03 novembre 2009
les "mobilités éprouvantes"
Les immigrés représentent malgré tout un marché juteux
pour l’Europe même si celle-ci dit qu’elle n’en veut plus.
Vient d’être
appliqué, le paiement des cartes de séjour étranger, suite à la décision de la
loi des finances de décembre 2008 passée en silence dont un paragraphe institue
désormais une taxe de séjour sur le territoire français des immigrants hors
union européenne. Allant de 250 à 300 euros pour les primo arrivants, cette
taxe est de 30 euros pour ceux qui voudront renouveler leur titre de séjour sur
le territoire français.
Si c’est pour reboucher le trou provoqué par la crise,
c’est bien trouvé mais insuffisant et si on parlait des salaires des expatriés
français à l’étranger et des 9000 euros mensuel de l’attaché culturel de
l’ambassade de France au Niger (pays pauvre très endetté où ce sursalaire est
une insulte devant les pères de famille qui gagnent 80 euros en moyenne par
mois) comparé au salaire français dans l’hexagone ?
La France compte se redresser sur le dos des étrangers
issus de l’ « immigration choisie » sélectionnés avec une
rigoureuse opacité pour leurs talents a priori et qui une fois dans le pays
d’accueil paient de nouveau le prix de la mobilité et du prestige d’être choisi
par la France comme si depuis les préparatifs du départ l’ambassade ne lui
demandait pas moult preuves de sa capacité de s’autogérer : un compte en
banque garni, des proches qui ont réussi, une assurance santé en béton et je ne
sais quoi d’autre encore.
Parce que l’Europe se veut résolument européenne et que
seul le passeport européen ouvre le droit à la circulation libre alors que ceux
qui viennent des pays pauvres sont condamnés aux mobilités éprouvantes :
obligation de visa, reconduite à la frontière, refus d’embarquer, paiement de droit
de séjour…
L’Europe et en particulier la France de Nicolas Sarkozy ne
sait plus quoi inventer ce qu’elle appelle la vague migratoire, le flux
migratoire alors que des études sérieuses ne se lassent pas de démontrer que
les migrations sud-sud sont deux à trois fois plus importantes en nombre de
déplacés que celui sud-nord. Alors à qui profite de créer la psychose, de
perpétuer le mensonge ignoble au sujet des migrations internationales ?
Que dire, que penser de cette volonté alors aveugle, ténue
et absurde de l’Europe à se barricader sur elle-même, à déployer des machines
d’expulsion et des fonctionnaires chargés de faire fonctionner cette machine ?
Des banquiers aux pilotes d’avion, Sarkozy a réussi à faire des agents de
l’état les complices de cette vaste campagne de dénigrement de la mobilité des
citoyens du sud, de leur éloignement, de la restriction de leur liberté.
Aujourd’hui à l’ère de la mondialisation, le citoyen du
monde devrait être américain, français, belge ou suisse et non sénégalais, guinéen,
nigérien ou colombien. S’ils veulent être citoyens du monde, ils en paieront le
prix très élevé : soupçon d’identité frauduleuse, fouille au corps
poussée, paroles blessantes, formalités policières rallongées, etc.
De Madrid à Lisbonne en partant de paris, les voyageurs
dans les aéroports sont à chaque fois témoins et spectateurs des scènes
d’expulsion d’immigrants embarqués les premiers dans les avions qu’eux-mêmes
prendront une demi-heure après. Si on assiste de moins en moins aux scènes de
ligotage et de menotage des expulsés récalcitrants dans les aéroports et à bord
des avions, les formules de reconduite restent une humiliation pour l’expulsé
et pour tout spectateur capable de ressentir ne serait ce qu’une once
d’empathie.
30 octobre 2009
Besson/ Tandja même fibre patriotique ?
Je viens
d’être témoin d’un regain de patriotisme aux allures morbides.
Tandja
souffrirait-il du syndrome du cynisme patriotique (ne cherchez pas je viens
d’inventer la pathologie diagnostquée sur un malade entêté).
Avant-hier
nuit se tenait au CCOG de Niamey la soirée du patriotisme organisée par les
artistes nigériens sous le patronage de Mamadou Tandja qui a dépêché ses
ministres de la jeunesse, de la communication, des forces armées et d’autres
personnalités fort curieuses du même type pour le représenter. Les nouveaux
ministres nigériens qui adorent "faroter"(frimer) ont le même manque de classe et de
tenue que les « lèche-nel » (nel en wolof signifie crane rasé) de ministres du président sénégalais.
A Niamey,
le ton fut donné hier en début de soirée : une attaque en règle contre les
pays de la sous région et surtout de la CEDEAO accusée de vouloir diviser les
nigériens et de ne pas respecter la volonté du peuple nigérien qui dans sa
confiance réaffirmée à Sieur Tandja aurait voté massivement oui au référendum
et encore oui aux législatives d’où d’ailleurs les merci placardés de part et
d’autre de la ville sur des affiches en fond blanc qui ne passent guère
inaperçues. Des affiches brandies avant même la proclamation des
résultats!
Bref la
soirée du patriotisme qui s’est ouverte par la chanson de l’hymne national puis
par le hurlement d’une chanteuse qui réaffirmait son amour au Niger n’a trompé
personne.
Les
manœuvres politiciennes se multiplient pour faire reculer la CEDEAO et la
communauté internationale, inutile de préciser que tout a été filmé et passé
sur la première chaine nationale.
Les
artistes les plus contestataires en l’occurrence le rappeur Kamikaze et le
guitariste touareg Abdou Salam sont passés parmi les derniers bien après le
départ des autorités de l’état. Le premier n’a pas hésité à déclamer sa chanson
phare qui apostrophe le pouvoir politique et le second a scandé tout simplement
le nom de Hama Amadou, l’ex premier ministre emprisonné près d’un an et qui a
viré dans l’opposition dès sa sortie de prison. Mon regret a été que les
artistes nigériens aient finalement joué le jeu de leur président qui tente
d’imposer le principe du fait accompli comme le souligne le journaliste Hima de
l’hebdomadaire, La Roue de l’Histoire.
Tandja
cherche des appuis et multiplie les menaces alternant une politique de
dure à l’interne et des cajoleries foireuses à l’extérieur par le biais de son
nouveau ministre Ali Badjo Gamatié chargé de ramener la communauté
internationale à des bons sentiments vis-à-vis du Niger.
A Gamatié,
ancien fonctionnaire international on souhaitera bonne chance, la réunion
d’abuja se tient demain et la ministre des affaires étrangères et de la
coopération Mme Aïchatou Mindaoudou aura fort à faire avec notamment le
président nigerian Umaru Yar’Adua remonté contre la politique tandjaiste.
Cependant
l’on sait bien qu’en Afrique, rien ne dure on oublie vite et les dictateurs
finissent toujours par triompher de leur peuple, l’on ne s’étonnera pas que la
CEDEAO recule notamment sous les menaces de fiscalité (le Niger promettant de
taxer l’ensemble des produits de la CEDEAO) ou lorsque Tandja réussira à se
mettre dans la poche les alliés des pays francophones en isolant le Libéria et
le Nigeria.
Cette
histoire me fait penser à Eric Besson, ministre de l’immigration, de
l’intégration et de l’identité nationale qui veut imposer la chanson de la
marseillaise aux jeunes français une fois par an et qui prévoit un débat en
janvier sur l’identité nationale.
Mais
qu’est ce qu’ils ont tous quand ils sont autant détestés de brandir la question
du patriotisme et de l’identité, à manipuler dangereusement la fibre
patriotique de citoyens auprès de qui ils sont si impopulaires ?
13 octobre 2009
La teranga wolof défigurée ou pour une anthropologie critique de l’hospitalité à la sénégalaise
Le concept wolof teranga désigne l’hospitalité, l’honneur, la convivialité. Teranga selon le dictionnaire wolof de Léopold Diouf viendrait du mot « teral » qui signifie « honorer, entourer d’égards et combler de générosité et de bienfaits ».
Ce concept qui traduit une philosophie sénégalaise fondée sur le bienfait, le bien recevoir, le don de soi pour le confort de l’autre, de l’étranger, est aujourd’hui fortement à revisiter dans le pays dit de la teranga.
Il faut en effet quitter les sentiers d’une anthropologie non critique de l’hospitalité sénégalaise du professeur Lamine Ndiaye de l’université Cheikh Anta diop (Lamine Ndiaye, Le commerce sociétal du bien-dit et du « bien-fait » culturels : la « teranga » sénégalaise comme mode de régulation sociale in revue RSAP, N°01, 2009, page 97) pour s’approcher avec une loupe des manières de faire de la téranga sénégalaise d’aujourd’hui.
Qui peut prétendre aujourd’hui affirmer en toute bonne foi que le pays de la téranga à savoir, le Sénégal, les femmes de la téranga ou encore la téranga elle-même, est toujours ce qu’elle était dans son acception première et dans son sens tel que le mettait en avant Léopold Sédar Senghor, premier président de la république sénégalaise?
En parallèle avec l’évolution des mœurs, la conjoncture économique, la perte des valeurs, la défection de l’Etat et la défiguration des croyances ; la philosophie de la téranga a connu un bouleversement total et sans précédent dans l’histoire du pays.
Aujourd’hui teral rime avec intérêt et tout bienfait doit être accompagné d’un bien supérieur en retour parfois séance tenante. Toutes les règles du don et contre don ont été dénaturées au profit de l’enrichissement personnel.
En réalité, la téranga sénégalaise n’est plus qu’un mot creux complètement vidé de sa teneur, elle est l’alibi pour détourner des deniers publics, détrousser l’étranger crédule qui a décidé de faire son séjour chez l’habitant.
La téranga est devenue une injonction sociale à collecter les biens d’autrui sous d’épaisses couches de fourberies, toutes formes de stratégies pécuniaires étant permises dès lors que l’on redistribue.
Si vous n’avez pas la téranga, vous êtes la risée de la société, le marginal, l’avare de Molière, un suicidé social même si vous êtes pauvre, volez vous serez reconnu d’autant plus que vous distribuez largement les fruits de vos larcins pour répondre à l’injonction de la sacro-sainte téranga.
Dans une société où le paraître est la première religion reconnue, il faut savoir construire, pratiquer et faire durer la téranga.
Lorsque vous êtes étranger et par malheur blanc par exemple à Saly, le village vacances sis sur la petite côte, vos voisins vont vous ouvrir les bras, vous embrasser, vous dorloter, cajoler, gaver, offrir leurs filles, nièces ou petites cousines à condition que vous payez de votre poche toutes les dépenses requises. Car la téranga est aujourd’hui à vendre. Il faut en payer le prix. Mais que le toubab n’espère pas s’en sortir comme ça, en dehors du fait qu’on s’empresse à Saly d’exécuter tous ses vœux au moindre clignement d’œil et qu’on lui fait de larges sourires parce que c’est un blanc et qu’il est forcément pleins aux as, il faut qu’il s’attende à ce qu’un lui demande de construire une nouvelle villa pour la famille d’accueil, à fournir des papiers à Modou chômeur chronique mais qui a été son guide touristique le long du séjour et votre proxénète, à fournir à Astou les papiers pour qu’elle vous rejoigne en France ou au trou du cul de la Roumanie (l’essentiel c’est qu’elle se taille et au plus vite) parce qu’elle s’est entichée grave de vous au bout de deux jours au point de ne plus boire, parce qu’elle vous a offert ses sourires mielleux, sa peau lessivée par le khessal (procédure de dépigmentation de la peau noire essentiellement par des corticoïdes), ses reins de déesse et ses cuisses poisseuses. Et ce n’est pas fini pour le touriste qui séjourne chez l’habitant à Saly. En réponse à la téranga de la famille, il faudra qu’avant de partir que le blanc laisse des souvenirs à ceux qui vous ont ouvert les bras. Y passeront votre portable, votre montre, vos t-shirts, votre appareil photo numérique, vos chaussures, votre dentier et si vous ne prenez pas garde vos caleçons rapiécés.
On ne vous épargnera guère, ni vous, ni vos biens.
Si Modou est hardi et Astou bari fiit ( possède un œur vaillant), on vous accompagnera sur internet virer votre argent sur le compte sénégalais d’Astou, vous faire acheter une maison à grand Mbour pour vos prochains vacances en attendant la famille s’occupera des papiers et de la gestion de la baraque bien sur. On oubliera de mettre votre nom sur le bail, toute la famille déménagera dans la nouvelle résidence pour veiller à vos biens et on ira prier chez le marabout pour qu’à votre retour en Europe à la prochaine canicule? vous crevez la bouche ouverte et que vous fassiez ainsi une croix sur le pays si béni de la téranga sénégalaise.

Mais que les sénégalais à commencer par moi n’aille pas se tirer une balle dans la tête parce que l’envie pourrait nous en prendre.
Ce tableau du nouvel esprit de la téranga sénégalaise n’est pas applicable partout dans le pays;
Si nous faisions une cartographie hâtive de la téranga sénégalaise, nous verrons qu’il existe des poches de résistance. Oui vous ! Vous pouvez rabaisser l’arme pointée à votre tempe et vous le touriste vous pouvez revenir.
Au fin fond des campagnes sénégalaises, là où les gens meurent limite de faim, on vous accueillera toujours avec le sourire et on vous offrira le dernier épi de mil disponible hé oui c’est le paradoxe de la téranga dans mon pays bien aimé, c’est que quand il en reste elle est aux mains de ceux qui ne possèdent plus que leur cœur et leur courage à offrir.
La téranga authentique résiste plus dans les campagnes que dans les villes, elle se manifeste magnifiquement dans la Casamance au sud du Sénégal notamment dans le Fogny où réside une majorité de diolas, elle est authentique dans le nord du Sénégal en plein cagnard sous le soleil, peuls et toucouleurs offrent toujours une calebasse de lait de vache, un mouton et une pintade à l’étranger qui frappe à leur porte en signe de bienvenue.
Les sarakholé du nord ne sont pas en reste ainsi que les sérères de Fatick et du Sine-Saloum, les socés de l’ile de Batente au fin fond du sine saloum pratiquent une téranga nulle en d’autre façon ils sont presque comme ceux de la ville, les régions de la petite cote sont dans le bas du placement bien entendu : Dakar, Mbour, Kayar, etc ce sont les premiers violeurs de notre sacro sainte téranga.
Les habitants de Tambacounda à l’est du sénégal sont à prendre avec des pincettes mais ils ont l’hospitalité dans le cœur, les peuplades bassari ont ouvert les bras à Serigne béthio et se convertissent même au mouridisme eux qui vivaient à demi nu, un os enfoncé dans le nez et refusant d’inscrire leurs enfants à l’école jusque dans les années 2000.
Thiéy ! quel pays de paradoxe !
Image: senegal.nianing.free.fr/
12 octobre 2009
Les frasques d’une société en décadence ou quelques « sénégalaiseries »
Depuis le mois d’avril ce petit recueil fait des
vagues comme avant lui les feux journaux d’Ibou Fall, j’ai nommé Track et
Frasques qui ont nourri les lecteurs d’informations fracassantes sur la société
sénégalaise pendant quelques petites années avant qu’Ibou Fall, journaliste,
écrivain talentueux ne mette clé sous la porte.
Il m’avait été donné l’année dernière de lire avec
délectation le manuscrit en
gestation ; sous imprimé, le plaisir est toujours aussi vif et au rendez –vous de chaque tirade.
Des nouvelles au fil des pages qu’on a du plaisir à
enfiler comme des petits pains même si il peut vous en rester à travers la
gorge. Le recueil de nouvelles, Dieu le pire est tel un miroir tendu aux fesses
hideuses de nos mœurs hypocrites. Ibou Fall ne prend ni fourchette, ni gants,
ni bistouri pour renifler à plein nez l’odeur souvent fort nauséabonde de notre
société en débauche ; il empoigne à pleines mains nos dictons
sexistes genre : « Liguéy’ou
ndèye, le tribut aux mères vertueuses », notre fatalisme à toute
épreuve, les mensonges et la veulerie érigés en tradition et notre sacrée
sainte téranga pour en montrer les dessous. Autant dire que tout ce qui pue
chez nous passera sous le microscope d’Ibou Fall et dans un style d’écriture
riche, grasse et incisif mais on en rit à gorge déployée.
Nattou yallah (les infortunes causées par dieu) ça n’arrive qu’à un bon croyant aussi
Ibou s’évertuera à nous donner des exemples hilarants c’est celui par exemple du
citoyen africain né dans un bled du sahel, paumé sans arbre sans ombre et sans
eau qui aura bu et vu comme eau celle saumâtre du puits à 2km, dernier d’une
famille ou il est le souffre-douleur d’une interminable liste de frères et
sœurs « quand on se soumet à dieu on
fait des enfants tant qu’on peut , pour que prolifère à l’envi la race de
ses serviteurs les plus dociles. Votre père ce sénégalais irréprochable, à
partir du vingt cinquième descendant, n’a plus compté…il ne sait même plus quel
nom il a donné à qui, si vous êtes un garçon ou une fille, ni qui est votre
mère. Ce serait peine perdue : il y a de quoi chercher longtemps parmi les
quatre sokhna (femmes) qu’il a épousées dans les normes, les vingt et
poussières diongomas auxquelles il a plus ou moins mis une corde autour du
cou(« mèye la boum ») qu’ils appellent ça ! et qu’il a perdu de
vue, ne sachant plus vraiment s’il les a répudiées ou pas. Et puis arrive le
troisième contingent, celui des takoos, les ménopausées devenues frigides qu’on
ne visite qu’un après midi par mois en souvenir des émois déjà lointains de
leur jeunesse débridée » et
puis ce n’est que la préface de votre vie, le petit citoyen n’a pas le temps de
baigner dans l’enfance qu’il est projeté dans la civilisation grâce au ndiaga
ndiaye et confié à un maître coranique qui sera chargé de lui inculquer à coups
de taloches « les principes
immuables des bonnes manières en société wolof » sous fond
d’ « attouchements nocturnes de
vos condisciples prépubaires » et ce n’est toujours pas fini, le petit
citoyen après dix ans chez le maître coranique apprend que sa famille a été décimée
par qui le choléra, l’autre le paludisme, sa mère une énième et fatale fausse
couche « mâtinée d’erreur
médicale » bien sûr, notre petit citoyen donc partira à Dakar pour
vendre du café dans la rue, « éternel
gagne-petit » il culbutera perpétuellement « de la mauvaise fesse » et mettra « au monde que des ratés et laiderons » mais tout cela « n’arrive qu’à un authentique croyant » rappelle perfidement Ibou Fall, inutile de vous dire que notre petit citoyen
finira entre les mains d’une infirmière qui va saloper son traitement contre
une fièvre et qu’il finit dans un cimetière musulman « sous un tas de terre argileuse, précisément
là où le soleil tape plus fort que partout ailleurs sans un seul arbuste à cent
mètres à la ronde et où personne n’a envie
de venir se prosterner une fois par mois, non loin des petites villas en marbre qui servent de dernières demeures aux
disparus de bonne famille…ça n’arrive vraiment qu’à un croyant… »
Ibou Fall est tout sauf un moraliste ou donneur de
leçon, il se contente de décrire les faits et gestes des sénégalais, des
constats assenés comme un gourdin sur
nos nuques, sans complaisance et avec humour.
Aucun sujet n’est tabou sous sa
plume : politique et politiciens, la religion sous ses manifestations
actuelles, nos cérémonies tapageuses, les parents, les musiciens et le wolof…
Ainsi en dehors de la catégorie des transhumants
politique, Ibou Fall attire l’attention sur les transhumants religieux :
« même dans la religion la foi n’est
pas indécrottable. Quand vous vous rendez compte que l’impact des prières de
votre marabout et surtout ses entrées dans les coulisses du pouvoir, ne
répondent pas à vos attentes et ne donnent pas le coup de pouce décisif à votre
carrière, eh bien vous prenez natte, chapelet, et babouches sous l’aisselle, et
allez prier ailleurs, derrière un soufi qui a au moins le portable du directeur
de cabinet politique du président de la république. A quoi ça sert, un érudit
de l’islam dont les coups de fil ne vous sortent d’aucune impasse, ne vous garantissent
aucune impunité, n’exaucent aucun de vos vœux. Un marabout qui ne sait pas se
faire obéir des hommes, vous croyez qu’il a le moindre pouvoir sur dieu ? »
Ibou Fall, Dieu le pire, il serait capable de
décréter la fin des temps, Forte Impression, 2009
Illustrations tirées du livre
07 octobre 2009
Quand les marabouts remplacent l’état
Aujourd’hui
que le Sénégal fabrique des illettrés, des chômeurs, des frustrés et des prêts
au départ parmi les jeunes, certains « marabouts » ont réussi à
récupérer ces jeunes, leur formater l’esprit, leur travailler la conscience
jusqu’à ce que 9 ans après l’alternance, nous ayons la formation de milices
religieuses, chiens de garde de Serigne Béthio et autres gourous reconvertis en
marabouts depuis leur dernier détournement de fonds spectaculaires.
Ces
jeunes obéissent aux doigts et à l’œil tels des robots à ceux qui prétendent
être leur « guide spirituel ».
Ces
marabouts de la débauche, de la polygamie non réglementée et qui rackettent la
société sénégalaise font travailler les jeunes dans leurs champs agricoles pour
leur faire gagner le paradis prétendent-ils, à d’autres heures ces jeunes sont
mandatés pour casser la gueule à des politiciens ou détruire des radios.
L’absence
totale de l’Etat, le vide politique des partis sénégalais, la perte de repères
et de valeurs morales, la montée de la pauvreté, la démission des parents
alliés au désoeuvrement des jeunes et à la clochardisation de la société font
que ces gourous réussissent de la place là où il y’avait du vide. Aujourd’hui
non content de se substituer aux parents, ils remplacent l’état et même dieu
quand on y prend garde.
Cela
donne des jeunes footballeurs qui entonnent des chants religieux avant de taper
sur le ballon.
Etant
donné par ailleurs que ces gourous nommés « serigne » se font la
guerre pour occuper l’espace rendu vaquant par un état voyou qui cautionne
toutes les injustices, il est à craindre bientôt qu’au Sénégal on assiste à des
scènes apocalyptiques similaires aux émeutes de Maiduguri de Juillet dernier
dans le nord du Nigeria qui aura fait plus de 600 morts.
De prétendus talibans
avaient pris d’assaut la ville sous l’ordre de leur gourou afin d’instaurer des
lois islamiques plus rigoureuses que celles qui ont déjà cours dans le Nord
Nigeria qui a instauré la charia depuis les années 2000.
Il n’y a
pas plus terrifiant, douloureux et stupide qu’une guerre de confréries ou une
guerre de religion et c’est la seule guerre capable de déclencher des fureurs
innommables.
Lorsqu’on
tâte le pouls du Sénégal d’aujourd’hui ce conflit inter confrérique est
palpable. Je n’ai pas la vocation d’un prophète de l’apocalypse, il en pilule
dans le monde mais veillons au grain…
05 octobre 2009
Terres à vendre en Afrique
Il me tardait de réagir sur le phénomène extrêmement inquiétant de l’achat des terres africaines, par des multinationales ou privées de la Corée du sud, de l’Arabie Saoudite et de la Chine. C’est surtout la Chine de Hu Jin Tao qui retient mon attention et ces chinois qui débarquent à Madagascar, au Liberia mais également au Cameroun où l’état leur a vendu des milliers d’hectare de terrain, des milliers d’hectare de terrain où étaient installés des villageois qui ont été sommés de déguerpir. Les villages ont été ensuite détruits, les chinois se sont installés et ont semé des hectares de riz cultivé par une poignée de villageois chassés à qui on paie 1000 frcs la journée pour produire un riz destiné…au marché chinois. Le reste de la récolte constituant les mauvais grains de riz sont vendus sur le marché camerounais ou donné aux braves cultivateurs.
Je suis depuis une semaine au Sénégal et depuis quelques jours, ce qui défraie la chronique à Diamniadio, ville située à quelques encablure de la ville de Thiés, c’est l’état sénégalais qui a vendu des centaines d’hectare à des chinois qui sont venus pour faire déguerpir des propiétairs terriens, détruire un terrain de football qui se trouve sur les hectares octroyés afin de metrre en place un projet immobilier. La mairie de Rufisque dont dépend la commune de Diamniadio clame son innocence, le maire ne serait pas au courant !
Le cauchemar a réellement débuté et cela promet d’être long et douloureux jusqu’à ce que ce mouvement s’inverse par la prise en compte des enjeux nouveaux que soulève l’achat des terres africaines par les chinois et autres entrepreneurs.
Tant que les chinois se contentaient de drainer les eaux territoriales au large de Cotonou, du Liberia ou déversaient les gadgets sur le Boulevard du centenaire, c’était scandaleux mais tolérable puisqu’en fin de compte les chinois sur le Boulevard centenaire, ils y sont encore. Mais que reste t-il à celui qui vend sa terre ?
Cela vous rappelle t-il quelque chose vous africains, la dernière fois où nos terres ont été confisquées par le biais de traités puis occupés par un bataillon d’administrateurs, qui l’exploitaient pour en tirer des produits (arachide, huile cacao, etc) qui se vendaient en métropole puis vinrent les travaux forcés et un siècle de traumatisme. Cela vous rappelle t-il pas un passé pas si lointain que ça, une douleur encore vivace que chaque ancien colonisé garde en héritage, une stigmate pire qu’un fer rouge sur la peau d’un nègre esclave.
Cela ne vous rappelle t-il pas la colonisation européenne ? la nouvelle se nommera chinoise, coréenne ou arabe. Elle est en marche, terrifiante, silencieuse, méconnue, incroyable.
Paul Biya et Abdoulaye Wade entre autres de nos chefs collaborateurs de l’avant colonie vendent les terres, nos terres à des chinois que leur pays incite à conquérir d’autres espaces parce qu’en Chine, il n’y pas de place, pas de terre, parce que l’enjeu planétaire au XXIème siècle c’est la nourriture, l’agro-industrie, les biocarburants. L’Afrique est le continent le plus prisé dans cette course au sol. selon un journal ivoirien les pays commes les émirats arbe unis, la corée du sud, le japon , la chine et l'arabie saoudite dispose aujourd'hui de 7.6 millions d'hectare hors territoire national soit 5.6 fois la surface agricole de la Belgique.
Nous avons de vastes espaces non occupés, nous ne cultivons pas ce que nous mangeons, nous préférons importer et surtout nous avons un cumul de dirigeants les plus cancres et les plus intéressés de toute la planète ? On ne pouvait pas mieux rêver quand ce sont des multinationales qui s’appellent Daewo et qui prétendent aider nos cultivateurs à doubler leur rendement.
aujourd'hui le Soudan a cédé 900 000 hectares de terrain agricole à des partenaires étrangers, le Madagascar 1.3 millions d'hectare à la Corée du sud
L’afrique est un continent où la croissance démographique est la plus rapide du monde, 2,4% en 2001 (Tabutin & Schoumaker, 2004) que fera la génération naissante quand elle sera rendra compte que les terres qui devaient leur revenir à été vendu à des spéculateurs il y 50 ans par leurs ainés et qu’ils sont nés dépourvus de tout ? Ce phénomène de délocalisation agricole parce qu'il faut bien lui donner un nom provoquera un mouvement de grossissement de bidonvilles africaines et des masses de paysans furieux dépourvus de leur moyen de subsistance principal: la terre.
02 octobre 2009
Malaise social au pays de la téranga
Une autre enjambée de la méditerranée cette fois-ci pour
déposer 3 sacs chez moi au Sénégal. Quelques jours pour dialoguer et me
ressourcer chez les miens. Je n’aime plus le Sénégal non pas depuis que je l’ai
quitté mais depuis que j’y reviens chaque année comme une vague en remous, la
même vague qui échoue sur la plage, entêtée et embêtée, lascive.
Je n’aime plus le Sénégal parce que mon pays est de moins
en moins aimable et comme je n’aime pas
Je n’aime plus le Sénégal au même titre que tous ces sénégalais qui sautent
dans les pirogues et autres embarcations de fortune pour des destinations
incertaines toujours en quête d’un ailleurs meilleur.
Je n’aime plus le Sénégal comme ces fils du pays qui ne
rêvent que de quitter les bras étouffants mais désarticulés du terroir de la
téranga. Je n’aime plus le Sénégal comme ces jeunes qui rythment leur souffle
au désir de l’étranger.
Le Sénégal est le seul pays du monde sans doute où à quasi
unanimité tout le monde rêve de foutre le camp sauf bien entendu la portion
minoritaire qui s’attribue 80% des richesses du pays.
Sinon la jeune génération d’aujourd’hui prend la poudre
d’escampette, les touristes affluent beaucoup moins sur nos plages si prisées
avant, les pépés et mémés retraités européens qui avaient construit château de
retraite devant les plages de Saly, affichent tous la même pancarte : à
vendre.
Du côté du désespoir, j’ai vu des jeunes footballeurs hier
descendre une rue du quartier Castor pour aller disputer un match qui
scandaient des chants religieux les yeux fermés au milieu du goudron comme une
horde de fanatiques sauvages. Des chants religieux pour aller jouer un match.
J’ai vu le 25 septembre 2009, la radio walfadjiri saccagée
par une horde de jeunes qui prétendent être envoyés par leur marabout.
J’ai vu encore hier brûler l’immeuble Tamaru où siège
l’ANOCI (Agence Nationale de l’Organisation du Conseil Islamique) dirigé par le
très détesté fils du président de
J’ai vu Dakar, avant capitale de l’Afrique de l’ouest,
joyau des indépendances, fierté des artistes et écrivains, et d’une poignée
d’africains qui croient encore à tort que le joyau est toujours aussi brillant,
j’ai vu donc Dakar dans l’eau de pluie, envahi par le débordement des fosses
septiques, les ordures qui l’acculent, les routes du centre ville jalonnées de
nids de poule. Méconnaissable. Dakar est devenu un dépotoir sous régional, une
ville clochardisée explosant par ailleurs sous les migrations venant des
campagnes et des pays frontaliers instables ; Guinée, Côte d’ivoire,
Nigeria, Sierra leone.
J’ai vu la ville plongée dans le noir une dizaine d’heures par jour et le reste du pays avec.
Tout va bien dans le Sénégal qui se porte mal. La marmite bout à une
température extrêmement surélevée, il est à redouter qu’elle n’explose plus
vite qu’on ne l’aurait cru.
« Bientôt nous serons pareils que les niaks, ça sera le règne de
l’anarchie » dit un citoyen excédé devant le spectacle du saccage de la
radio Walf.
Mais mon pauvre compatriote prends tes sandales cours, cours, cours jusqu’à
Ouagadougou puis prend l’un des bus climatisé de la capitale avec téléviseur à
l’intérieur s’il vous plait (un confort qui n’existe pas encore du Sénégal,
nous sommes encore au Dem Dik pourris, aux cadavres ambulants que constituent
nos 7 places, Ndiaga Ndiaye et autres éléments à moteur rafistolés.) pour
descendre à Cotonou, tu verras cher compatriote sénégalais que des niaks, tu auras beaucoup à
apprendre : la discipline chez les burkinabés, la propreté chez les
béninois de la capitale pas un papier sur les artères de la capitale et surtout
une joie de vivre qui fuit les sénégalais du XXIème siècle qui se disent tous
maraboutés.
Je veux bien y croire.
Pour vous résumer chers amoureux du Sénégal, nostalgiques,
lecteurs du blog, visiteurs accidentels de ces pages, l’ambiance au Sénégal est
chaotique, le malaise social est dans chaque souffle.
J’y reviendrai.
Image:
Monument de la renaissance sous les inondations,www.blogs-afrique.info/senegal-politique/inde
07 septembre 2009
Le pays des femmes qui pissent debout
De retour depuis deux semaines de la capitale économique béninoise, il y a
une obsession dont j’aimerai vous faire part.
Je n’ai eu l’opportunité de sortir
de Cotonou qu’à trois reprises pour emprunter
entre autre la route des pêches et aller jusqu’au royaume du vaudou et la côte
des esclaves : Ouidah.
Mais ce qui me frappe dans le pays
de Yayi Boni ça n’a été ni l’histoire de l’esclavage ni les facettes du vaudou
que je ne connais pas encore, pas plus que je n’ai été inspiré par le musée du
retour du sieur Gbodossou, un béninois ayant créé une Organisation de médecines
traditionnelles à Dakar perché sur les
cote de bel air à et qui est venu bâtir dans son pays natal un musée de retour
de la diaspora qui n’inspire que ceux qui croient à sa mixture de
panafricanisme mélangé à des rites de renaissance dosé d’une louche de discours
racial, bref un type complètement controversé aux allures de charlatan
« civilisé ».
Ce qui m’a inspiré ce sont les
femmes béninoises qui pissent…debout s’il vous plait.
Dans mes pérégrinations je m’étais
faite la réflexion en voyant pendant les pauses de longs voyages, les hommes courir et pisser au bord de la
route que décidément de Dakar à Cotonou en passant par Niamey et Ouagadougou, les hommes ne pissaient pas
debout de la même manière.
Du coup je m’étais promis de
faire une réflexion couchée sur le blog des différentes cultures du «
pissé debout » chez les africains de l’ouest.
Mais de voir les femmes béninoises
pisser debout j’en perds la plume.
Les hommes passeront après.
Mais d’où vient donc cette manie
que je nommerai guerrière de pisser debout chez les femmes béninoises.
Je n’ai pas encore assez visité le
monde pour vérifier s’il existe pareil cas dans autre partie du monde mais
j’invite les lecteurs à témoigner d’autres expériences similaires.
Le bénin ancien Dahomey est connu
pour ses célèbres guerrières nommées amazones qui composant l’armée royale de
Béhanzin. J’aurai tendance à assimiler la façon de pisser debout à une posture
guerrière, les femmes ici font moins de manière que nous autres africaines au
final. Elles pissent comme des hommes exactement ou presque relevant leur pagne
elles écartent les jambes, la plupart ne s’embarrasse pas de culotte, tiennent
un bout de clitoris et jettent leur jet !
Magnifique!
Les béninoises
seraient-elles moins coincées que les occidentales et leurs consœurs
africaines ?
Elles ne paraissent pas dans tous
les cas s’embarrasser d’une quelconque féminité en tout cas dans son acception
courante ou faire des manières. Elles y vont : vieilles ratatinées comme
jeunes adolescentes en passant par les dames.
Mon petit doigt me dit qu’il
faudra frapper la porte des anthropologues et des historiens béninois et faire
un come back to the past pour voir si la manière de pisser debout chez les
béninoises ne remonterai pas à une période plus lointaine et ne s’ancrerai pas
dans le passé.
A suivre…
Photo:
1) Devant la porte du retour, des béninoises qui passent, Ouidah, Juillet 2009
2) Legba, Divinité Vaudou qui est le gardien des carrefours et des seuils, c'est le porte parole divin entre les vivants et les morts, Forêt sacrée de Ouidah, juillet 2009, copyright Lianoire
Un nouveau marché de l’immigration à Bobigny.
C’est à Bobigny que ça se passe cette fois-ci. Il y opère depuis quelque temps un nouveau groupe de migrants bien culottés qui ont créé devant la préfecture un nouveau type de marché qui consiste à vendre des places aux étrangers qui font la queue devant la préfecture pour demander une régularisation de leur titre de séjour ou une autre demande d’un ordre similaire.
Ce sont des indiens qui ont investi ce nouveau espace offert
par une gestion migratoire catastrophique et honteuse. Ils se postent devant la
préfecture de Bobigny à quatre heures du matin au plus tard cinq heures pour
avoir les premières places, ensuite lorsque les candidats au renouvellement de
carte de séjour se pointent et qu’une foule deux cents à trois cents personnes
commence à se tasser, ces indiens se détachent un par un et aussi discrètement
que possible pour aborder les usagers en
leur proposant leur place situé en début de queue à raison de 30 euros la
place.
Certains vendeurs poussant le culot jusqu'à revendre la même place 3 à 4 fois.
L’offre en vaut la
peine pour certains qui font la queue pendant
plus de trois heures avant d’être reçu trois heures après et pour être refoulé
parfois. La majorité des immigrés vivant en seine Saint-Denis et dépendant de la
préfecture de Bobigny perd une journée de travail pour ce rendez vous
administratif annuel qui a le tort de se multiplier de plus en plus à l’année.
Ainsi à la préfecture de Bobigny, on s’y rend et on y fait la queue pendant 6 heures pour se renseigner, pour prendre rendez vous ou pour demander un papier. Aucun autre service ne délivrant séparément ces informations, aucune correspondance téléphonique n’existant entre les usages et les agents de la préfecture. Alors beaucoup n’hésitent pas à payer une place devant la queue pour obtenir un rendez vous au plus tôt et retourner vaquer à ces occupations. Des mamans campent parfois avec un bébé dans la poussette dès six heures du matin et dans le froid. Cette nouvelle pratique à la frontière du temple de la gestion administrative des immigrés, s’est ouverte au vu et au su des policiers chargés de faire régner l’ordre à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment René Cassin.
Leur silence face à cette spoliation découlant d’un marché illégal est plus que troublant et ne dérive certainement pas d’une ignorance, puisque la vente des places ne se fait nullement à leur insu, au contraire.
Nombre d’usages ulcérés par cette nouvelle pratique, n’ont pas hésité à interpeller les forces de l’ordre mais ils n’ont eu droit qu’à une indifférence superbe témoignant de la complicité de la police française avec ce nouveau réseau de l’illégal.
Quant aux indiens qui revendent leur place, ils essaient d’opérer
le plus discrètement et le plus efficacement possible même si de violentes
altercations s’en suivent à la porte de la préfecture tout cela sous l’œil complaisant
des administrateurs.
Elle est belle la France.
14 août 2009
Ce monument de la re-co- naissance
A Ouidah (Bénin) où je suis passée il y a 3 semaines comme à Dakar,
un certain Dr Gbodossou connu du milieu dakarois et minimalement de son pays le
Bénin et un certain Abdoulaye Wade lui
plus particulièrement connu pour d’autres raisons, sont devenus des maitres à
penser d’une architecture qui illustrerait la "renaissance africaine" ou le
retour de sa diaspora.
Certaines de nos « élites » sont tellement en
perte de repère eux-mêmes, manquent tant de carrure qu’ils paniquent à mon avis
de ne pas laisser de trace derrière eux, ils sont impopulaires comme d’ailleurs le mouvement de renaissance
africaine qu’ils prétendent incarner.
Les
maitres à penser de ce mouvement se divisent en deux générations celle de Cheikh Anta Diop et de Kwame Nkurumah au Ghana et une seconde incarnée par les
discours panafricanistes de Thabo Mbeki et à moindre degré d’un taré politique comme Kadhafi.
Les deux n’ont pas les mêmes conceptions fort heureusement. Pour l’ancien
président sud africain, la renaissance africaine : vise à construire un« nouveau monde africain » fait de « démocratie, de
paix et stabilité, de développement durable et de vie meilleure pour le peuple,
d’absence de racisme et de sexisme, d’égalité entre nations et d’un système de
gouvernance internationale qui soit juste et démocratique».
Nous savons tous ce que la première génération de penseurs a
représenté pour les élites africaines, héritiers du mouvement de décolonisation
et de la jeunesse africaine. Mais si nous nous penchons sur la seconde
génération de penseurs du mouvement, nous apercevons du vide de l’idéologie, de
son impopularité et de la répulsion parfois systématique que représente les
leaders l’incarnant comme Muhamar Kadhafi qui vient dire à Wade au Sénégal que
nous devons chasser l’occident colonialiste et les racistes alors qu’il sert à
ce même occident de chien de garde afin de contrecarrer l’immigration illégale
en chassant et humiliant les frères africains qui passent par la Lybie pour
rejoindre l’ile de Lampedusa ou une bande de terre espagnole.Quant à l’idéologie de la renaissance africaine telle
qu’elle est prônée en Afrique du sud, elle est calquée sur un projet politique
et économique plus crédible même si des insuffisances sont à noter sur
l’implication des sud africains dans la diplomatie africaine et un projet
global d’unité africaine. le NEPAD qui est l'incarnation d'un projet de "renaissance" est un cuisant échec que nos dirigeants ont fait très tôt d'oublier malheureusement.
Il y a un fort décalage entre certaines élites et
l’idéologie de « renaissance africaine », pire elles ne sied pas à
leur image, elle est aussi vide de sens et utilitariste que leur politique. Ce concept sert de fond de commerce
au Sénégal. Alors qu’un Abdoulaye Wade du Sénégal veuille se sucrer en
construisant un monument « de la renaissance africaine », s’attribuant
35% des bénéfices qui sera engendré par le tourisme en voulant créer derrière
une fondation (géré par son fils, encore lui décidémment, il finira par lui confier tout le sénégal)chargée de recueillir des fonds alors que ce monument va voir le
jour comme notre ancienne ministre Aïssata Tall Sall ( sur RFI le 13 aout 2009)
nous le souligne grâce à "l'argent du contribuable sénégalais", n’est en quelque
sorte pas choquant. C’est laisser faire encore Wade qui serait une insulte à
l’Afrique, aux noirs et à l’idéal véritable de « renaissance africaine »
tel qu’il était incarné par la première génération de penseurs et par Thabo
Mbeki.
Wade prend t-il les sénégalais pour ses sujets et le
pays comme un vaste domaine sur lequel toute sa famille est appelée à
prospecter et à s’enrichir? Personne n’est dupe, le pourcentage réclamé
autour de ce monument ne servira pas à ce qui est dit. En plus tout le monde
s’en fout de ses case des touts petits, qu’il en fasse un bilan et puis on
verra !
Si le président veut être un entrepreneur travaillant à son propre compte qu’il démissionne, l’état et ses terres ne sont pas ses biens mais ceux du peuple. C’est une aberration que de réclamer des royalties sur un monument national et une aberration qui relève de la pathologie que cette réclamation provienne d’un président de la république.
En dehors de cela quelle lecture faire du nouveau
monument représenté par un couple avec son enfant?
En quoi celui-ci
incarne l’idéal de « renaissance africaine » ? le modèle
occidental de la famille nucléaire, serait donc pour Wade l’image la plus
marquante de cette « renaissance » ?
Limité notre président. A l’Asile !
Image:
http://www.nettali.net/Karim-herite-du-Monument-de-la.html
