute l'Afrique et qui broiera plusieurs dictatures, plusieurs aspirants de mandats présidentiels répétitifs, les écrivains publics d'une constitution malmenée comme un cahier de brouillon.
Les deux chevaliers de l'apocalypse partagent le même profil de dirigeants charismatiques en perte de vitesse, tombés tous deux en disgrâce mais on ne peut que saluer leur sortie du bois.
Reste à savoir si Wade et rejeton sauront tirer parti de leurs conseils avisés.
Le vieux Ndiombor (Lièvre en wolof c'est le sobriquet que lui attribuait l'ex président Léopold Sedar Senghor), depuis les révolutions qui secouent le Maghreb s'est précipité pour diminuer le prix des denrées de première nécessité et annoncer la libéralité des prix. Sénégal Airlines a été mis sur les rails du ciel. Reste à savoir si une fois le ventre des sénégalais rempli, ils vont oublier le quotidien de misères en tout genre dont ils font face depuis 2002, le recul du pays, l'état pléthorique des institutions suprêmes, le train de vie indécent de l'Etat sénégalais et puis je ne vais pas continuer une liste qui risque de ne pas finir!
14 février 2011
les cyber militants au créno
Ce sont les nouveaux soldats de la révolution. Ils peuvent faire des vagues et ils le font. Ce sont les nouveaux héros de la révolution. Ils attirent l'attention depuis la révolution du Jasmin. Ils ont une arme: internet, des voies d'accès qui tissent des réseaux internationaux à travers Facebook, Twitter.
Ce sont les cyber militants qui partagent leurs aspirations politiques sur le web, discourent sur la démocratie des pays et se donnent rendez vous pour déverser dans l'espace public non plus virtuel mais concret, leurs mécontentements. Ils ont scandé « Mubarak dégage » mais aussi Ben ali, et ils ont obtenu gain de cause.
L'année 2010 sera marquant par une formidable évolution qui a fait exploser la doxa d'une opinion manipulée par les médias traditionnelles: Wikileaks de Julian Assange et les cybers militants en seront les principaux instigateurs. 
Des perles révélées par les cables diplomatiques, nous n'oublierons pas les manipulations de Sarkozy sur l'affaire Clotide Reis pour faire accéder la Syrie à une position qu'elle n'avait pas et jouer sur la géopolitique du moyen orient, les corruptions de Pfizer au Nigeria sur le dossier du Trovan, les jeux de Washington sur la politique africaine mais également les jeux du couple Vladimir Poutine –Dimitri Medvedev et il y'en a d'autres tout autant succulents.
Quant au mouvement du cyber militantisme, il faut souhaiter qu'il s'agrandisse et que des peuples qui plient sous le joug de la dictature s'inspirent du modèle tunisien qui fait rêver tant il enchante tout esprit libre. En Egypte, une des stars du cyber militantisme se nomme Waël Ghonim, il est informaticien, c'est un jeune cadre à Google, il a été enfermé au début de la révolution par le gouvernement tunisien qui l'a accusé d'avoir lancé les premiers appels de contestation sur Facebook par cette fameuse phrase: « We are all Khaled Saïd ». Ce dernier âgé alors de 28 ans a été battu à mort par des policiers en civil en juin 2010 et a symbolisé la révolte contre Hosni Mubarak.
Si le cyber militantisme n'est pas une fin en soi, puisqu'une fois un état contesté déchu il reste à trouver des solutions efficaces pour ne pas avoir pire, il est un moyen d'action efficace qui ne peut plus être sous estimé.
Il demeure que l'explosion populaire que connait les pays arabes dont certains s'étonnent que ceux ci soient épris de démocratie comme si l'histoire ne nous a pas donné l'exemple de pays arabes démocrates dans le passé, ne fait pas l'unanimité. Il y a beaucoup pour qui la démocratie chez les arabes n'arrangeront pas l'affaire, les lèches bottes partis, on attend la chancelière allemande Angela Dorothea Merkel s'inquiéter que le futur gouvernement égyptien remette en cause les accords israéliens.
Tiens donc et si on laissait le grand Israël se défendre tout seul?
Photo:
Waël Ghonim sur RFI
13 décembre 2010
Un baobab nommé Ken Bugul
Quelle que soit la raison qui ait
poussé les Editions Présence
Africaine à rééditer en 2009 le Baobab fou de Ken Bugul,
traduction en langue wolof de « celle que personne n'aime »
et pseudonyme de Mariétou Mbaye Biléoma, il résulte d''un choix pertinent. Le roman qui avait était publié la
première fois en 1983 n'a pris aucun ride. Il avait provoqué le scandale nous rappelle la journaliste Nathalie Carré qui a rédigé la quatrième de couverture. Une jeune femme noire décrit sans fioriture son rapport violent à
l'Occident à travers sexe, drogue et réflexions profondes sur le
colonialisme vingt ans après l'accession des pays africains à
l'indépendance.
Nous avons toujours un lien, une
histoire de rencontre avec des livres, des phrases, des auteurs, mon
premier contact avec ce livre fut un rendez vous manqué. Le Baobab fou est l'un des ouvrages que j'avais
glissé résolument dans ma valise à dix huit ans en prenant la
direction de la France, ma mère m'aidant à faire mes affaires avait acquiescé de la tête en voyant mon geste mais elle l'avait
accompagné d'un avertissement qui me parut curieux et énigmatique à
l'époque: « lis le, sois ambitieuse mais prends garde de ne pas
prendre le chemin de Ken Bugul, tu risques de te perdre!»
Je n'en n'avais pas su plus.
L'avertissement eut-il un effet de dissuasion? Arrivée à Paris, je
ne le lus jamais et je finis de perdre le bouquin qui avait traversé
l'Atlantique avec moi.
Il en a fallu du temps pour que je me
prenne, trop tard pour que je me dévergonde, je me suis plongée avec
cette nouvelle réédition dans les périples de cette auteure que
j'ai croisé fugitivement il y a quatre ans dans un salon du livre à
Porte de Versailles. Elle paraissait alors aussi perdue que dans le
roman, fausse impression, cela fait plus de vingt ans cinq que Ken Bugul parcourt l'Europe et sond sa conscience après y avoir vécu
des années. Aujourd'hui il lui arrivé de résider à quelques kilomètres de mon point de chute renouvelé, dans le département de l'Ouémé à Porto Novo au Bénin.
L'histoire est celle de Ken qui a
quitté son Sénégal natal pour poursuivre des études supérieures
en Belgique. C'est le choc de culture et la découverte d'un autre
occident différent des livres d'histoire et des chants sur nos
ancêtres les gaulois que nous conte Ken. Un Occident en décadence,
déchiré entre le mythe du black is beautiful et un racisme patent.
C'est l'histoire d'une femme qui un peu comme Saartije Baartman
apprend à voir son corps autrement, par le prisme et la découverte
qu'en font les hommes blancs qu'elle croise, aime ou qui la répugne,
un corps palpé, exposé, drogué qui se donne, se refuse, subit
l'ablation. Le parallèle avec la Vénus noire réside également
dans l'extrême ambiguïté que cette Afrique faussement soumise,
candide et complexée entretient avec un Occident dominateur.
Et toujours cette
découverte-description et réflexion profonde sur le rapport entre
les races, les stigmates du colonialisme et surtout sur l'identité
double, schizophrène, subvertie, jouée de l'africain tombant
infiniment dans la piège colonial et postcolonial d'un assimilationnisme aliénant.
La singularité du parcours de Ken par
rapport à ses autres frères de race qu'elle côtoie en Belgique, les
congolais qui résument tous les africains aux yeux des belges, les
sénégalais, et tous les autres, lui permet de soulever le voile de
ce qui se donne pour nom civilisation. Ken comprend alors qu'elle
bascule, se laisse entrainer et tombe dans le cauchemar de ce qui se
lit comme une décadence, unique sentiment et conclusion qu'a tirée
ma mère de ce livre, dix ans auparavant.
C'est une histoire sur
la solitude en royaume de Ndoucoumane à l'ombre du baobab fou qui
rit de ses fils, de la mère qui abandonne sa progéniture, d'une
autre solitude celle de l'Europe froide, terriblement froide. C'est
l'histoire d'une femme qui ira jusqu'au bout de sa quête.
De ce qu'elle en tire, de ce que les anciens colonisés qui viennent de fêter en grande pompe cinquante années de ce qu'on appelle les « indépendances » tirent d'une vaste tragédie, seule l'expérience critique des rapports des africains au monde permet de le dire. Il n'est pas sur que c'est de manière festive qu'elle doit s'illustrer. La Côte d'ivoire en est à ce point, si des Sankara sont tués pour faire vivre des Compaoré et des Gbagbo, si le président Abdoulaye Wade songe que la place de l'homme noire est encore à revendiquer dans cette gesticulation et non à construire à presque 90 ans plongeant dans une crise identitaire comme un peu Ken, alors que les sénégalais effrayés par un Etat corrompu qui dilapide ses biens réclame électricité, éducation, travail, le minimum pour vivre dignement et non pencher pour l'option de « barça wala barsak » (Barcelone ou la mort en référence aux migrants qui prennent la pirogue),je me demande de ce fait si l'Afrique n'a pas tout perdu jusqu'à la sagesse vantée de ses vieillards. Car si M Wade est aussi crédule pour croire que nous avons à prouver des choses au monde et non à nous-mêmes ressuscitant indéfiniment une négritude qui ne peut plus avoir le même contenu, c'est grave. Si chez l'africain le mythe de Sisyphe s'affirme comme un destin, nous sommes alors loin du compte. Achille Mbembe, sage philosophe qui plonge toujours un regard critique dans le processus postcolonial ne dit pas autre chose.
Le baobab fou rit encore à l'ombre de ses branches sèches et mortes et le monde de notre triste spectacle quand deux rois quelque part veulent siéger sur le même trône.
05 novembre 2010
Kechiche no limit. âmes sensibles s'abstenir!
C'est rare que je me rende à une sortie de film dès le premier jour, c'est sans doute parce que celui ci je l'attendais, l'espérais et que cela m'intriguait. Depuis que je l'ai vu, je n'ai pas voulu en reparler, c'est comme si je n'en avais rien à dire. C'est parce qu'on en sort éprouvé, meurtri, diminué. Alors parfois, il suffit d'entendre les autres dire leurs impressions, les mettre en confrontation avec les siennes pour que la langue se délie.
En réalité sortir d'une séance de la vénus noire du réalisateur Abdellatif Kechiche relève d'une extraction de l'emprise du traumatisme.
L'historienne du XVIIIème siècle et professeur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Arlette Farge disait ce matin dans l'émission la Fabrique de l'histoire sur la radio France culture sa répulsion, sa gêne et sa souffrance de la mise en scène de l'histoire de Saartije Baartman, cette sud africaine, venue du cap avec un africaaner qui a été son employeur et qui s'est prêtée pendant des années entre l'Angleterre et les rues parisiennes, à une exhibition absolue de son corps de femme.
Celle qu'on appelait la vénus hottentote serait née vers 1789 dans le Gamtoos river dans l'Est du Cap, elle appartenait à la tribu des khoikhoi qu'on appelle bushmen, au début du XIX ème siècle, elle se produit dans les cabarets européens mettant en spectacle l'image d'une Afrique barbare. Bête de foire à cause de son physique, Saartjie Baartman excitera les imaginations les plus folles de l'Europe de l'époque. Elle mourra le 29 décembre 1815 officiellement d'un intoxication alimentaire et en réalité d'une maladie vénérienne avant que son corps ne soit disséqué, étudié par Georges Cuvier, professeur d'anatomie comparée au Muséum d'histoire naturelle et ses disciples. A sa sortie de prison, Nelson mandela demandera à la France de restituer à son peuple les restes de la vénus noire.
Le film de Kechiche est sans humanité reflet de la vie de Saaratjie qu'il ressuscite. Il est également sans complaisance, le cinéaste ne veut ni soulager un public, ni se faire censeur, il nous fait plonger sans préavis à travers les couloirs sinueux et cauchemardesques de la vie de la vénus noire. Les scènes d'obscénités, d'humiliation et de bêtises s'emboîtent, on ne perd pas le fil mais on aimerait bien se pendre avec tant le
s images peuvent être insoutenables.
Les bons penseurs et ceux qui ont une certaine idée de la morale et des limites en paieront les frais. Kechiche ne se fixe aucune limite.
A Montpellier la salle était calme, à Paris les échos qui viennent des cinémas de Montparnasse décrivent des salles combles mais des spectatrices offusquées qui ont quitté la salle avant la fin tandis que d'autres se sont écriés : "c'est nul!"
Et Arlette Farge de s'insurger contre ces critiques de cinéma qui ont encensé le film en omettant de dire qu'il ne faut pas y amener des enfants.
Ne pas le faire en effet. Vénus noire, âmes sensibles s'abstenir car des scènes sadiennes se suivent dans des séquences longues et saturées, style Kechiche.
Le seul intérêt de ce film est de nous faire redécouvrir comment le corps de la femme esclave, le corps de la femme noire mais aussi celle du colonisé a été longtemps l'objet d'un fantasme occidental et révélateur des rapports de domination entre noir et blanc.
Saaratjie n'a pas eu de bol comme tous les noirs de l'époque qui se sont insurgés contre leur condition d'ailleurs chaque fois qu'elle dit non,nous rappelle Emmanuel Laurentin dans la Fabrique de l'histoire, elle tombe plus bas jusqu'à la science qui la viole, la dissèque.
Il est absolument dérangeant de voir que ce témoignage réinscrit à travers le rapport que Saartjie a avec ses employeurs-profiteurs et également scientifiques, un rapport qui ne sera jamais d'égal à égal, la femme noire n'est pas humaine, elle est animale, ce n'est plus le mythe du sauvage qui se donne à voir mais celui de l'animal.
En ce sens le film de Kechiche est bien un voyage dans l'antihumanité et la cruauté. Il dérangera tout européen mais également et surtout les femmes et les africains car l'ambiguïté que la vénus noire hottentote a entretenu avec son corps qui lui appartient dont elle dispose comme elle l'entend (presque), la liberté qu'elle a revendiqué est contredit par son cheminement: ces scientifiques qui lui donnent injonction de montrer son sexe, ses spectateurs qui enfouissent un bâton dans sa chatte, cette classe populaire anglaise qui meurtrissent sa chair.
Le gros problème de ce film est qu'il conduit le voyeurisme et l'obscénité jusqu'à la nausée, il y a des relents nauséabonds dans ces scènes de violences qui se succèdent gratuitement. En définitive, on n'apprend rien de plus que ce qu'on connaissait déjà et c'est là que A.Kechiche a peut-être échoué et fait un pari dangereux. Il est malaisé d'aller au cinéma pour se faire abattre, on en sort mortifié non pas seulement à cause de la vie que cette femme a eu mais du parti pris de Abdellatif Kechiche. Un parti pris bien dérangeant.
Photo: Saartjie Baartman
11 septembre 2010
les fous de Layla ou la rencontre avec l'islam à la rive droite
Je voudrai applaudir après avoir eu par deux fois le privilège d'être spectatrice des performances qui se sont données à voir à l'institut des cultures d'islam pendant le mois de ramadan, au quartier de la goutte d'or véritable agitateur cultuel par la soixantaine de cultures qui y vivent, la directrice de cet institut Véronique Rieffel gracieuse autant que cultivée pour avoir montré à la mairie de Paris que le projet de ce centre méritait bien de voir le jour. Initié il y a quatre ans et devant avoir son local définitif en 2012, l'institut des cultures d'islam promet bien d'être un véritable bouillon de savoirs et d'échanges dans les années à venir.Sa proximité avec les hostiles à l'islam qui avaient déjà déclenché la polémique que l'on sait en juin dernier en confondant identité française au goût pour le saucisson et le pinard (voir dans le net les articles s'y référant) n'empêche en rien l'Institut des cultures d'islam d'être un modéré agitateur culturel qui invite à la compréhension de l'expression des cultures d'islam sur multiples formes: expositions, débats nommées "restons éveillés" autour de l'islam et des questions d'actualité tel que le féminisme ou l'immigration qui se prolongent jusque vers 1 heure du matin, etc.
Invitée à France Inter dans Service public le 09 septembre 2010, Véronique Rieffel qui se présente comme une laïque dirigeant un institut dédié au monde musulman mais pas que, a fait découvrir à un public conquis lors des veillées des dix dernières nuits de ramadan des soufis de Sarajevo en Zikr au son de la derbouka, des performances comme celle de la dernière nuit
qui a été l'occasion de marier culture arabo musulmane et occidentale en invitant le syrien Abed Azrié à déclamer dans un arabe imagéle le texte Majnoun Layla (en arabe le fou de Layla) du poète Imrû'l Qays (mort en 668) tandis que l'auteur et scénariste jean Carrère qui est un habitant du quartier nous faisait redécouvrir celui de Louis Aragon le fou d'Elsa. Emouvants moments et intenses sensations qu'ont suscité ces deux poésies mises face à face, déclamées tour à tour en dialogue et accompagnés de musiciens jouant du Oud et de l'accordéon, surprenants mélanges mais tout en symbiose. En témoignent ces vers de Qays:
Fou de Layla
Le corps de Layla resplendit
dans ses vêtements, branche
couverte de jeunes pousses.
Par Dieu, as-tu étreint Layla
à l'aube ou embrassé sa bouche?
Si je la touche, ma main
se couvre de rosée,
des feuilles vertes poussent
au bout de mes doigts.
A mes compagnons, je dis:
elle est aussi proche
que la lumière du soleil,
et pour l'atteindre, aussi lointaine.
Les gens disent que je suis fou,
obsédé par son image
par Dieu, je le jure:
je ne suis ni fou ni ensorcelé.
De l'amour de Layla,
par Layla je me suis soigné
tel buveur de vin
en buvant encore plus.
Une certaine presse accuse l'Institut de devenir un repère de bobos, le reproche n'est pas exact, les soirées ont vu défouler plusieurs couches sociales et heureusement, il faut dire que le lieu est surtout victime de son succès, certaines personnes font la queue des heures et n'ont jamais pu participer à une seule nuit après avoir renouvelé l'expérience d'autres soirs. C'est dire que le concept de veillées de ramadan a plu.
Notons que la perle de ces dix dernières soirées a été sans doute la découverte des mets d'Andalousie et de Cordou du XIIème et XVème siècle ressuscités par des chefs cuisiniers qui ont su allier jeux de mots spirituels et savoir faire généreux. A découvrir absolument au prochain ramadan inchallah dit-on.
A la veille de l'anniversaire du 11 septembre alors qu'un pasteur américain menace d'un autodafé des exemplaires du coran pour protester contre le projet d'un centre culturel islamique incluant une mosquée à Ground Zéro à New york, cette nuit de dialogue des religions des cultures et des savoirs invite à dépasser nos réticences, à soigner nos ignorances et à inscrire l'autre différent dans notre parcours de vie.
Michel Foucault a pu tenir cette phrase qui est une prophétie dans sa réponse à une lectrice iranienne en novembre 1978 : le problème de l'islam comme force politique est un problème essentiel pour notre époque et pour les années qui vont venir. la première condition pour l'aborder tant soit peu d'intelligence, c'est de ne pas commencer par y mettre de la haine" ( Foucault, Dits et Ecrits, 1978, Gallimard 2001,page 708)
Photo:
Abed Azrié, Jean Carrère, Viviane Arnoux et les autres à l'Institut des cultures d'islam, Septembre 2010
31 août 2010
l'écrivain qui fait peur
Si on me demandait: y a t-il un écrivain qui te fait peur?
Je répondrai sans hésitation, Annie Ernaux.
Non pas la femme mais l'écrivain, l'auteure.
Celle qui dit tout, qui n'arrête pas de dire.
Celle dont les livres sont un soliloque infini.
La narcissique à l'écriture de nostalgie.
Elle me fait peur parce qu'elle ne laisse rien de côté ni les menstrues de sa mère, ni son avortement, ni la nudité profonde de ses amants.
Elle ne laisse rien quand elle prévient au détour d'une page qu'elle ne peut nous révéler quelque chose, c'est pour mieux le dire plus loin.
D'un sujet, d'un homme, d'une rencontre, d'une sensation, elle en fait deux livres, des livres (Voir Passion Simple et Se perdre chez Gallimard), c'est dire sa soif d'écrire, de dire de tout déballer comme une vomissure étalée sur un mur.
Du style? une écriture blanche, un peu de Marguerite Duras et un peu d'elle même.
Il y a quelques années en la découvrant dans L'usage de la photo (Gallimard,2005) je me suis dis oh encore du Christine Angot. Du nombrilisme. Des billevesées.
Que néni, pas du tout, elle a la plume!
Chez Ernaux le désir d'écriture est un désir de mort, pour moi c'est un viol intérieur, un vol des existences, elle n'emprunte pas la vie de ses proches, elle les vole sans retenu encore et encore.
En réfléchissant sur sa propre écriture, sur ce qu'elle dit des autres, l'emplacement de leurs poils, leur désir de faire l'amour avec des chaussettes, elle parle de trahison pour toute suite le nier.
Elle écrit sur ses amants, ses hommes qui passent, qu'elle attend tant qu'elle est amoureuse comme sur un Lit défait de Françoise Sagan.
Elle écrit sur des conversations entendues dans le train au supermarché, elle écrit sur sa mère malade puis un autre roman sur son père décédé.
Elle écrit tant qu'elle peut, elle publie ses morceaux de journal intime.
Si je la rencontrai mais je ne préférerai pas, je lui demanderai mais Annie que vous reste t-il donc?
A dire?
Mais je suis sure qu'elle répondra oui comme elle écrit, longuement.
Photo: Annie Ernaux
30 août 2010
Retour sur les fantasmes d'un chef d'état vieillissant ou la tragédie du roi Abdoulaye
Belle occasion que nous donne l'article paru sur Politique Africaine datant de juin 2010 n°118 de revenir sur le très controversé monument de la renaissance africaine de Dakar inaugurée le 03 avril 2010 à la veille du cinquantenaire de l'indépendance du Sénégal.Les auteurs Ferdinand de Jong et Vincent Foucher, nous donnent une belle lecture anthropologique du monument de la renaissance inaugurée avec en ouverture la représentation de la Tragédie du Roi Christophe d'Aimé Césaire, dont l'anecdote savoureuse nous apprend que la représentation a été interrompue parce que trop longue pour passer à la cérémonie!
En donnant les diverses interprétations visibles ou possibles et en se livrant à une sémiologie du monument qui est une statue hybride dans son mix entre le symbolisme africain et européen, un mélange de figuration coloniale et postcoloniale, les auteurs lisent pour la femme la figure du personnage de Delacroix qui a inspiré la Marianne française, pour l'homme le géant Saint Christophe qui porta l'enfant Jésus ainsi que l'évocation de la musculature du mâle africain des colonies ou encore la représentation iconographique anti esclavagiste.Ses références sont bien entendues le plus souvent inconnues du public sénégalais et même africain mais les auteurs soulignent surtout avec clairvoyance que le monument échappe à toute localisation précise dans l'histoire.
Ferdinand de Jong et Vincent Foucher nous rapportent une partie succulente du discours de Wade analysé in fine: "le monument a pour ambition de s'intégrer dans la galaxie des grands monuments du monde tels que la Tour Eiffel à Paris, la statue de la liberté à New York ou encore le Christ rédempteur à Rio de Janeiro." Ils se livrent également à une sociologie des réseaux autour du monument qui sera construit sous influence confrérique, dans une nébuleuse financière des transactions foncières plus que floues.
Selon les deux auteurs, la statue de la renaissance comme les dizaines de projet d'infrastructure de Abdoulaye Wade dont la moitié ne verra jamais le jour, s'inscrit dans un objectif de néomodernisme. Comme la tour Eiffel en France, le Sénégal est capable d'ériger son statut de la renaissance, le projet du développement et de la modernité s'inscrit donc dans la grandeur et la démesure et non dans l'amélioration des conditions de vie des citoyens. Elle se fait notamment aux moyens d'un recyclage du panafricanisme et d'un discours type Thabo Mbeki en fin de règne.
A défaut de collaborer à des projets tangibles et concrets qui ont un impact direct dans la vie de tous les jours des sénégalais, le président Wade aurait affecté son désir d'un Sénégal dans la marche du progrès à travers une construction symbolique. Ainsi le "rêve de modernisation" et le "spectacle infrastructurel "prennent la place et le pas sur tout autre projet de développement
Pourtant dans la revendication nationaliste de Wade les auteurs interprètent non pas un nationalisme d'exclusion à la Khadafi ou de réappropriation à la Laurent Gbagbo mais un nationalisme d' "accès" et de "connexion". Voilà un message qui marche du moins dans les instances internationales ce qui fait que le Sénégal et notamment Abdoulaye Wade en jouant sur plusieurs arènes à la fois, parvient à hisser et à maintenir le Sénégal parmi les pays phares de l'Afrique et l'un des plus aidés par les bailleurs.
Wade ne sera donc jamais Ndiobor pour rien.
(le Ndiobor signifie lièvre, sobriquet que lui avait donné l'ex président Léopold Sédar Senghor, le lièvre est un animal rusé dans les contes sénégalais illustrés notamment dans les Contes d'Amadou Coumba d'Abdoulaye Sadji) .
Photo: pris sur le vif, une noire en afro dans le métro parisien, Lianoire, juillet 2010
26 août 2010
Pas plus qu'un allemand, un pied noir, un américain...
Alain Minc économiste et conseille officieux de Nicolas Sarkozy est la risée des médias depuis hier suite à des propos tenus sans complaisance sur les ondes de France Inter repris dans le Figaro et dans le Monde. Cet ancien de l'Ecole des Mines de Paris qui a été président du conseil de surveillance des lecteurs du Monde, déjà condamné pour Plagiat a été invité à s'exprimer sur le débat qui fait polémique depuis presque un mois et concernant la décision de Nicolas Sarkozy de trouver avec les méthodes qu'on lui connait : vichysme, opération coup de poing et rhétorique sécuritaire, une solution à la "question Rom". Sur ce débat les Nations-Unies et le pape Benoit XVI se sont fait entendre sauf que Alain Minc pense qu' en tant qu'allemand le non moins controversé Pape Benoit XVI ne serait pas autorisé à parler des roms que l'Allemagne nazie a exterminé. Si on suit l'économiste on peut aller toujours plus loin dans ce raisonnement absurde qui remet à jour le racisme étatique rampant en France: pas plus qu'un français ne devrait se prononcer sur le fait colonial ou sur les africains qu'ils ont colonisé, on devrait clouer le bec à un néerlandais proche d'un afrikaans qui s'autoriserait à parler de la misère dans les townships sud africains, un pied noir devrait se taire sur la marche de l'Algérie d'aujourd'hui et un américain blanc ne devrait guère pleurer sur le sort des tribus indiennes que ses ancêtres ont décimé à coup de maladies infectieuses importées et de violence
S'il y a pire que la faillite d'un Etat c'est bien la faillite de l'intelligentsia d'un pays, c'est toute une culture en décadence qui nous est donné à voir. On avale, on avale, on avale! Et on dégueule autant.
23 août 2010
lecture inassouvie
Inassouvies nos vies de Fatou Diome, je viens de feuilleter un livre lu il y a plus d'un an déjà, le dernier de l'auteure sénégalaise, pour comprendre ce qui ne m'avait pas retenu. TOUT est la réponse.
De la littérature de gare, vide, aseptisée, ennuyeuse. style qui s'étiole. On sent la littérature de comptoir, le bavardage, le livre de commande. Rien n'y attache le lecteur. y aura t-il quelque chose après Le ventre de l'atlantique? La fin de l'écrivain?
Black bavard
Black bazar: ce fut drôle et moyennement bien écrit sauf à la fin. L'éditeur a t-il demandé à son auteur Alain Mabanckou de rallonger de 40 pages son texte ce que l'auteur aurait niaisement fait?
Toujours est-il qu'il y a environ 40 pages de trop dans ce roman ce qui en donne une chute un peu casse gueule pour le lecteur qui s'obstine à aller jusqu'au bout.
10 août 2010
qu'est ce qu'un salaud?
Qu'est ce donc un salaud? Demande Roland Barthes dans Mythologies:
"Essentiellement un instable, qui admet les règles seulement quand elles lui sont utiles et transgresse la continuité formelle des attitudes. C'est un homme imprévisible donc asocial. Il se réfugie derrière la loi quand elle juge qu'elle lui est propice et la trahit quand elle lui est utile" et Barthes de continuer "Tantôt il nie la limite formelle du Ring et continue de frapper un adversaire protégé légalement par les cordes, tantôt il rétablit cette limite et réclame la protection de ce qu'un instant avant il ne respectait pas."
Le président français Nicolas Sarkozy rejoint bien en mon sens les traits caractéristiques du salaud décrit par Barthes. La rhétorique sécuritaire comme arme de campagne lui a ouvert les portes de l'Élysée. D'un état de droit on est passé à un état policier caractérisé par la surveillance dans toute sa démesure mais fondée sur des règles, il dit que personne n'est au dessus des lois et que tout le monde, M Dominique de Villepin compris, doit payer de ses actes. Pendant ce temps, son Ministre Eric Woerth, comptable de son parti et Ministre du Budget reçoit de Mme de Bettancourt, "la dame de l'affaire" des sommes indues pour le financement de campagne de Sieur Sarkozy. Ici la loi n'est pas pour M Woerth qui laisse par ailleurs des millions échapper au fisc français vers des comptes étrangers.
La loi dit Sarkozy dans cette affaire, c'est moi! Je la fais et la défais. M Sarkozy trahit la justice mais ne s'arrête pas là. Il pose des principes soit disant républicains qui interdisent le port du voile et la polygamie. Rites d'étrangers, rites de barbares. Ces interdits sont formels, Sarkozy recourt là encore à la loi (mars 2004 sur le port des signes religieux) qui vient à la rescousse même si les décrets d'application se font attendre.
Ok on a compris.
Ensuite une femme se fait arrêter au volant de sa voiture pour "port de niqab." La loi sévit mais elle ne s'arrête pas là, son mari conteste et la descente aux enfers commence pour M Lies Hebbadj français depuis l'âge de deux ans. Français oui mais musulman, pire polygame, pire fraudeur, pire violeur, pire...L'acharnement continue tant que s'impatiente la justice aux bottes de M Sarkozy qui piaffe d'impatience et le sous-fifre Brice Hortefeux ex ministre de l'immigration de s'exclamer: trouvez, trouvez encore! Cherchez M les policiers! Vous trouverez et jusqu'à la citoyenneté de M Lies Hebbadj qui peut être déchue pour Fraude aux allocations! Il est français oui mais ça se mérite et doublement pour quelqu'un qui n'est pas sorti des entrailles de Marianne, mais a allaité seulement ses mamelons flasques. Alors un étranger devenu français connaitra la double peine, punit deux fois lorsqu'il enfreint la justice contre une fois pour un français de souche, car déchoir un français de souche de sa nationalité parce qu'il aura volé des oranges, hé bien ça ne se fait pas tout simplement.
Un étranger? Bah on peut tout avec: l'exposer à la vindicte populaire avec l'aide de la justice,
critiquer sa mode de vie avec l'aide de la justice, l'inscrire dans l'ère du soupçon avec l'aide de la justice, le pister, le suivre à la trace, le digitaliser pour le prendre la main dans le sac avec l'aide de la justice même si le loi comme les cordes du Ring de Barthes, a inventé l'universalité des droits pour protéger aussi l'étranger. Mais ici on verra que le président français aussi s'en fout. L'amalgame fait par ce petit monsieur qui occupera longtemps les archives de la honte en France, entre Immigration, figure de l'"étranger" et terrorisme est sidérant. se mêlent dans une joyeuse pornographie politique, arbitraire, extra-légalité et excès de pouvoir.
Alors pour toutes ces choses Nicolas Sarkozy est bien un salaud et comme en plus, de l'avis de la presse internationale il est laid, ça en fait un salaud bien laid.
Images:
Catcheurs sur le ring, source: www.artheat.net
Roland Barthes
